Interview. Le professeur Jean Bernard Dubois, acteur contre le cancer

Créée en 1918, La Ligue contre le cancer célèbre cette année ses 100 ans d’existence. L’occasion d’aller à la rencontre de l’un de ses grands spécialistes et représentants, le professeur Jean-Bernard Dubois. Président de La Ligue Hérault depuis deux ans, cet éminent cancérologue retraité et conférencier international consacre désormais une partie de son temps à poursuivre les objectifs établis par le Comité de l’Hérault en termes de financement de la recherche, de promotion de la prévention et des dépistages ainsi que du développement de l’aide aux personnes malades.

Une nouvelle mission qui permet à cet homme résolument optimiste et nourri par sa passion d’user de son art oratoire et de ses connaissances pour convaincre des personnalités locales à le rejoindre dans ce combat. Parmi elles, on peut retrouver François Delacroix, ancien proche collaborateur de feu Georges Frêche et conseiller régional de 2010 à 2015… Entretien avec un homme de conviction dont le travail d’information et de vulgarisation permet de comprendre pourquoi il est essentiel de « donner à la Ligue ».

Professeur Dubois, vous avez remplacé le professeur Pujol à la présidence de La Ligue contre le cancer Hérault en 2016, que pouvez-vous nous dire sur le cancer ?

Nous remarquons, depuis quelques années, une augmentation des nouveaux cas de cancers par an, mais en contrepartie, et ceci grâce aux avancées réalisées par la recherche, une baisse de la mortalité. Au début de ma carrière, il y a plus de 45 ans, les courbes de dépistage et mortalité étaient toutes deux en augmentation. Aujourd’hui, grâce au progrès du diagnostic, du traitement et de notre connaissance sur le sujet, la courbe des décès diminue considérablement. Les progrès accomplis sont importants et nous incitent à continuer d’autant plus notre combat contre le cancer.

Pouvez-vous nous livrer quelques chiffres ?

En 2017, la France comptait 400 000 nouveaux cas de cancers, près de 6 000 ont été diagnostiqués dans l’Hérault. 2 600 personnes sont mortes d’un cancer dans notre département l’année dernière. Le cancer reste donc la première cause de mortalité, même si le progrès est constant, 20 % en 40 ans, ce qui laisse énormément d’espoir pour la suite.

Quelles solutions pour diminuer encore ce nombre de décès ?

Les solutions résident dans le diagnostic, le traitement, la connaissance et la prévention. C’est en pratiquant des dépistages au plus tôt et en trouvant des remèdes pour combattre ce mal que le nombre de décès diminuera de manière significative. Les progrès qualitatifs et quantitatifs accomplis nous font dire aujourd’hui que nos efforts ne sont pas vains. L’amélioration du diagnostic, l’amélioration des connaissances sur la maladie et les traitements, éviter les cancers avec la prévention, les études et l’épidémiologie des facteurs et des états précancéreux… Ce sont là toutes les solutions à mettre en place contre le cancer.

« Montpellier apparaît être l’un des plus gros laboratoires de recherche de France. Il figure parmi les quatre premiers en Europe et il est le premier en province. »

Quelles sont les grandes avancées pour combattre le cancer ?

Il y en a plusieurs. Nous pouvons citer les nombreuses avancées de ces dernières années dans la chirurgie non mutilante, reconstructrice d’organes et de certaines fonctions, la radiothérapie de très haute précision qui permet d’irradier les tumeurs sans toucher les tissus sains, mais aussi les avancées des traitements comme la chimiothérapie qui utilise des drogues nouvelles. Ces avancées nous permettent de soigner le cancer de plus en plus comme une maladie chronique à l’image du diabète. On ne guérit jamais du diabète, mais on sait très bien le soigner. Pour certains cancers, c’est la même chose. Ceux qui persistent avec quelques cellules sont relativement bien soignés sur le long terme et les patients arrivent à vivre avec. D’où l’importance de la précocité du diagnostic, qui permet non seulement de détecter le cancer avant même l’apparition de ses symptômes, mais aussi de le traiter efficacement.

 

Montpellier est très en avance sur la question ?

