André Deljarry : « Il est important de rapporter la confiance aux commerçants »

Après l’annonce de déployer 130 agents de sécurité dans les commerces du centre-ville de Montpellier samedi 16 février lors de l’acte 14 des Gilets Jaunes, André Deljarry, président de la CCI de l’Hérault, a détaillé aujourd’hui l’objectif de ce dispositif et l’urgence de la situation vécue par les commerçants. « Il ne s’agit en aucun cas de remettre en cause le mouvement. Mais la Chambre de Commerce de I’Hérault souhaite permettre aux commerçants de travailler sereinement car eux aussi ont les mêmes préoccupations de fond sur le pouvoir d’achat et comment vivre dignement de leur travail ».

Une longue asphyxie

« Nous sommes aujourd’hui dans un état d’urgence économique et commerciale à Montpellier ». Le ton est grave. André Deljarry se fait le porte-voix des commerçants de l’Écusson qui voient passer depuis treize samedis les manifestations des Gilets Jaunes et surtout les violences causées par les casseurs. Des fêtes de fin d’année aux soldes, le centre-ville a vu son habituelle activité déclinée et les clients s’orienter vers d’autres secteurs.

Constatant ainsi « une longue asphyxie » et ayant alerté le préfet à de nombreuses reprises, le président de la CCI de l’Hérault a donc décidé de déployer un dispositif, en accord avec la préfecture, à destination des commerçants. « Il était temps pour nous de réagir » assène André Deljarry dont le mot d’ordre « blocage économique du centre-ville, tout simplement » de ce treizième samedi de rassemblement n’est pas passé : « Nous ne sommes plus dans une logique de manifestation pour le pouvoir d’achat. On peut comprendre le mouvement mais on ne peut pas comprendre le blocage économique répétitif à ce point là ».

130 agents de sécurité déployés

Ce samedi 16 février de 12h30 à 19h30, 130 agents de sécurité de la société Nicollin Sécurité seront positionnés sur le pas de la porte des commerces de l’Écusson et quatre coordinateurs assureront le bon déroulé du dispositif. Ces derniers seront totalement indépendants du dispositif des forces de l’ordre et ne pourront intervenir face à d’éventuels casseurs.

« L’objectif du dispositif est d’apaiser les commerçants et leurs salariés qui viennent travailler avec la boule au ventre chaque samedi, d’assurer une présence sécurisante pour faciliter l’accès des commerces aux clients et de doter le centre-ville d’un service de sécurité à l’image de ce qui se fait dans les centres commerciaux » explique André Deljarry qui précise, « il ne s’agit pas de suppléer les forces de l’ordre sur le domaine public qui font un travail remarquable depuis le 17 novembre ».

Sans être opposé aux manifestations même si « 14 fois le samedi pour la même chose cela fait beaucoup » André Deljarry complète : « C’est un message pour les casseurs plutôt que pour les manifestants. Allez voir ailleurs ! Montpellier est sécurisée, Montpellier est gardée. On a envie de travailler et les gens de reprendre confiance en leurs commerces ».

Le coût de l’opération pour la CCI de l’Hérault est de plus de 20 000 €. En fonction de la manière dont se déroulera le dispositif samedi, celui-ci pourrait être reconduit. « Ce que je vois aujourd’hui, c’est que la Ville de Nîmes et la Chambre de commerce d’Île de France nous posent des questions. Cela veut dire que notre absence de réaction a peut-être était un peu longue » témoigne André Deljarry qui ne s’attendait pas à cette tournure des événements.

Une situation préoccupante pour les commerçants

« Aujourd’hui, il est temps de faire prendre conscience à tous que 70 % des commerçants de l’Écusson sont des indépendants » alerte André Deljarry qui évoque des baisses de chiffre d’affaires de 40 à 50 % en moyenne sur chaque samedi et « des commerçants qui se trouvent pénalisés dans leur pouvoir d’achat, dans les emplois… ».

Le président de la CCI de l’Hérault fait état d’un premier bilan à l’échelle du département : « 2 000 salariés ont subi du chômage partiel. Ce que vivent les salariés et les chefs d’entreprise n’est plus acceptable ». Plus de 200 dossiers liés à problématiques de trésorerie, dont des cessations de paiement, qui serait dues aux manifestations ont ainsi été déposés à la Chambre de commerce. Cette dernière, qui doit encore les examiner dans le détail, est en lien avec l’URSSAF, la Fédération des banques, les Finances publiques, la DIRECCTE… pour mettre en place des premières mesures d’accompagnement. Mardi prochain, avec Carole Delga, président de la région Occitanie, et Christian Pujol, président de la Chambre des métiers, André Deljarry annoncera des dispositifs d’aide au niveau régional.

Odette Daudé, présidente de l’association des commerçants de l’Écusson, témoigne : « Il y a énormément de commerçants qui ne sont pas bien du tout et qui désirent qu’il y ait enfin des actions fortes. André Deljarry a pris cette décision, quelques soient les circonstances, c’est une décision. Aujourd’hui c’est un début et cela va peut-être donner une impulsion afin de laisser les commerçants en place et ne pas avoir des vitrines fermées ».

Le président de la CCI stipule que son dispositif ne va pas à l’encontre des Gilets Jaunes : « La cause est noble. Il faut peut-être discuter et revoir des choses mais par contre aujourd’hui il faut pouvoir laisser travailler les commerçants qui sont dans un sens des Gilets Jaunes ». Même tonalité chez Odette Daudé : « Ils revendiquent ce que tout le monde revendique en France. C’est normal et ils ont créé un événement qui va peut-être changer les choses du côté positif en France » et de préciser : « Les casseurs nous dérangent. Cela tue des emplois et des commerces ».

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