Colère des Gilets Jaunes : pour Philippe Saurel, le gouvernement et les députés sont responsables

À la veille d’un nouvel acte des Gilets Jaunes à Montpellier, le maire de la ville, Philippe Saurel se dit opposé au déploiement des militaires dans sa ville et appelle à une réforme profonde des institutions françaises. Entretien. 

 

Quel est votre état d’esprit à la veille d’un nouveau samedi de mobilisation des Gilets Jaunes, que l’on annonce importante à Montpellier ?

J’ai écrit à Monsieur le Préfet pour lui indiquer, il le sait déjà évidemment, que la Ville était très attentive aux manifestations de samedi qui peuvent avoir des conséquences complexes et très dégradantes pour le centre-ville. Il m’a indiqué que, suite à ma demande, il avait alerté le ministère de l’Intérieur pour avoir des forces supplémentaires afin de pouvoir garantir la sécurité des commerces et des habitations du centre-ville. Évidemment, nous sommes inquiets tous les samedis. Les manifestations qui dégénèrent à tout moment cela peut arriver dans toutes les villes. Pour le moment, Montpellier a été, je dirais, assez épargnée par le mouvement des Gilets Jaunes. Même si des équipements publics ont été fracassés, les vitrines des commerçants et les habitats ont été très peu dégradés. C’est pour ça qu’il y a eu peu de demandes d’indemnisation faites au niveau de l’État. Je souhaite et j’espère que la manifestation aura le même comportement samedi que celui de samedi dernier qui a été une manifestation relativement calme.

Est-ce que, comme certains, vous auriez souhaité le déploiement de militaires ?

Je ne suis pas favorable à cela. Le droit de manifester est inscrit dans notre ADN républicain, il est sacré. Le droit de casser est illégal. Mais dans les manifestations, il y a, à la fois ceux qui veulent manifester pour exprimer leur désaccord avec les mesures gouvernementales, et en même temps, il y a un certain nombre de casseurs qui utilisent la manifestation pour mettre le bordel. Je crois que les événements qui se sont produits à Montpellier ne relèvent pas de l’armée. Certes, il y a eu des phases violentes qui ont été bien contenues par les forces de l’ordre sans violence majeure. Je trouve que les équilibres, pour l’instant à Montpellier contrairement à d’autres villes, ont été relativement respectés des deux côtés. Je souhaite que samedi se passe dans le même esprit.

Est-ce que vous pensez que les agents mis en place par la CCI sont utiles ?

Je suis opposé aux milices. Qu’est-ce que vous voulez que je dise.

« Les députés sont en grande partie, puisqu’ils ont voté ces budgets, responsables de la colère d’une partie de la population »

Qu’avez-vous eu comme garanties suite à la réunion à Bercy la semaine dernière ?

Le site du gouvernement a émis un document mis à la disposition des commerçants et de ceux qui considèrent que les manifestations les ont lésés dans leur activité professionnelle. J’ai chargé la manager du centre-ville à la Mission Grand Cœur de remettre à tous les commerçants les dispositifs que Bruno Le Maire a mis à disposition, avec des accès au site de Bercy pour qu’ils puissent faire valoir leurs droits. Je pense que si les demandes sont raisonnables et sensées en s’appuyant sur des documents réels, il n’y a pas de raison pour qu’elles ne soient pas étudiées par Bercy avec bienveillance.

En tant que maire, vous avez la charge d’une ville dans laquelle les manifestations se déroulent et sur lesquelles vous n’avez pas d’emprise. Avez-vous l’impression d’être épaulé par l’État ?

Si les Gilets Jaunes sont dans la rue, et qu’il y a des manifestations tous les samedis depuis 18 semaines, c’est parce qu’ils condamnent les mesures prises par le gouvernement sur un certain nombre de sujets, qui vont tout d’abord de l’augmentation du carburant et qui après deviennent exutoires pour toute une série de revendications, dont certaines sont très justes. Dans mon livre Réparer la République vous trouverez ce qui est dit sur la réforme territoriale et sur la réforme constitutionnelle qui sont demandées, sur l’omnipotence des partis politiques rejetés par le corps social… Tout ça je l’ai écrit.

Si les manifestations se poursuivent tous les samedis, c’est qu’une partie du peuple français ne s’est pas, malgré la casse, opposé aux Gilets Jaunes et aux manifestations. Je considère que ceux qui portent la responsabilité de cet état de fait, c’est avant tout le gouvernement et l’Assemblée nationale. Les députés sont en grande partie, puisqu’ils ont voté ces budgets, responsables de la colère d’une partie de la population. D’ailleurs je remarque que dans l’affaire Benalla, c’est le Sénat qui monte au créneau. Cela veut dire que l’Assemblée nationale aujourd’hui ne joue pas son rôle d’Agora des opinions alors que le Sénat, qui par essence est une institution conservatrice, lui le fait. C’est quand même étonnant que le Parlement fonctionne à l’envers. Le Sénat devient la force d’opposition et l’Assemblée nationale une chambre d’enregistrement. Il faut remettre tout ça en place. Cela vient essentiellement du fait que l’élection présidentielle se passe avant l’élection législative. Dans Réparer la République, j’explique qu’il faut revenir au septennat et qu’il faut élire les députés avant le président de la République pour donner à l’Assemblée nationale une couleur très diverse et qu’elle redevienne ainsi le théâtre de la discussion des territoires et plus de l’omnipotence d’un parti quel qu’il soit.

En sous-texte, vous demandez la dissolution de l’Assemblée nationale ?

Je demande une réforme de la Constitution et une réforme des institutions locales. La réforme territoriale est pour moi totalement avortée, cela ne fonctionne pas. Les villes se renferment sur elles-même et les campagnes deviennent exclues des villes. Quand on arrive à dire qu’il y a une France des villes – ce qui se traduit par la France des riches alors que ce n’est pas le cas – et une France périphérique, cela veut dire que la réforme territoriale est totalement obsolète. Sinon on parlerait de la France. Il est normal que les services publics, les médecins… puissent s’installer dans des lieux où il en manque. Mais pour cela il faut pouvoir prendre les mesures. Les Métropoles ne doivent pas être absorbantes, elles doivent partager.

Aujourd’hui c’est difficile de dire, « il faut », « il y a qu’à ». C’est compliqué de gouverner, je ne veux donner de leçon à personne, je connais la complexité de la gouvernance, mais il est certain que notre Constitution n’est plus adaptée au monde que nous traversons. Il faut l’adapter aux enjeux sociétaux et à notre manière de fonctionner. Notre République date du temps où le président de la République prenait la parole une fois tous les six mois à la télévision. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, s’il le veut il peut prendre la parole toute la journée. On ne peut plus faire pareil. Il faut construire un nouveau contrat social qui tient compte de toutes ces modifications à la fois sociales, sociétales et scientifiques.

4 Comments

  1. Dans le Métropolitain local de ce jour, Philippe Saurel appelle à un contrat social et à plusieurs réformes, dont évidemment la réforme territoriale. Tout cela est écrit dansun de ses livres (Réparer la république). Louable effort.

    Amusant: quand on lit la phrase suivante, et quand on voit comment est traité l’environnement de la ville, il faut être assis, et bien adossé à son siège. Je ne sais pas si la métrople a absorbé, mais je suis certain qu’elle n’a rien donné: Les Métropoles ne doivent pas être absorbantes, elles doivent partager.

  2. pro macron au bon vent et maintenant anti macron au vent mauvais ?

    eh ben…

    a la prochaine revolution je retourne mon pantallonnnn

    #girouettetoupie

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