Interview. Marc Aufort du Medef : son rapport secoue Béziers

Atypique. Dynamique. Electrique, presque. Marc Aufort n’est pas un président de Medef comme les autres. À la tête du syndicat patronal de l’ouest Hérault depuis 18 mois, il recevait la semaine dernière les acteurs économiques du territoire pour une grande soirée économique au cours de laquelle il présentait les conclusions d’un rapport de plus de 100 pages.

Ce document jugé explosif vise à donner les grandes orientations qui pourraient guider le Béziers d’aujourd’hui vers ce qu’il est appelé à devenir demain : une terre d’industrie, de technologie… et d’expérimentations économiques. Oui patron ! Interview.

Marc Aufort, vous présentiez la semaine dernière, devant un public de plus de 500 entrepreneurs du territoire ouest-héraultais, un rapport économique. Quel est l’objet de cette « grand’messe » et de cette étude ?

Cette soirée à laquelle vous faites allusion, c’est la Nuit de l’attractivité, qui s’est tenue mardi dernier à la salle Zinga Zanga en présence, en effet, d’entrepreneurs du Biterrois et de ses environs, mais aussi de Sophie Garcia (présidente du Medef Occitanie), de chefs d’entreprises en provenance de tout le territoire et d’élus locaux, comme nationaux d’ailleurs, puisque Fabrice Lesaché, vice-président et porte-parole du Medef national, nous a, entre autres, honoré de sa présence. L’objet de cette soirée, pour répondre à votre question, était de rendre compte des réalités de notre territoire en listant, bien sûr, ses forces et faiblesses, mais en allant, pour une fois, vraiment au-delà. Raison pour laquelle j’ai voulu qu’un expert, professionnel de l’analyse économique, se penche sur notre territoire pour rendre ses conclusions, mais surtout pour dresser, sans ménager personne, une liste de préconisations visant à nous amener encore plus loin dans le développement de l’Ouest Hérault. Cet expert, vous le connaissez, c’est l’économiste Nicolas Bouzou.

J’ai voulu qu’un expert, professionnel de l’analyse économique, se penche sur notre territoire pour rendre ses conclusions

Les conclusions rendues par Nicolas Bouzou ont-elles conforté ce que vous saviez déjà ou, au contraire, sont-elles venues contredire les précédentes études déjà réalisées sur Béziers et l’Ouest Hérault ? 

Je dois d’abord dire que Nicolas Bouzou a réalisé un formidable travail. Son livrable, malgré quelques imperfections relévées par certains acteurs économiques et politiques, est très précis. Mais il n’y a pas vraiment eu de « grosse surprise ». Les forces de notre territoire, on les connaît. Elles s’appellent viticulture, tourisme, et j’en passe… Non, là où a été notre surprise, bonne je précise, c’est au niveau de certaines recommandations, qu’on ne s’attendait pas forcément à voir apparaître.

Quelles sont-elles ?

Elles sont trop nombreuses pour les citer toutes. Vous pouvez toutefois les consulter sur notre site Internet, où le rapport est mis à disposition de chacun. Je vais, peut-être, vous en citer trois particulièrement surprenantes ou intéressantes.

Je vous écoute.

La première : positionner Béziers comme un territoire test pour les véhicules autonomes. De nombreux constructeurs et Alphabeat (Google) recherchent en effet des territoires qui accepteraient de tester des transports en commun 100% autonomes, sans personne au volant ! D’après Nicolas Bouzou, l’Ouest Hérault disposerait de chances si Béziers déposait une candidature.  A explorer, donc. Toujours en lien avec la mobilité, mais peut-être un peu moins futuriste, une recommandation visant à développer à plus grande échelle les biocarburants à partir des résidus de l’industrie viticole, qui, je l’ai dit tout à l’heure, se trouve être l’un des points forts de notre territoire. Autre piste à creuser, pour Nicolas Bouzou, le renfort de l’offre de formation sur un segment porteur : le sport-études. Notre territoire national est en effet sous-doté en termes d’infrastructures pour répondre, actuellement, à la demande grandissante.

Le point commun à ces trois préconisations, c’est le potentiel.

