Meurtre de Servian : Daniel Malgouyres maintenu en prison jusqu’au procès

Ce n’est pas une surprise et d’ailleurs, le quotidien régional -qui a semble t-il décidé de baisser la garde dans cette affaire en ne volant plus au secours des avocats de la défense- n’y consacre que quelques lignes ce mercredi : Daniel Malgouyres, le propriétaire du Jardin Saint-Adrien de Servian, entre Béziers et Pézenas a été maintenu en détention provisoire hier par les juges de la chambre de l’instruction près la cour d’appel de Montpellier.

Ces magistrats ont donc entièrement donné raison à leurs collègues de l’instruction et au juge de la liberté et de la détention -JLD- du tribunal de grande instance de Béziers, qui ont renvoyé le meurtrier présumé d’un cambrioleur derrière les barreaux, 24 heures après avoir été remis en liberté. Un véritable camouflet pour les avocats de Daniel Malgouyres, qui devrait donc être jugé dans le box des accusés, lors du procès devant la cour d’assises de l’Hérault, à Montpellier.

Coup de théâtre

Mardi 6 novembre, la chambre de l’instruction près la cour d’appel de Montpellier décidait de remettre en liberté provisoire Daniel Malgouyres, après un an de détention provisoire et alors que la procédure judiciaire instruite à Béziers semblait terminée, après l’organisation de la reconstitution au Jardin Saint-Adrien, en présence notamment de sa femme, qui aurait découvert à cette occasion des détails qu’on lui aurait dissimulés.

Coup de théâtre le lendemain : Daniel Malgouyres âgé de 70 ans était de nouveau été interpellé et incarcéré dans la soirée. 24h après avoir recouvré la liberté. On lui a reproché de n’avoir pas respecté le contrôle judiciaire imposé la veille par les juges de la cour d’appel de Montpellier qui lui interdisaient de séjourner dans l’Hérault, sitôt avoir franchi les portes de la maison d’arrêt du Gasquinoy à Béziers. Or, les services du procureur de la République et le juge d’instruction du tribunal de grande instance de Béziers ont appris que Daniel Malgouyres avait passé la nuit au domicile de sa fille, dans l’Hérault, avant de se présenter à la brigade de gendarmerie de Pézenas pour déposer une main courante contre sa femme, au motif qu’elle aurait refusé de lui remettre une pièce d’identité…

Le magistrat instructeur a aussitôt ordonné l’arrestation du septuagénaire. Présenté devant le juge de la liberté et de la détention -JLD- au palais de justice de Béziers, le meurtrier présumé a été placé en détention, après la révocation du contrôle judiciaire, qui l’obligeait à résider dans les Pyrénées-Orientales et d’aller pointer à la brigade de gendarmerie de Font-Romeu. Une procédure légale a jugé ce mardi la cour d’appel de Montpellier, en confirmant son mandat de dépôt pour violation présumée du contrôle judiciaire.

Le rappel des faits

C’est l’affaire criminelle la plus retentissante dans l’Hérault, depuis celle de l’assassinat de Bernadette Bissonnet, à Castelnau-le-Lez, même si on ne peut pas les comparer : le 5 octobre 2017 au soir, Daniel Malgouyres, propriétaire du réputée Jardin Saint-Adrien, dans la commune de Servian, entre Béziers et Pézenas tuait un des deux cambrioleurs armés, gantés et encagoulés ayant fait irruption dans l’habitation, où se trouvait également son épouse. Une thèse de légitime défense qui s’effondrait peu de temps après, avec les aveux inattendus et spectaculaires du complice présumé ayant réussi à s’enfuir du site. Il révélait alors aux gendarmes de la section de recherches de Montpellier que Daniel Malgouyres avait monté ce scénario, avec un guet-apens pour les deux hommes, pour un mobile financier, sur fond de mésentente conjugale…Il est soupçonné d’avoir voulu exécuter ceux qui risquaient de tout raconter…

Cinq demandes de remise en liberté rejetées

Depuis, Daniel Malgoyres est en prison pour homicide volontaire -meurtre, donc-, association de malfaiteurs et complicité de vol avec arme. Il nie toutes ces accusations. De multiples rebondissements ont émaillé cette affaire criminelle hors norme. Ses cinq demandes de remise en liberté ont été rejetées, depuis son incarcération. Jusqu’à ce mardi : les juges de la chambre de l’instruction près la cour d’appel de Montpellier ont donné une suite favorable à sa énième requête, contrairement aux réquisitions de l’avocat général, opposé à cette libération, après un an de détention provisoire.

Le propriétaire du Jardin Saint-Adrien, incarcéré à la maison d’arrêt du Gasquinoy à Béziers, a recouvré la liberté à 12h15. Il reste mis en examen pour un crime passible de la cour d’assises. Il est astreint à un contrôle judiciaire strict, lui interdisant de séjourner dans l’Hérault. Les juges de la cour d’appel ont estimé que la procédure judiciaire était quasiment terminée, que tous les actes avaient été accomplis pour la recherche de la vérité, après la longue reconstitution qui a eu lie récemment à Servian.

100’000€ déterrés

Depuis la mise en examen par le juge d’instruction du tribunal de grande instance de Béziers d’un proche de Daniel et de Françoise Malgouyres, les propriétaires du Jardin Saint-Adrien, les gendarmes de la section de recherches de Montpellier recherchaient un magot de 100’000 euros qui aurait attiré la convoitise des deux braqueurs venus le 5 octobre 2017 au soir et dont un a été abattu. Daniel Malgouyres l’a tué au fusil de chasse au premier étage. Son complice qui avait pris la fuite, identifié quelques jours plus tard, a été arrêté près de Perpignan, mis en examen et incarcéré.

Coup de théâtre quelques semaines après : Daniel Malgouyres était à son tour interpellé, déféré devant le juge et mis en examen, soupçonné d’avoir organisé ce faux vol à main armée au domicile du couple, ce qu’il ne cesse de nier farouchement. Il est mis en examen pour complicité de tentative de vol avec arme.

En prison

Les investigations ont ensuite débouché sur un autre développement inattendu, également, avec l’arrestation en novembre dans ce village du Gard, limitrophe avec l’Hérault d’un ami de Daniel et de François Malgouyres pour complicité d’homicide volontaire. Grâce à des constatations et l’épluchage de documents comptables et autres, les enquêteurs ont eu la conviction qu’un gros magot avait été dissimulé par le couple de Servian, dans l’hypothèse de soustraire ces fonds au fisc, mais, impossible d’y mettre la main dessus. Il n’est pas exclu, toutefois qu’il s’agisse des économies amassés par les propriétaires du Jardin Saint-Adrien.

Des fonds d’un montant de 100’000 euros qui ont finalement été déterrés en janvier dernier dans le jardin du Gardois, maintenu en détention provisoire depuis sa mise en examen. Ce magot lui aurait été remis par l’épouse de Daniel Malgouyres, qui en serait la propriétaire. À quelle époque ? Avant le meurtre début octobre ? Ou après, antérieurement ou postérieurement à l’arrestation et à l’incarcération de son mari ?

Un gendarme entendu

Les gendarmes montpelliérains ont déjà entendu Françoise Malgouyres et les enfants du couple, ainsi que d’autres membres de la famille et des banquiers, après ce dernier rebondissement, précédé d’un autre : un gendarme de la compagnie de Pézenas, en fonction à la brigade de recherches a été récemment interrogé par ses collègues enquêteurs de la section de recherches, sur requête du juge d’instruction pour éclaircir un point particulier survenu début octobre : dans la foulée du meurtre au Jardin Saint-Adrien, Daniel et Françoise Malgouyres avaient alerté ce gendarme qui fait partie de leur famille au sujet de la détention d’armes à feu dans la propriété de Servian.

Hors enquête, le gendarme s’est déplacé, en civil jusqu’au Jardin Saint-Adrien pour donner la conduite à tenir au couple Malgouyres, qui voulait savoir s’il devait remettre ces armes aux enquêteurs ou s’en séparer…Cet officier de police judiciaire du groupement de gendarmerie de l’Hérault s’est expliqué sur procès-verbal. Le juge d’instruction ne devrait rien lui reprocher.

Scénario prémédité

Daniel Malgouyres est soupçonné d’avoir préparé avec les deux agresseurs une fausse agression à main armée à domicile. Ce qu’il ne cesse de nier depuis qu’il est embastillé. Une hypothèse de travail a été évoquée au départ de l’enquête : les blessures relevées sur le couple n’auraient pas été provoquées par les deux agresseurs. Des médecins légistes du CHU Lapeyronie de Montpellier ont estimé, au vu des examens, que Daniel Malgouyres se serait auto-mutilé.

Dans ce scénario qui aurait été préparé à l’avance, prémédité donc -l’enquête a établi que Daniel Malgouyres et un des deux complices s’étaient rencontrés quelques jours plus tôt-, Françoise Malgouyres devait être frappée violemment, ce qui a été le cas. C’est le comparse qui a pris la fuite après l’attaque à domicile qui s’était chargé de cette besogne.

Daniel Malgouyres connaissait-ils les braqueurs ?

Selon nos informations, il est reproché à Daniel Malgouyres d’avoir dissimulé des éléments très importants pour le déroulement de l’enquête et de l’instruction, notamment qu’il connaissait les deux braqueurs présumés, « grâce à des liens disons amicaux », dixit le procureur. Le propriétaire du domaine Saint-Adrien entretenait des liens assez réguliers avec le cambrioleur qu’il a tué -il résidait à Cabestany dans les Pyrénées-Orientales- et son complice, arrêté mardi près de Perpignan et dont les révélations en garde à vue sont à l’origine de ce spectaculaire rebondissement.

Les déclarations de ce complice âgé d’une cinquantaine d’années -placé sous mandat de dépôt hier pour tentative de vol avec arme et violences volontaires- qui ont été vérifiées point par point depuis mardi, ont été jugées suffisantes pour entraîner l’interpellation et le placement en garde à vue du propriétaire du Jardin Saint-Adrien, avant sa mise en examen. Depuis son arrestation, Daniel Malgouyres dément connaître les deux cambrioleurs.

« M.Malgouyres a joué un rôle »

Selon Yvon Calvet, « M.Malgouyres nie tout après ces accusations du complice, mais il existe dans le dossier des éléments graves et concordants laissant présumé qu’il a joué un rôle dans cette agression à domicile, qu’il est complice de cette tentative de vol avec arme ».

Au vu des derniers éléments recueillis par les gendarmes de la section de recherches de Montpellier, Daniel Malgouyres aurait orchestré cette agression à domicile, à l’insu, semble t-il de son épouse. Entendue comme témoin après les révélations du complice, en état de choc après ce coup de théâtre, elle a été remise en liberté et, pour l’heure mise totalement hors de cause dans ce qui ressemble à un scénario noir, digne d’un polar.

Le juge d’instruction et les enquêteurs de la gendarmerie ont, toutefois relevé de nombreuses contradictions sur le déroulement des faits dans la soirée du 5 octobre et dans les circonstances du décès par balle d’un des deux braqueurs, dans les versions livrées par le couple.

Un mobile financier ?

Reste le mobile de cette fausse agression à main armée à domicile, qui pourrait être d’ordre financier, selon nos informations. Les gendarmes du groupe financier de la section de recherches de Montpellier sont en train de passer au crible et d’analyser l’état de la comptabilité de la société et le patrimoine du couple Malgouyres. Et ils ont découvert l’évaporation de 100’000 euros.

Il reste également des questions, dont celles-ci : pourquoi Daniel Malgouyres a t-il tué froidement une des deux connaissances ? Et pourquoi a t-il laissé repartir vivant le second qui risquait de tout balancer ?

Voilà un procès qui s’annonce retentissant devant la cour d’assises de l’Hérault, à Montpellier, fin 2019. Pour l’heure, Daniel Malgouyres ne sera pas jugé libre, après son retour en prison, ce soir. Un énième rebondissement dans ce feuilleton judiciaire digne d’un polar.

Daniel Malgouyres.

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