Gilets Jaunes. LBD 40 : Montpellier, l’adieu aux armes

Ce jeudi à 16h, le comité montpelliérain de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) organisait un rassemblement devant la préfecture, juste avant que le préfet de l’Hérault ne reçoive une délégation demandant à l’Etat d’interdire l’utilisation des LBD 40 pendant les manifestations. Selon la LDH, cette arme non létale a déjà blessé grièvement huit personnes à Montpellier depuis le début du conflit des Gilets Jaunes.

Le LBD 40 (LBD pour Lanceur de Balles de Défense et 40 pour le diamètre du canon) est une arme suisse que l’on peut apparenter à une version améliorée du flash-ball français. Elle équipe désormais les forces de l’ordre, et c’est elle qui est dans le viseur (si l’on peut dire) des manifestants et des défenseurs des droits de l’Homme. En effet, le LBD 40 est plus puissant que le flash-ball (50 mètres de portée contre 10) et il est de plus équipé d’une visée électronique, ce qui rend l’arme plus précise.

Une arme non létale, mais dangereuse

Le LBD 40 est dangereux. Un constat établit par le Défenseur du Droit qui avait demandé, une première fois en 2013, puis une seconde fois en 2015, d’interdire les flash-ball lors des manifestations à cause des risque de blessures graves… Puis, face à la course à l’armement, le défenseur a reformulé sa requête auprès de l’Etat en 2017 en incluant la nouvelle arme, le LBD 40, dans la demande d’interdiction. Et ce pour les mêmes raisons : ces graves blessures qui rappellent parfois les terribles images des « Gueules Cassées » de la Grande Guerre.

À Montpellier aussi, la liste s’allonge

Après avoir acceptée d’interdire ces armes, l’opinion s’emparant également de cette question, la Préfecture de Police est brusquement revenue sur sa décision… Avec les inévitables conséquences que l’on sait. A Montpellier, en effet, la liste des victimes de tirs de LBD s’allonge depuis le début du conflit des Gilets Jaunes. La LDH a rédigé une enquête retraçant, vidéos à l’appui, le déroulé des manifestations chaque samedi de mobilisation.

Le collectif montpelliérain tient aussi la liste des accidents graves provoqués par le LBD 40 et les grenades à main, poétiquement appelées « grenade de désencerclement », GMD pour les initiés.

Devant les forces de l’ordre, la LDH exige le retrait des armes non-létales qui ont déjà fait 8 blessés graves à Montpellier


>> Des tirs et des victimes

Le 29 décembre dernier :
-Cynthia A est touchée par un tir de LBD. Souffre d’une plaie ouverte au front, évacuée aux urgences Saint Roch. Douleurs crâniennes fulgurantes, perte de mémoire et du sommeil, angoisses post-traumatiques ;
-Yvan B est également touché, au visage. Plaie ouverte, 8 points de suture. Douleurs crâniennes fulgurantes, perte de mémoire et du sommeil, angoisses post-traumatiques ;
-Laurent B est touché deux fois : à la cuisse, avec plaie importante sur le muscle, et au visage : plaie en étoile de 4cm au niveau de l’arcade sourcilière. A demandé une enquête auprès de l’IGPN.
-Geoffroy G est également touché au visage. Plaie en étoile sur le nez et sous l’œil gauche.

Le 5 janvier :
-Pierre B est blessé à l’arrière de la tête. Souffre d’un hématome crânien postérieur ;
-Jacques : victime de l’explosion d’une GMD, son tibia est ouvert jusqu’à l’os.
-Teddy P : victime d’un tir de LBD à la tempe, crise d’épilepsie lors de son évacuation, 15 jours d’ITT.
Au final, lors de cette manif, la LDH constate 10 cas de personnes touchées par des tirs de LBD entre les le haut des côtes et la tête.

