Chronique judiciaire : « Avec tout cet attirail, vous êtes venu pour casser »

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Tribunal correctionnel, audience des comparutions immédiates. On retrouve le lot des manifestants des Gilets Jaunes piégés par les policiers en civil , lors des « actes » du samedi qui finissent en violences urbaines. Dans le box des prévenus, Johann, 39ans, préparateur de commandes en CDI dans un groupe de supermarché du Biterrois, venu exprès de Cessenon-sur-Orb.

Grand, barbu, les cheveux en broussailles, Johann n’a pas le profil du délinquant habituel : il a un métier qui lui plaît, il perçoit un bon salaire, il a un domicile et une concubine. Depuis le 17 novembre dernier, il a épousé la cause des Gilets jaunes et leurs revendications, dont il a tout de même du mal à énumérer…Et lors de l’acte XV, vers 19h, il a été repéré fortuitement par des policiers de la Sécurité publique du commissariat central, caché dans des escaliers à proximité de la gare SNCF Saint-Roch.

Un bouclier, un casque et un masque

« Il était 19h ce samedi, les casseurs avaient succédé aux Gilets Jaunes pacifiques et provoquaient les forces de l’ordre, sous le pont de l’avenue Juvénal. Des policiers venus en renfort par le haut ont dévalé des escaliers et sont tombés sur vous, vêtu de noir. Vous tentiez de vous dissimuler et pour cause : vous aviez sur vous un bouclier, un masque, un casque, un cocktail Molotov, des bouteilles remplies de peinture et des morceaux de pierres dans votre sac à dos. Votre neutralisation a été mouvementée, à cause de votre bouclier artisanal trop lourd, vous avez dévalé les marches, avant d’haranguer les casseurs pour qu’ils viennent vous libérez. Les policiers ont eu beaucoup de mal à vous passer les menottes », explique la présidente, Carole Daux.

« Vous êtes venu pour casser »

La présidente fait part de son étonnement : « Manifestement, avec tout cet attirail, vous êtes venu pour casser ». Une juge assesseure enchaîne : « Vous vous rendez-compte que votre comportement dessert la cause des Gilets Jaunes pacifiques ? ». Johann conteste avoir harangué la foule pour qu’elle se retourne contre les policiers, mais avoue que, « mon objectif avec des morceaux de bitume était bien de venir casser une vitrine d’un magasin, mais pas celle d’un petit commerce. Les petits commerçants subissent un énorme préjudice à cause de ces manifestations ».

« Je voulais me protéger »

Johann explique qu’ « il n’avait pas pour but d’exercer des violences sur les forces de l’ordre, mais qu’il était venu avec son bouclier que j’ai confectionné, des masques, des casques et des lunettes de protection pour ne pas être intoxiqué par les gaz lacrymogènes, ni par d’éventuelles charges de CRS ou de gendarmes mobiles, avec des tirs au flash-ball ».

 Le prévenu assure que le samedi précédent, il avait été témoin de scènes violentes sur les manifestants. Constat de la présidente : « Les forces de l’ordre réagissent à la mesure des attaques et des agressions, dont ils sont les victimes. Si vous êtes pacifique et sage, il n’y a aucune raison d’être interpellé ».

« Le préjudice est très élevé »

Le procureur de la République fustige l’attitude de Johann : « Quand on vient à une manifestation, dont on sait qu’elle dégénère dès la dispersion avec cet attirail de guerrier, on vient pour casser et non pour se protéger, y a pas photo. Je constate avec consternation que la principale revendication des Gilets Jaunes est de dénoncer la hausse du carburant, du moins, c’était celle au début, il y a quatre mois. Ils réclamaient donc de l’essence moins chère. Or, à cause de ces guerrillas urbaines du samedi, de la destruction volontaire de biens publics et privés, de banques, de DAB, de vitres, de stations de tramway, de poubelles incendiées, eh bien, le préjudice de ces exactions est très élevé, notamment pour les collectivités et les assurances ». Le proc veut 8 mois de prison avec sursis et l’interdiction de paraître le samedi à Montpellier pendant six mois.

« Qu’a-t-il fait de 14h30 à 19h ? »

L’avocate de Johann s’interroge : « Il y a un détail fondamental qui m’interpelle et qui est passé inaperçu : il est arrivé à Montpellier à 14h30 pour participer à la manifestation pacifique des Gilets Jaunes, comme le samedi précédent. Personne dans le cortège n’a remarqué sa présence, ni l’a identifié avec pourtant l’attirail lourd et impressionnant qu’il transportait à 19h, quand on le découvre par hasard dans ces escaliers, loin de la place de la Comédie, où avait lieu des incidents avec les forces de l’ordre. Qu’a-t-il fait de 14h30 à 19h ? ».

 Le tribunal a reconnu Johann coupable et a suivi à la lettre les réquisitions du ministère public. Il a pu retrouver son poste de préparateur de commande dans le Biterrois.

1 Comment

  1. Son patron devrait le licencier, là serait la vraie sanction, les autres salariés n ont pas à bosser avec cet individus violent et associal.

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