Effectivement, Montpellier apparaît être l’un des plus gros laboratoires de recherche de France. Il figure parmi les quatre premiers en Europe et il est le premier en province. Le laboratoire de recherche du CHU de Montpellier, qui fait partie du SIRIC Montpellier Cancer (NDLR : SIte deRecherche Intégrée sur le Cancer – un consortium qui fédère un millier de professionnels exerçant à l’Institut du Cancer de Montpellier, au CHU de Montpellier, au sein de cinq instituts de recherche biomédicale et trois centres de recherche en sciences humaines et sociales de Montpellier) a fait de grands progrès en la matière. Par exemple, demain pour diagnostiquer le cancer de la prostate, du poumon ou d’autres organes, il est probable qu’une simple prise de sang suffira, grâce notamment à la connaissance des CTC, c’est-à-dire les Cellules Tumorales Circulantes. Une technique qui pourrait voir le jour d’ici à 5 ans. C’est une grande avancée contre le cancer et c’est ici que cela se passe !

Y a-t-il des substances alimentaires qui peuvent donner le cancer ?

On ne peut pas affirmer que certaines substances alimentaires donnent le cancer, mais on peut avancer que certaines habitudes alimentaires peuvent entraîner une augmentation du risque de cancer. Pour bien comprendre le mécanisme du cancer, il faut savoir que chacun de nous transforme en permanence des cellules normales en cellules tumorales que notre système immunitaire détruit au fur et à mesure. Mais certaines substances peuvent venir détruire cet équilibre immunitaire et entraîner la prolifération du cancer. Autrement dit, ce n’est pas la formation d’un cancer qui pose problème, mais l’incapacité de notre organisme à le détruire.

Donc personne n’est à l’abri d’un cancer ?

Comme je vous l’ai dit, il n’est pas de famille qui ne soit concernée par le cancer. Mais au-delà de la peur légitime, il faut constater les progrès, qui sont réels et considérables. Une véritable source d’espoir, et c’est l’une des missions de la Ligue qui oeuvre pour une prise en charge globale des malades.

Quelles sont exactement les missions de la Ligue ?

La Ligue est un acteur incontournable de la recherche contre le cancer, son rôle est d’investir dans des projets qui font progresser la prévention, le dépistage et les traitements, mais aussi l’ensemble des dispositifs de prise en charge de la maladie. Pour ce faire, la Ligue se déploie en grandes missions : d’abord l’information sur le dépistage et la prévention, avec une participation aux campagnes d’information sur le cancer du sein (Octobre rose), sur le cancer du côlon (Mars bleu), des interventions multiples pour la prévention auprès des scolaires, du grand public : Moi(s) sans tabac, des conférences sur la nutrition, les sevrages aux addictions, conseils sur l’activité physique, de la sensibilisation à une bonne alimentation et à un usage modéré du soleil…
Ensuite le développement des actions pour les malades, avec une réponse la plus adaptée possible aux besoins croissants d’accompagnement des patients et de leurs familles ; aides financières pour améliorer leur qualité de vie, supports multiples offerts par les Escales Bien-Être de Montpellier, Bédarieux, Béziers ou encore Gignac. Il y a aussi le soutien à la recherche avec un financement de près d’un million d’euros pour les projets de recherche et les allocations aux chercheurs sélectionnés de manière objective et indépendante par un Conseil scientifique composé d’experts extérieurs à la Région et scientifiquement reconnus. Toutes ces actions que nous pouvons proposer sont financées par les dons reçus..

« Il n’est pas de famille qui ne soit concernée par le cancer. »

D’où proviennent ces dons ?

Ces dons proviennent essentiellement de la générosité de nos donateurs, des legs, des subventions et des manifestations organisées tout au long de l’année. Des ressources qui nous permettent d’annoncer un budget global annuel d’environ 2,5 millions d’euros. Pour vous donner quelques chiffres, en 2017, nous avons pu mener à bien nos différentes missions grâce aux 960 000 euros de dons ou encore aux 850 000 euros issus des legs. Les événements organisés, plus de 150 en 2017, ont quant à eux permis à la Ligue Hérault de récolter près de 390 000 euros.

Ces dons sont-ils en augmentation ou en diminution ?

Les chiffres comparés à la précédente année montrent une augmentation du montant du don moyen, mais une diminution du nombre d’adhérents, donc des donateurs héraultais. Leur générosité nous permet d’observer une stabilité dans le montant des ressources de notre Comité. Un équilibre fragile, car les Français sont très sollicités. Il nous faut donc trouver constamment de nouveaux adhérents. Une mission à laquelle je m’attèle tous les jours et pour laquelle j’ai contacté François Delacroix.

Monsieur Delacroix, pourquoi vous êtes-vous engagé auprès du professeur Dubois ?

Lorsque le professeur Dubois m’a appelé, il y a un peu plus de 6 mois, j’ai accepté de le rencontrer sans grande conviction. Mais c’était sans compter sur son grand talent oratoire. Il a su se montrer extrêmement persuasif et il m’a clairement fait prendre conscience de l’importance du don pour faire avancer la recherche et faire ainsi diminuer le taux de mortalité. Les particuliers, qui sont les plus importants donateurs, sont malheureusement trop souvent sollicités. Bien qu’ils soient toujours plus nombreux à ouvrir leur portefeuille pour faire un don, ils ont aussi souvent besoin de choisir entre les diverses associations qui les sollicitent. Comme l’a expliqué le professeur Dubois, personne n’est à l’abri du cancer, et ce sont majoritairement les particuliers qui aident à faire avancer la recherche. La demande qui m’a été faite est d’inciter les entrepreneurs et les acteurs économiques de la région à contribuer eux aussi à cette lutte contre le cancer.

Vous allez donc chercher des fonds auprès des entreprises et des collectivités ?

Tout à fait ! Grâce à mon carnet d’adresses, je prospecte les entrepreneurs et les institutionnels pour les convaincre de donner à la Ligue. Le jour du rendez-vous, alors que le professeur Dubois explique les actions menées contre le cancer et les avancées réalisées, je me charge de les inciter à sortir leur carnet de chèques. En sachant également que l’opération ne leur coûte que 40 %, puisque les dons font l’objet d’une déduction de leur impôt sur le revenu.

Les entreprises ainsi que les institutionnels sont également très sollicités ?

Effectivement, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à s’engager dans le mécénat, mais le combat mené par la Ligue contre le cancer concerne tout le monde. Comme l’exprime le professeur, les cancers sont la première cause de mortalité en France, soit près de 30 % de tous les décès. Il est donc important d’inciter les entreprises à donner pour que la recherche avance et puisse faire diminuer ce chiffre.

Dernière question pour vous, professeur. Quel est à ce jour le cancer le plus préoccupant ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 33 % des décès chez les femmes sont dus au cancer du sein, 26 % au cancer de la prostate chez les hommes, le poumon qui touche aussi bien les deux sexes fait 7 % de victimes chez les femmes et 15 % chez les hommes. Un taux qui ne cesse d’augmenter. Ces chiffres nous font dire que tous les cancers sont préoccupants. Mais 30 % d’entre eux peuvent être évités, à savoir les cancers liés au tabac, à l’alcool ou encore au manque de sport. Il faut le dire et le redire ‘’fumer tue’’. Plus de 75 000 personnes par an meurent à cause du tabac. La moindre cigarette réduit la durée de vie, c’est un message difficile à faire passer puisque en dépit des nombreuses campagnes anti-tabac, les chiffres ne baissent pas.

>> Ligue contre le cancer : le Comité de l’Hérault

Créé en 1971, le Comité de l’Hérault appartient à la Fédération des 103 comités départementaux de la Ligue Nationale contre le cancer. Le département compte 343 communes, et il y a une délégation de la Ligue dans une commune sur trois. Premier financeur non gouvernemental de la recherche contre le cancer, le rôle de La Ligue est de lutter sur tous les fronts de la maladie : recherche, prévention et information, soutien aux malades et à leur entourage. Son rôle est également d’informer, de sensibiliser et de prévenir mais aussi et surtout d’améliorer la qualité de vie des personnes malades et de leurs proches.

Le Comité de l’Hérault en 2017 en chiffres
• Plus de 14 000 adhérents
• Près de 600 bénévoles
• Un budget de près de 2,5 M d’euros

>> La carrière du professeur Jean-Bernard Dubois en bref :
Professeur en cancérologie – radiothérapie à la Faculté de Médecine de l’Université Montpellier I.
Médecin oncologue radiothérapeute à l’Institut du Cancer de Montpellier.
Directeur général du centre Val d’Aurelle (aujourd’hui ICM) de 1997 à 2011
Auteur de plusieurs ouvrages spécialisés : 355 publications dont 146 de niveau international

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