Le 12 janvier, à Nîmes :
-Johan D est mis en joue à bout portant par un LBD. Frappé en dehors d’une situation d’hostilité, a saisi l’IGPN pour enquête.
-Martin H est touché au front à plus de 40 mètres. Plaie ouverte de 10 cm de long sur 1 cm de profondeur. 12 points de suture. Souffre de troubles psychiques et douleurs post-traumatiques. Demande d’enquête auprès de l’IGPN.
-Sébastien D est victime d’un tir de LBD à la tête, touché également à la bouche. Plaie aux lèvres, 3 dents cassées, fracture de la mâchoire et de la mandibule ;
-Cédric G reçoit une balle sur l’arrière de la tête. Plaie occipitale de 7 cm. Souffre de troubles de la vision et de l’audition.
Le 12 janvier, à Montpellier :
-Virgile B est victime d’un tir de 30 mètres au niveau du globe oculaire droit et au nez. Souffre d’un oedème à l’œil sans lésion de l’œil, plaie de 6 cm sous l’orbite droite, fracture du plancher orbital, fracture du nez, fracture de l’os zygomatique ;

Des blessures surtout à la tête

Selon un décompte des blessées graves au niveau national effectué par Libération, plus d’une soixantaine de victimes sont à déplorer depuis le début du conflit des Gilets Jaunes. « La plupart du temps à la tête », note Libération, qui rappelle que 13 personnes au moins ont perdu un œil.

Le collectif montpelliérain de la LDH livre son diagnostic pour Montpellier : entre le 15 décembre dernier et le 15 janvier, « plusieurs manifestants ont été blessé grièvement, dont huit très sérieusement au visage par LBD 40 ». La LDH enfonce le clou, affirmant au passage que, selon les témoignages et les vidéos, « la plupart des victimes cas se sont produits lors du reflux de la manifestation, à 20 ou 30 mètres des forces de l’ordre ».

« Juste le temps d’esquiver »

Sophie manifeste depuis le début aux côtés des Gilets Jaunes, filmant les cortèges et diffusant les vidéos du chaos sur sa page Facebook. L’une d’elles a fait le tour de la toile. Elle filme les CRS face aux manifestants, et soudain elle crie, « attention », et a juste le temps d’esquiver un projectile : « J’ai eu juste le temps de voir le policier tirer avec son LBD 40, j’ai pu esquiver la balle qui a sifflé à mon oreille, puis j’ai entendu l’impact ». Axel, qui était derrière elle, a pris la balle en plein visage.

Le montpelliérain Axel P., victime d’un tir de LBD 40 ? Une enquête est en cours…

Axel, la victime symbolique du LBD 40

Les images de son visage tuméfié ont fait elle-aussi le tour d’Internet. Le jeune homme a tenu à être présent jeudi soir devant la préfecture : « Je continue le combat car ce n’est pas fini », explique-t-il : « La douleur ne me fait pas renoncer à mes convictions… et je confirme que je manifestais pacifiquement ». Le procureur de la République de Montpellier, Christophe Barret, confirme qu’une enquête est en cours. Axel doit être examiné ce vendredi par un médecin légiste du « service des vivants » au CHU Lapeyronie, afin de déterminer s’il a été touché par une balle ou un jet de pierre : « Toute enquête est bonne à prendre », a-t-il expliqué à Métropolitain : « Je n’ai rien à cacher, je suis droit dans mes bottes, je veux que le tireur de flash-ball qui n’a pas visé les jambes assume les conséquences de son acte. Le visionnage de la vidéosurveillance confirmera ma version ». Axel prévoit de manifester ce samedi lors de l’acte XI.

2 Comments

  1. Comment ne pas Discréditer égal les nombreuses violences et agressions de certains Gilets Jaunes fort peu scrupuleux, quand l’on se réfère aux propos de certains individus sur les réseaux sociaux qui accusent stupidement et absurdement les Forces de L’ordre et le groupe Vinci d’avoir eux-même détruit le péage de Bessan.

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