Décès du pompier à Gabian : l’ancien directeur du Sdis 34 mis en examen

Le contrôleur général à la direction nationale de la Sécurité civile et de la gestion des crises basée en région parisienne, Christophe Risdorfer, a été mis en examen pour homicide et blessures involontaires, ce lundi, par la juge d’instruction en charge de l’information judiciaire au tribunal de grande instance de Béziers, sur le drame survenu entre Gabian et Roquessels en été 2016, où un sapeur-pompier de l’Hérault est mort au feu et trois autres brûlés, en luttant contre un virulent feu de forêt. À l’époque colonel, Christophe Risdorfer était directeur du Sdis 34.

Le contrôleur général Christophe Risdorfer, qui fut directeur du Sdis 34 de 2009 à 2017 -il avait succédé au colonel Charles Cassar-, est le dernier des sept casqués convoqués à avoir été mis en examen dans cette procédure, ce lundi, après que six officiers de la chaîne de commandement du Sdis 34 l’aient été la semaine dernière, un septième gradé ayant quitté le cabinet de la juge d’instruction avec le statut de témoin assisté.

La juge d’instruction a estimé que pour l’heure, sept mises en examen s’imposaient après l’analyse méticuleuse d’un dossier particulièrement épais remis par les gendarmes de la section de recherches de Montpellier, qui compte 1 500 cotes, soit plusieurs tomes.

 pour, soit une mise en examen, soit pour un statur de témoin assisté. Trois autres pompiers devraient être convoqués ultérieurement  Des expertises lancées fin 2016 ont également été rendues à la magistrate, qui a repris la procédure de A à Z depuis sa récente nomination. C’est le troisième magistrat instructeur a avoir traité cette affaire en deux ans et demi. L’instruction devrait durer au minimum un an.

Un ou des manquements

Rien ne filtre officiellement sur ce qui a poussé la juge d’instruction a prononcer ces quatre mises en examen, mais, selon une source proche de l’enquête, un ou des manquements seraient retenus à la lecture des nombreuses pièces du dossier. On cite notamment l’absence d’une formation spécifique obligatoire aux sapeurs-pompiers engagés dans la lutte contre les feux de végétation et qui n’aurait pas été dispensée aux casqués envoyés à Gabian dans un groupe d’intervention feux de forêt -GIFF-. ce que les avocats des mis en examen et du Sdis 34 contestent.

Le GIFF s’est égaré

Y a-t-il eu le 10 août 2016 un cafouillage dans la gestion de l’intervention sur place, sur la colline en flammes au dessus de la RD 13, entre Gabian et Roquessels ? Métropolitain est en mesure de révéler que les engins formant le GIFF dépêché de Vailhauquès et dans lequel se trouvait le camion-citerne feux de forêt -CCF- piégé par une langue de feu s’étaient égarés.

Dans des circonstances qui n’ont toujours pas été établies deux ans et demi après le drame, les 4 CCF et la jeep 4×4 se sont retrouvés sur un chemin de terre qu’ils n’auraient jamais dû emprunter pour se rendre sur la colline en feu. Du moins, ce n’était pas l’itinéraire qui avait été défini par celui ou ceux qui traitaient l’intervention des moyens sur le terrain.

Des pilotes d’avions affolés

Selon nos informations, ce sont des pilotes de bombardiers d’eau survolant la zone du front de feu pour tenter de faire des largages, mais qui étaient gênés par la présence d’une ligne à haute tension qui, affolés, ont donné l’alerte en apercevant ce GIFF esseulé grimpant dans un chemin isolé directement vers la progression de la langue de feu, dégageant une fumée noire épaisse rendant la visibilité nulle…

Trop tard, les CCF et la jeep 4×4 se retrouvaient face à un gigantesque brasier. Dans un des camions-citernes avaient pris place sur le siège avant, le sergent professionnel Didier Bourdelier, chef d’agrès de la caserne de Montpellier-Montaubérou, à côté du conducteur, Jérémy Beier, 24 ans. À l’arrière étaient assis Lucas Canuel et David Fontaine.

« On était sur le flanc droit, au lieu du flanc gauche »

Un sapeur-pompier confirme à Métropolitain que, « j’ai effectivement appris quelques mois plus tard, pendant le déroulement de l’enquête des gendarmes, que nous avions été amenés au mauvais endroit par le chef de groupe, un adjudant volontaire de la caserne de Mèze et par un chef de secteur, un adjudant du centre de secours et d’intervention de Saint-Thibéry. Ils nous ont dirigé sur le flanc droit du feu, en pleine garrigue, à 200 mètres environ des lignes électriques. Or, ces deux chefs qui encadraient le GIFF à bord de la jeep 4×4 croyaient nous avoir amené sur le flanc gauche, pour attaquer le feu. Il est donc certain maintenant que les deux chefs de groupe et de secteur se sont plantés sur notre position ».

« On devait attendre un largage de Canadair, mais… »

Le GIFF s’est retrouvé pris dans les fumées et les flammes. « L’ordre est tombé, les pompiers devaient rester dans les camions, mais, sans activer le système d’auto-défense. Ils devaient  attendre un largage de Canadair pour sortir les pompiers de là. Mais, il n’y a jamais eu de largage, un des CCF s’est brusquement éteint avec les quatre pompiers coincés dedans. Quand ils ont vu le camion prendre feu, ils sont tous sortis », se souvient ce pompier.

La suite sera effroyable : « Jérémy était grièvement brûlé, il est décédé quelques jours plus tard. Le chef d’agrès a été brûlé à 38% aux jambes, au visage et aux mains. Ses doigts ont été bloqués par le chirurgien au CHU de Montpellier pour lui  sauver les mains, il reste handicapé entre 50 et 80%. Lucas conserve des séquelles aussi, plus de 80%, il a été amputé des doigts. David a été légèrement brûlé, c’est une scène terrible qui nous hante encore ».

Le silence des officiers

Ce « soldat du feu » n’a pas la rancune tenace, mais, il reste choqué par le comportement des officiers et des responsables hiérarchiques du Sdis de l’Hérault : « Depuis le drame, aucun d’eux n’est venu voir les pompiers rescapés, notamment pour prendre de leurs nouvelles, de leur état de santé et de leur moral, ni de de savoir comment ils vivaient cette tragédie. Depuis deux ans et demi, ils croisent certains, mais ils détournent la tête, ils restent à distance, peut-être qu’ils n’assument toujours pas. C’est une situation difficile à vivre pour les pompiers victimes ».

Il a voulu se confier à Métropolitain en conservant l’anonymat pour des raisons personnelles, non parce qu’il n’a pas de courage, mais tel est son choix et nous le respectons : « J’espère qu’on ne m’en voudra pas, je souffre assez comme ça ».

« Que la vérité éclate »

Comme la famille de Jérémy Beier disparu à l’âge de 24 ans et à l’instar de ses collègues marqués à jamais, son souhait le plus ardent est que la juge d’instruction fasse la lumière sur ce qui s’est passé et si des fautes pénales peuvent être retenues. « J’ai confiance en la justice, que la vérité éclate et qu’il y ait un procès, même si ça éclaboussera le Sdis 34 », lâche ce pompier, meurtri dans sa chair et dans sa tête.

Après ces mises en examen, l’instruction est loin d’être terminée, elle devrait donc durer encore un an, il reste d’autres actes à accomplir pour cette juge d’instruction qu’on dit pugnace et notamment la reconstitution du drame, dans cette colline entre Gabian et Roquessels, autour de la stèle érigée avec un olivier en hommage à Jérémy Beier, mort au feu.

Un olivier planté à Gabian avec la photo de Jérémy Beier sur le site de Gabian Photo D.R.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *