Des préfectures à la culture, Jean-François Carenco à la tête de l’Opéra Orchestre National de Montpellier

Après avoir traversé de grosses zones de turbulences depuis 2014 mettant en péril régulièrement son existence même, l’Opéra Orchestre National de Montpellier (OONM) connaît aujourd’hui une situation nettement plus apaisée et, même si rien n’est fait, propice à envisager l’avenir. Ce jeudi 27 décembre, Philippe Saurel a présenté le successeur de Didier Deschamps à la tête de l’institution. Après plus de 30 ans dans le corps préfectoral, Jean-François Carenco, déjà passé par Montpellier de 1983 à 1988 comme directeur général du District sous Georges Frêche, aura la mission de stabiliser et faire rayonner l’OONM en développant notamment le mécénat et les co-productions comme premiers axes tracés.

Priorité à la Métropole

« Aujourd’hui, nous sommes sortis de cette situation délicate mais il faut une présidence à la fois subtile et ferme pour mener à bien les destinées de l’OONM » pointe Philippe Saurel après avoir rappelé les épisodes qui ont conduit l’institution proche de la disparition. Et s’il est seul ce jour à présenter Jean-François Carenco, le président de la Métropole rappelle qu’avec « 13 M€ de subventions, la Métropole est immensément largement le plus gros financeur. La Région, verse 3,8 M€, l’État 3,2 M€ et le Département 30 000 €. Ainsi, les administrateurs de la Métropole sont majoritaires ». Il faudra tout de même attendre le vote du prochain conseil d’administration qui se tiendra en janvier ainsi que la délibération du conseil de Métropole pour entériner la décision.

« L’OONM est en bonne santé mais toujours fragile. Nous avons besoin à la présidence d’une personne impliquée dans le milieu culturel et dans le fonctionnement de l’État » explique Philippe Saurel avant d’argumenter le choix de Jean-François Carenco : « C’est un amoureux de la culture, de Montpellier et il connaît parfaitement le fonctionnement des institutions. Il en capacité de porter l’OONM au niveau qui est le sien. C’est à dire au niveau national et international ».

Philippe Saurel a tenu à saluer les actions de Valérie Chevalier, absente de Montpellier aujourd’hui, responsable notamment des nouvelles orientations de la programmation et de l’ouverture de l’opéra à un public plus large, qui poursuit sa mission de directrice générale avec Jean-François Carenco  : « Il fallait faire certaines choses dans l’orchestre qui n’étaient pas faciles et je l’en remercie ». Tout comme envers Didier Deschamps et son successeur par intérim Yves Larbiou.

Place désormais à Jean-François Carenco dont Philippe Saurel a dressé les objectifs pour l’OONM : « Il faut lui donner une pérennité. Une assurance, c’est la première chose, par le financement des collectivités et de l’État. Le deuxième c’est développer des partenariats avec d’autres collectivités ainsi que le mécénat. Aujourd’hui, le mécénat réunit 50 000 € ce qui pour un orchestre national est presque ridicule ». Quant à l’idée générale il est question de « permettre à l’OONM de voguer sereinement sur les ondes ».

Des préfectures à la culture

Après 30 ans dans le corps préfectoral dont huit ans dans l’outre-mer, « cela donne une ouverture sur d’autres cultures », puis cinq ans comme directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo notamment ministre de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale « j’y ai appris les rouages de l’État », Jean-François Carenco a oeuvré à la mise en place de la Métropole de Lyon ainsi que celle du Grand Paris. « J’ai toujours travaillé pour la culture, le théâtre, la littérature et en dernier lieu l’Opéra de Lyon » explique t-il.

Si en terme de programmation, il se place pour l’heure dans un rôle de « miroir de Valérie Chevalier et celui qui aide à l’application des choix de la directrice », Jean-François Carenco illustre l’esprit qui doit la guider par la définition qu’il donne à la culture. Une définition qu’il lie étroitement à celle de Métropole car « La culture, dans une métropole naissante comme Montpellier, est essentielle. Il n’y a pas de métropole sans culture » explique t-il et d’illustrer cela par quatre citations qui selon lui « doivent habiter nos pensées et guider nos actions », tout comme la programmation donc, à savoir Fiodor Dostoïevski : « Le beau sauve le monde », Friedrich Nietzsche : « Le monde sans la musique serait une erreur », Victor Hugo : « L’ignorance est la limite où commence l’abîme » et André Malraux : « L’art est le plus court chemin de l’homme à l’homme ».

Développer le mécénat

S’il est passé par l’Opéra de Lyon c’est un navire beaucoup plus modeste qu’il aura à gérer, Jean-François Carenco doit désormais être « celui qui essaie de surmonter les problèmes financiers même si on n’est pas Paris ou Lyon. À Lyon le budget était de 38 M€ ». Celui de Montpellier est de 23,5 M€. C’est pourquoi, il s’associe à l’orientation souhaitée par Philippe Saurel de développer le mécénat. « Il faut regarder les grandes entreprises nationales qui ont des intérêts à Montpellier. Ici il n’y a pas d’habitudes de mécénat assez fortes ». Et de rappeler pour « une entreprise qui croit en sa ville que lorsqu’elle donne 10 000 € l’État en rembourse 6 000 € » en expliquant que « l’idée n’est pas de les taper mais de les embarquer dans l’aventure, il faut leur donner quelque chose en retour ».

« Afin de consolider et développer l’OONM », Jean-François Carenco résume ses objectifs en trois points : « Amplifier l’OONM afin qu’il puisse jouer pleinement son rôle dans la diffusion d’émotions culturelles, dans la cohésion sociales de son territoire. Assurer le lien avec tous les collaborateurs de l’OONM, finalement ce sont eux l’OONM. Enfin, convaincre tous les élus responsables des collectivités que la culture et sa diffusion doivent être notre ambition collective ». Parmi ses premières propositions il souhaite « élargir le conseil d’administration à des personnalités nationales d’autres domaines culturelles qui pourraient apporter un autre regard » et va s’atteler à développer, outre le mécénat, des partenariats avec d’autres collectivités extérieur au territoire régional ainsi qu’avec d’autre opéras pour augmenter le nombre de co-productions.

Si Jean-François Carenco et Philippe Saurel ont rappelé que chaque opéra en France avait une gestion différente, celui de Montpellier aspire désormais à retrouver à la fois de la stabilité et un rayonnement plus grand. La mission ne manque donc pas d’ambitions.

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