C’est en effet un mot clé du rapport. Et un mot que j’emploie moi-même très régulièrement. Nous avons ici un territoire de valeur, qui a trop souffert d’être comparé à d’autres, par le passé. Moi, j’assume ce que nous sommes. Et, pour que ça soit dit une fois pour toutes : la proximité avec les métropoles est une chance, pas un inconvénient. Mon discours est limpide. Pas de politique, encore moins de politique politicienne. De l’é-co-no-mie et des partenariats de bon sens. Tout ça ne peut fonctionner que si on se rassemble autour de projets fédérateurs. Elus et entreprises peuvent bien sûr rencontrer des succès indépendamment l’un de l’autre, mais ensemble, on peut voir plus grand et aller plus loin. C’est aussi simple que ça. J’ai d’excellents rapports avec le maire, le président de l’agglo, le président du MEDEF montpelliérain,  celui de la CCI Hérault, mais aussi Kléber Mesquida, ou encore le sous préfet Christian Pouget… Les projets, ça rassemble.

Nous avons des entreprises formidables ici et des réussites exceptionnelles qui se sont bâties sur notre territoire. Dois-je vous rappeler que Mohed Altrad a démarré son aventure à Florensac ?

OK pour les projets, mais Béziers, ça évoque aussi au plus grand nombre : chômage, pauvreté…

Et bien justement, je ne veux plus qu’on parle de nous uniquement en ces termes. Nous avons des entreprises formidables ici et des réussites exceptionnelles qui se sont bâties sur notre territoire. Dois-je vous rappeler que Mohed Altrad a démarré son aventure à Florensac ? Alors, résumer l’Ouest Hérault à ça, je trouve cela un peu réducteur, même si je peux entendre que les mauvaises habitudes ont la vie dure… Il y a mille pistes et actions à mettre en œuvre pour booster notre économie, mais à chaque fois, on en revient à une même conclusion : c’est par l’entreprise que le territoire se relèvera : on doit séduire, accompagner, faire se rencontrer les entrepreneurs et les entreprises, de la start-up à la fameuse ETI dont tout le monde rêve au sein de sa commune.

 On sent dans votre discours une certaine passion.

Je ne peux pas le nier. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne ferai qu’un seul mandat à la tête du MEDEF. J’y consacre une telle énergie…Le territoire et son avenir, je n’y pense pas qu’en me rasant. Je me réveille en pensant au MEDEF, je me couche en pensant au MEDEF, je m’implique à fond pour le MEDEF la journée ou lors de manifestations comme par exemple notre dernière soirée… Il faut que je garde un peu d’énergie pour Axylis, mon entreprise ! (rires) Et puis, plus sérieusement, je pense que , comme on doit tout donner, il est bien que tous les trois ans, on change de leader pour apporter une énergie neuve, d’autres idées, d’autres méthodes…

À travers le travail de Nicolas Bouzou, c’est aussi notre voix d’entrepreneurs qui s’exprime.

En parlant de méthode, juste un dernier mot sur l’étude évoquée en début d’interview. Qui l’a financée ?

(sourire) Il n’y a de soutien financier de la part d’aucune collectivité (hormis le prêt de la salle par la mairie), élu ou parti politique, si c’est là que vous voulez en venir. Ce projet, on l’a porté entièrement sur fonds privés : ceux du MEDEF et ceux d’entreprises sponsors. A travers le travail de Nicolas Bouzou, c’est aussi notre voix d’entrepreneurs qui s’exprime. Je précise qu’on avait, en parallèle, aussi mené notre enquête en envoyant par Internet des questions à plus de 2000 chefs d’entreprises. L’idée étant de constituer des commissions de travail autours de thématiques identifiées : santé, numérique, industrie… Nicolas Bouzou s’est appuyé sur les conclusions de ces commissions pour dresser une liste de 29 préconisations pour dynamiser le territoire.

Au terme de cette très belle soirée, j’ai proposé à l’ensemble des participant de constituer 10, 15, 20 voire 29 commissions de travail co-pilotées par un élu et un chef d’entreprise pour faire avancer chacune des propostions de Nicolas Bouzou. Cette idée semble avoir enthousiasmé l’ensemble des acteurs. Tout le monde veut avancer ensemble. Les retours sont vraiment fantastiques. Y a plus qu’à… Rendez vous dans un an pour mesurer les résultats !

On reconnaît bien là l’expert comptable que vous êtes aussi dans la vie: l’amour du bilan.

Ne dites pas ça, je dois être l’un des seuls dans ma profession à dire qu’un bilan, ça ne sert à rien. !

Pardon ???

Je joue la provoc’ en disant ça mais, d’une certaine façon, pour avancer, vous pensez qu’il vaut mieux regarder dans le rétroviseur ou lever la tête et regarder droit devant ?

>> À LIRE à la une de l’hebdo Métropolitain 7 Officiel de cette semaine.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *