Montpellier : le bâtonnier Rémy Lévy à la tête de 1 200 avocats

Depuis le début de l’année, Rémy Lévy est le nouveau bâtonnier du barreau de Montpellier. Il succède à Bernard Béral. Avocat et président du MHB, Rémy Lévy est à la tête du conseil de l’Ordre pour deux ans. Lors de l’audience solennelle de rentrée de la cour d’appel de Montpellier, vendredi matin, le Premier président Tristan Gervais de Lafond a sportivement et avec humour félicité Rémy Lévy pour son élection : « Sans conflit d’intérêt, vous êtes à la fois le capitaine et l’arbitre de talent du barreau de Montpellier ! ». Allusion bien sûr à ses fonctions à la tête du club de handball montpelliérain.

>> Interview.

Est-ce la première fois que vous vous présentez pour être bâtonnier ?

Oui, c’est en effet la première fois que je me présentais à cette élection, l’année dernière. Et j’ai été élu. Je connais bien tous les rouages de la profession, j’ai prêté serment en décembre 1978, donc il y a bientôt quarante ans et j’ai exercé de nombreuses responsabilités : plusieurs mandats au sein du conseil de l’Ordre et également au sein de la CARPA, notre caisse de règlements qui est un outil très important. J’ai aussi participé à la vie sociale et associative du barreau toutes ces années durant, en créant et présidant pendant 20 ans son Association sportive et culturelle, et j’ai été délégué national de l’Union des jeunes avocats.

Il y avait deux autres candidats en lice, des pénalistes. Comment analysez-vous cette victoire dès le premier tour ?

L’élection n’opposait pas des spécialités, à savoir pénalistes contre généralistes ou autres. Les confrères sont appelés à choisir leur bâtonnier en fonction de ses qualités à les représenter, les défendre et les écouter. Ce qui est le plus marquant pour moi, c’est le taux de mobilisation de l’électorat, près de 80 % du barreau, ce qui donne une légitimité forte à celui qui est élu. Et bien sûr, gagner au premier  tour est une grande satisfaction.

Le bâtonnier élu pour deux ans est obligé de mettre entre parenthèses son activité au sein de son cabinet, car il y a beaucoup de travail. Fort heureusement, votre cabinet fonctionne avec des associés. De plus, le fait d’être président du MHB vous occupe beaucoup. Vous allez pouvoir tout concilier au quotidien ?

Le travail ne m’a jamais fait peur et j’ai toujours exercé pleinement les responsabilités qui m’ont été confiées. Certains ont voulu mettre en avant cette fonction pour discréditer ma candidature, la réponse des électeurs a été claire. Le MHB ne repose pas sur mes épaules, c’est un club champion d’Europe avec une organisation forte, en particulier un co-président, un manager général, un comité de direction, des actionnaires et un personnel administratif d’aussi bon niveau que le sportif. Et franchement de mon côté, je pense que cette expérience, qui est la mienne depuis onze ans dans ce club est plus un avantage qu’autre chose. Je suis un bâtonnier pleinement disponible et engagé pour ces deux années

Il y a près de 1 200 robes noires au barreau de Montpellier, c’est énorme. Beaucoup d’avocats, notamment les jeunes qui s’installent ont des difficultés pour survivre, la concurrence étant féroce. Comptez-vous vous pencher sur cette situation ?

Bien sûr le barreau de Montpellier, aujourd’hui, n’est pas celui que j’ai connu dans les années 1980 avec moins de 200 avocats, et jamais je n’aurai pensé un jour que nous dépasserions le millier. Bien sûr, la concurrence est rude, mais c’est une profession libérale avec des conditions d’accès règlementaires qui ne dépendent pas des barreaux, mais du législateur. Les besoins des citoyens ont aussi grandi et des contentieux ont explosé, en particulier le pénal, le familial et le droit administratif. À nous de défendre nos périmètres d’activité et à les étendre à beaucoup d’autres domaines. Je vais m’y attaché pendant mon mandat de deux ans.

Avez-vous comme objectif de poursuivre le travail réalisé par vos prédécesseurs, notamment Bernard Béral, le bâtonnier en exercice ?

Je connais tous mes prédécesseurs, et de façon générale, tous les bâtonniers que j’ai connus ont accompli leur tâche avec un grand dévouement au service des confrères avec des personnalités différentes. Donc, bien sûr, cette continuité est importante dans ce qui est l’essence même de la fonction. Bernard Béral a été un bâtonnier qui a montré son expérience et qui a fait preuve de sagesse, mais il a su aussi monter au combat dans la défense de la profession avec le dernier projet de réforme. Une manifestation est d’ailleurs prévue ce mardi dans les rues de Montpellier.

Quelles sont vos priorités ?

Mes priorités sont donc liées à l’actualité et en particulier à ce projet de réforme qui peut vider la profession de sa substance même. Depuis de nombreuses années j’entends les ministres qui se succèdent dire qu’ils vont se battre pour donner des moyens à la justice française. Aujourd’hui le discours a changé, il n’y a plus de moyens, donc on supprime l’activité judiciaire avec le leurre permanent du numérique. Les citoyens ont besoin d’un accès au juge et d’une réponse rapide de la justice à leurs problèmes du quotidien, comme c’est le cas dans tous les grands pays européens et pas qu’on sous-traite à des robots, où des sociétés privées ce qui restera à juger après toutes les chausse-trappe mises pour bloquer l’accès au juge. Ensuite il y a un besoin local de faciliter au mieux l’exercice des confrères en prenant un certain nombre de mesures pratiques, ainsi qu’à aider les jeunes en leur proposant, sur leur demande l’aide d’un mentor, un confrère expérimenté qui les accompagnera dans leurs débuts.

Pensez-vous que la cour d’appel de Montpellier est menacée par la nouvelle carte judiciaire qui fait beaucoup couler d’encre ?

De manière générale, et l’histoire le montre, la réforme de la carte judiciaire est d’une grande opacité et le débat se fait sur des bruits de couloir , parfois fondés, et parfois non, ce qui est la conséquence de cette opacité. Aujourd’hui, les menaces sur la cour d’appel de Montpellier sont plus un transfert d’une partie importante de ses compétences sur celle de Toulouse, alors qu’elle a une activité supérieure à cette dernière. Aujourd’hui, notre cour a plus besoin de moyens pour répondre à sa vocation de juger tous les litiges en appel, que d’être vidée d’une partie de sa substance au profit d’une autre et de répondre à sa mission de service public pour tous les départements qui en dépendent. Mon combat que je commence à peine porte sur le maintien de la cour d’appel ici.

Expliquez-nous cette particularité propre aux conseils de l’ordre : pourquoi un bâtonnier est-il élu pour deux ans ?

Je ne me suis jamais vraiment posé la question de la durée du mandat, mais je pense que nos anciens ont estimé que le bâtonnat n’était pas une fonction politique mais professionnelle, d’où cette durée biennale. Je pense aussi qu’il s’agit d’un investissement important et que le renouvellement régulier est un bien pour l’institution.

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