Vers Montpellier sans sida au rendez-vous d’un tournant majeur de la lutte

À l’occasion de la journée internationale de lutte contre le sida, les acteurs locaux de la prévention, du dépistage et de la prise en charge du VIH/sida, avec à leurs côtés la municipalité, se rassemblent autour du programme Vers Montpellier sans sida. La capitale héraultaise est particulièrement concernée par la question avec une population jeune et une importante communauté gay. D’autant que la lutte contre le sida est à un tournant majeur.

Une coordination

De la prévention au dépistage, des traitements à l’accompagnement, il était important que les acteurs, professionnels et associatifs, mobilisés autour de la lutte contre le sida se fédèrent comme c’est déjà le cas dans d’autres villes en France et dans le monde. Vers Montpellier sans sida tend à « amener une coordination pour une meilleure lutte contre le sida au niveau de la ville avec sa réalité locale », présente le docteur Alain Makinson, instigateur du programme, heureux de voir la municipalité en soutien important de la démarche.

« La prévention c’est la santé de demain. Après les formations au massage cardiaque, Octobre Rose, Montpellier sans hépatite C, il était naturel que l’on s’associe à ce projet ambitieux » explique Caroline Navarre « Cela fait longtemps que la Ville de Montpellier est aux côtés des acteurs de la lutte contre le sida. On sent qu’il se passe quelque chose autour de la lutte contre le sida et on veut aller plus loin ».

Alain Makinson et Caroline Navarre

« Ce projet collectif, Montpellier sans sida, part d’un constat épidémiologique » détaille le docteur Alain Makinson, instigateur du programme, « Au niveau national, depuis 2011, le nombre de nouveaux cas ne baisse pas et on estime à 6 000 nouvelles infections par an ». Néanmoins, un certain nombre d’éléments font dire à Vincent Tribout, médecin responsable du CEGIDD au CHU de Montpellier que « Ce projet nous donne l’ambition dans les trois ans à venir de faire chuter de manière spectaculaire les contaminations ».

Avec l’ambition de rejoindre le réseau mondial des Fast-Track Cities visant à mettre en place mondialement la politique ambitieuse de l’OMS. Celle-ci a pour objectif d’aller vers le zéro contamination et des zones sans sida d’ici 2030. Plus que jamais, de nombreuses raisons laissent entrevoir cet espoir.

Un grand espoir avec la PrEP

Depuis 2016, une nouvel espoir est né chez les acteurs de la lutte contre le sida avec la prophylaxie (prévention) préexposition dite PrEP. « C’est pour l’instant réservé à des groupes très à risque par leur pratique sexuelle. Mais plutôt que de les condamner ou les juger, on les accompagne » précise Alain Makinson. La PrEP, qui ne peut-être prescrite uniquement par un médecin spécialisé dans les infections sexuellement transmissibles, consiste à la prise d’un médicament de manière régulière ou occasionnelle avant des comportement à risque.

« C’est un peu une révolution »

Les résultats constatés sur environ 500 personnes suivies par le CEGIDD au CHU de Montpellier sont encourageants :. « Lorsque le traitement est bien pris, il protège de l’acquisition de l’infection du VIH pratiquement à 100 %. C’est un peu une révolution », annonce Alain Makinson avant d’argumenter, « Dans l’épidémiologie du VIH, au cours de ces 30 dernières années, il y a eu des diminutions de contamination en fonction de grands événements de ce genre : les seringues propres dans les années 80 pour les toxicomanes, la mise en route du traitement pour toutes les personnes porteuses du VIH au début des années 2000 ».

Impliqué depuis de nombreuses années, Vincent Tribout souligne la conjoncture qui amène autant d’espoir : « Tout le monde n’en a pas conscience mais nous sommes dans un moment important de la lutte contre le sida. Pour certains, nous sommes là depuis 35 ans et on sent qu’il se passe là quelque chose de capitale. C’est un tournant majeur. Toutes les planètes semblent s’aligner avec le traitement qui est efficace pour les personnes séropositives et qui permet de les rendre non contaminantes, avec la prévention sur lequel il y a un énorme effort avec le remboursement des préservatifs, et surtout depuis trois ans, avec la prescription de la PrEP ». Se fédérer avec Vers Montpellier Sans Sida permettra la formation des médecins et une meilleure compréhension de celle-ci.

Un nouveau concept de prévention

Environ 500 personnes sous traitement sont donc observées à Montpellier avec des examens, des préventions et des dépistages aux MST tous les trois mois. « C’est un nouveau concept de prévention qui parfois est mal compris et sujet à polémique. Au contraire, c’est une avancée extraordinaire de prévention dans le domaine du VIH » défend Vincent Tribout qui met en avant les résultats « En trois ans nous avons eu zéro contamination parmi, probablement, les personnes les plus à risque à Montpellier. Pour nous qui nous occupons de la prévention sida depuis 35 ans, c’est absolument extraordinaire ».

« Augmenter les offres de dépistage »

Reste que rien n’est encore gagné face au virus. Pour concrétiser les espoirs, le programme montpelliérain répondra localement aux différentes problématiques spécifiques. « Nous devons augmenter les offres de dépistage, coordonner ce qui marche et inventer de nouvelles choses pour toucher cette partie de la population qui ne vient toujours pas se faire dépister et donc se soigner » prévient Alain Makinson. D’où l’importance de l’information et de la communication qui seront prochainement déployés par la municipalité et les association sur le terrain.

Politiques, médecins et associations font désormais corps pour éradiquer le sida de la ville. Un souhait qui n’a jamais semblé aussi proche de la réalité.

>> Pratique : informations sur le VIH, les infections sexuellement transmissibles et la santé sexuelle, contacter Sida Info Service au 0 800 840 800 (gratuit, ouvert 7 jours sur 7 et 24 h sur 24). Sur internet : www.sida-info-service.org.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *