Interview / Philippe Saurel sur les nouvelles halles Laissac : « Ce sera le Marais de Montpellier »

Le 1er décembre seront inaugurées les halles Laissac. Pour la forme, oubliez ce que certains nommaient « une verrue », place à un édifice d’inspiration Baltard comme aux origines avec tous les avantages de la modernité. Quant au fond et à l’ambition du lieu, Philippe Saurel en fait un projet phare de son mandat dont l’objectif était de « réparer la ville ». Un renouvellement urbain encouragé par de nouveaux usages et services, dont le maire de Montpellier se fait le premier commercial.

L’occasion d’une longue rencontre (qui complète un précédent volet politique) où Philippe Saurel présente le soin accordé à la réalisation des nouvelles halles Laissac, détaille l’importance de ce projet dans un plan à plus grande échelle pour le centre-ville de Montpellier et voit bien au-delà en abordant son idée utopiste de ville nouvelle.

Vous allez bientôt inaugurer les halles Laissac. Si l’on remonte à l’origine du projet, vous considérez qu’il s’agit d’une victoire politique ?

C’est un projet qui a été très souvent évoqué par les Municipalités précédentes mais jamais réalisé. Il n’y a jamais eu d’autre permis de construire que celui que nous avons proposé. Il y en a qui ont parlé, qui ont fourni des images, qui ont critiqué l’ancienne architecture en disant que c’était une verrue devant la tour de la Babote… mais personne ne s’y est attaqué. On aurait pu aussi dire, on va tout détruire et laisser la place libre. C’était une option. On aurait supprimé une halle en centre-ville, un lieu de convivialité et un fonctionnement historique de ce qui va devenir un nouveau quartier de chalandise pour l’ensemble des Montpelliérains et des habitants de la Métropole. Nous avons pris le partie de détruire la verrue, car nous avons considéré qu’il s’agissait d’une verrue, même si en termes d’architecture on peut aussi considérer que les émanations architecturales des années 60 ont leur style. Mais il faut vivre avec son temps. Les halles étaient obsolètes, les conditions de sécurité n’étaient plus réunies, son aspect sanitaire était limite… Le bâtiment était dégradé, il fallait donc le reconstruire. Ça c’est la première victoire politique : on a fait ce que d’autre on dit vouloir faire mais qu’ils n’ont jamais fait.

La deuxième est due à la méthode de construction. Si j’avais à faire breveter la halle, et je me penche sur cette possibilité, je le ferai sur deux plans. D’abord le plan de la concertation. Tout a été concerté et voté par les citoyens à travers une vingtaine de réunions : des phases de destruction à l’organisation du chantier, jusqu’à la forme de la halle, ses mensurations, sa couleur, ses œuvres d’art, le nombre de ses étaliers… C’est un projet emblématique sur ce plan. Et l’autre, c’est que nous avons conservé l’emplacement des halles Baltard en voulant se rapprocher de l’idée de Baltard, c’est à dire une halle faite d’armature métallique et de verre. Nous avons ajouté à cela les données que permettent les matériaux contemporains. C’est à dire des verres extrêmement résistants aux variations de températures, des métaux qui permettent une longévité de l’édifice accrue. Nous avons résolu la capacité thermique de la halle par la structure béton qui assure à l’intérieur une température agréable. Nous l’avons vu cet été avec la canicule, la température était convenable sans aucune ventilation. Enfin, ce que génèrera, en termes d’énergie, les panneaux photovoltaïques sur le toit, ne sera utilisé par la halle que pour un tiers. Donc il y aura deux tiers de la production d’énergie qui ira ailleurs que pour le fonctionnement de la halle. Cela nous permet d’envisager de pouvoir éclairer la place ou les alentours, de faire des jeux de lumière…

La troisième, c’est la modification de l’espace public autour de la halle, également en concertation avec les commerçants, les associations et les riverains, qui va permettre d’ouvrir la vue sur ces façades magnifiques du XIXe siècle avec des fers forgés sur les balcons. On utilise l’espace public pour le dilater et le rendre plus accessible à des tables de bar ou de restaurant dans un endroit qui n’est pas anodin. Il se trouve en face d’une des tours de la commune clôture construite en 1204 par les consuls de la ville de Montpellier. Mais aussi parce que c’est le croisement de la ligne 4 de tramway, qui a été la réalisation, en termes de tramway, terminée en début de mandat. Il faut aussi parler de la dizaine de micocouliers que nous allons planter et ceux qui le sont déjà poussent à vitesse grand V. Les emplacements des autres seront décidés avec les commerçants tout comme les bancs. La réhabilitation de la place Laissac sera terminée au premier semestre 2019.

Perspective de la place Laissac ©Ville de Montpellier

On sait comment elle va s’articuler précisément ? Peut-on imaginer un terrain de pétanque par exemple ?

Non pas de terrain de pétanque, il n’y a pas la place. Mais il y aura un espace totalement ouvert et libéré pour le commerce. Les étaliers qui sont sur les bordures de la halle, ont la possibilité de travailler dedans et dehors. Cela va donc faire une halle ouverte qui s’étale un peu sur la place. Les bistrots d’à côté vont peu à peu venir l’occuper également. Comme Jean-Pierre Touchat (ndlr : le président du syndicat des halles et marchés) le dit et je partage son point de vue, ce sera le Marais de Montpellier. C’est un peu l’esprit des choses.

Avec la destruction de l’ancien bâtiment, il a fallu régler le problème de la disparition du parking.

Cette halle a été conçue dans un ensemble global. Car si on a supprimé le parking au-dessus des halles Laissac, il ne fallait pas supprimer un nombre important de places en centre-ville. Nous avons donc fait correspondre sa destruction à la construction de celui de Saint-Roch, qui est à 150 m, ainsi qu’avec la fermeture du pont de Sète. Là aussi, tout a été concerté. Cela gêne quelques riverains des rues adjacentes, notamment la rue d’Alger, mais il faut savoir que d’avoir supprimé le trafic sur le pont de Sète permet une vie normale aux transports collectifs de la gare. Et l’arrêt minute, dans le parking Saint-Roch, gère le problème des voyageurs. Cela ne s’est pas fait d’un coup mais cela évite la bagarre entre les taxiteurs et ceux qui voulaient se garer à leurs places. Les bus liO ont désormais également la possibilité de venir se garer devant la gare grâce à une convention passée avec la Région.

Est-ce que dans la politique des transports, la voiture est vue comme un problème ?

Non, il est nécessaire d’avoir un espace de mobilité partagé entre tous. Ce que je regarde, c’est la pollution et la qualité de l’air, dans la mesure où ce sont des voitures à essence. S’il n’y avait que des voitures électriques, ce serait un autre problème. De toute façon, il y aura toujours des voitures.

Si on parle alors en volume, en éludant l’aspect écologique.

Nous avons un centre piétonnier qui fait 106 hectares. L’un des plus grands en Europe aujourd’hui. Quand nous avons fait la ligne 4 de tramway, nous l’avons agrandi en stérilisant les boulevards du Jeu de paume et Henri IV, la place Albert 1er et la rue Auguste Broussonnet. Nous allons encore l’agrandir puisque nous avons refait la rue du faubourg du Courreau comme le plan Cabanes. La rue Daru, qui ira jusqu’à la place Salengro, fera partie des rues que nous négocions pour la rendre piétonnière. On aura donc un espace piétonnier libéré des voitures qui sera encore plus grand.

Cela ne veut pas dire qu’il faille faire une croix sur la voiture. Cela veut dire qu’il faut maitriser son utilisation avec des parkings d’échange, y compris en centre-ville. Nous avions envisagé un parking sous le Peyrou, il a été refusé par la Commission Nationale des Bâtiments Historiques et du Patrimoine. En revanche, nous avons fait la ligne 4, c’est à dire 30 000 voyageurs par jour, auquel on a ajouté le parking Saint-Roch. Il y aura toujours des voitures, il faut donc qu’elles soient de plus en plus propres, c’est pour cela que nous faisons la Zone à Faible Émission pour petit à petit améliorer les choses. Nous allons également améliorer le covoiturage à la Métropole avec une plateforme de renseignements. L’idée n’est pas d’organiser le covoiturage ou de s’immiscer dans les affaires des covoitureurs comme Blablacar car il y aurait une question de responsabilité pour les maires.

« C’est l’esprit de Montpellier. Je souhaite que les gens entrent, sortent, utilisent la place et la halle de façon naturelle »

Pour revenir aux halles Laissac, un des enjeux au début du chantier était la tenue du calendrier.

Qui a été totalement respecté. Les halles ouvriront à l’heure dite, c’est à dire avant les fêtes de fin d’année. Les travaux de la place se feront après, en 2019. Il faut également parler du prix qui est tout fait raisonnable de 8,6 M€. On a rajouté six étals supplémentaires pour les pousser à 24. Franchement, si le 1er décembre nous inaugurons les halles en l’état, nous aurons fait ce que l’on a dit à la virgule près.

Un mot pour les riverains et les commerçants qui ont subi le chantier.

On les a informé en permanence et on a aidé les commerçants. Il faut savoir qu’on leur a fait la ligne 4 de tramway. C’est à dire que partout où elle passe, les prix des locaux augmentent de 20 %. Il est vrai que les commerçants de la place ont souffert pendant le chantier et je les remercie de leur patience. Désormais, avec l’ouverture de la halle et l’espace public, ils vont pouvoir largement développer leurs activités. Il faut souffrir pour être belle, on ne peut pas faire autrement. Comme sur la grand-rue Jean Moulin qui est un projet exemplaire et indispensable.

Perspective de l’intérieur des halles Laissac © Ville de Montpellier.

Vous avez voulu installer de nouvelles habitudes et de nouveaux usages avec des commerces différents et de nouveaux services. C’est une nécessité pour des halles au XXIe siècle ?

Les nouveaux services pourraient d’ailleurs intégrer le brevet que l’on peut espérer obtenir un jour sur cette halle. C’est du e-commerce. On peut commander par internet les produits de la halle et venir les chercher ou se les faire livrer. Pour les commerçants, nous avons axé sur la diversité. On a gardé les étaliers que nous avions, nous les avons aidé à les transférer à Gambetta, on les ramène dans la halle aujourd’hui et on y ajoute d’autres étaliers très différents. Comme un Corse, un Mexicain… on a un panel très hétéroclite de cuisines du monde. Cette halle, c’est Montpellier.

Vous faites le pari de halles qui servent à la fois pour les courses de proximité et comme lieu pour y manger le midi.

C’est ce que nous voulions dès le départ avec Jean-Pierre Touchat. Nous avions calculé, et c’est très important, que le môle central devait être un lieu de rencontre. Il y a des halles spécifiques comme celle de Nîmes et surtout de Narbonne avec leurs habitudes. Ici ce sera autre chose avec des cuisines du monde, un môle central où les gens se rencontrent. C’est l’esprit de Montpellier. Je souhaite que les gens entrent, sortent, utilisent la place et la halle de façon naturelle. Il faut aussi parler des horaires : 8h-20h du lundi au samedi et le dimanche jusqu’à 13h. Le règlement de la halle impose aux commerçants d’ouvrir toute la journée, cela les oblige à avoir du personnel supplémentaire. Jamais elle n’a été ouverte comme cela. En fait, c’est comme un store alimentaire. On a mis au plafond une œuvre qui a été concertée et fait l’objet d’un concours à l’ESBAMA. Mona Kim, une étudiante coréenne, a dessiné ce décor en tranche de melon qui est tout a fait réussi. Cela a d’ailleurs concouru, avec le festival Corée du Sud et l’artiste qui va maîtriser un tronc d’arbre mort dans le parc Charpak, a décidé le gouvernement coréen à m’attribuer la médaille de l’ordre du mérite culturel de Corée du Sud que je recevrais le 14 novembre des mains de l’ambassadeur.

Le décor en peau de melon de Mona Kim habille aujourd’hui tout le plafond des halles Laissac © CN (archives)

Si l’on pousse un peu plus loin dans le quartier, le MoCo ouvrira ses portes l’année prochaine. Où en êtes-vous ?

Nous aurons terminé le gros œuvre et les réhabilitations lourdes sur l’édifice à l’heure dite. Il sera ouvert au public en juillet 2019. Sur l’extension donnant sur la rue Joffre, nous avons intégré dans le projet la surélévation de cet édifice de façon très moderne et très lumineuse qui a été acceptée par les Bâtiments de France. Cela va nous permettre d’avoir un bâtiment élargi en termes de salles d’exposition. Dans le parc, il y aura un café-restaurant que l’on a confié à des jeunes qui nous ont proposé un projet sympa. Il faut que ce soit un lieu de convivialité avec de la consommation simple et propre comme on peut voir à la Biennale de Venise et partout dans les musées.

Il y a une continuité dans l’action menée sur le secteur. Quels sont l’impulsion et le message lancés aux commerçants ?

Quand on prend le boulevard du Jeu de Paume aujourd’hui, il faut être malhonnête pour dire qu’il ne reprend pas vie. Il le fait progressivement. La Mission Grand Cœur et la SERM veillent à ce que les locaux ne restent pas fermés et installent de façon temporaire des boutiques éphémères pour qu’il y ait toujours du commerce. Pour ce qui est de la rue du faubourg du Courreau, on va pouvoir mettre en lumière le travail de fond qui a été fait depuis des années, et qui ne se voyait pas, avec l’achat de tous les pieds d’immeuble, des fonds de commerce… comme on l’a fait à Figuerolles. Il faut être offensif sur le renouvellement urbain dans les quartiers populaires. On ne peut pas y arriver autrement. Il y a l’ANRU sur les grands dossiers que sont la Mosson et les Cévennes. Sur le secteur sauvegardé, cela passe par des missions que nous exerçons en direct et qui nous demandent de redonner une respiration à cet immobilier qui a tendance à être impacté par des transactions souterraines et par la misère. Cela veut donc dire créer du logement, dont du logement social, remanier et créer du renouvellement urbain sur du centre ancien.

« Je lance le grand projet des places de Montpellier qui devront être reconçues »

Ce projet sur les halles Laissac s’inscrit dans un plan à plus grande échelle pour le centre-ville, quel est-il ?

Pourquoi on a fait ce pôle ? Si vous regardez dans l’histoire de la ville. Avec la ligne 3 de tramway, on a refait le faubourg de la Saunerie ; et avec la ligne 4, le boulevard du jeu de paume jusqu’à la place de l’Observatoire et les halles Laissac. Nous sommes en train d’équilibrer le développement Est de la ville, le centre secteur sauvegardé et le secteur Antigone. Ce dernier correspond au Nord-Ouest de l’Écusson qui faisait l’objet d’un engagement écrit passé par la Ville avec la Chambre de commerce il y a une quinzaine d’années. Une demande de la CCI qui était légitime. Donc on refait tout ça : le Courreau, la rue Daru, Salengro, Figuerolles, Plan Cabanes, l’îlot Guillaume Pellicier pour les artisans d’art. On va refaire les allées latérales du Peyrou et le parvis devant le bassin avant la fin du mandat.

Et je lance le grand projet des places de Montpellier qui devront être reconçues. La place de la Préfecture a plus que besoin d’un lifting avec la rue Foch. La place Carnot, qui faisait partie du plan d’action quartier et que j’en ai sorti car elle magnifique architecturalement, et ensuite la Comédie, le Triangle et l’Esplanade. Et là on aura véritablement proposé le cœur battant historique de Montpellier qui sera remanié. Mais il faut le faire de façon responsable en étudiant les matériaux, l’aspect historique mais également les problématiques de sécurité. Ce sont de grands espaces qui sont difficiles à surveiller, il faut les concevoir pour facilité les interventions. Les blocs de béton que l’on a mis récemment sur la Comédie, c’est bien joli mais cela fait un peu éléphant dans un magasin de porcelaine. Il faut donc les concevoir déjà dans la construction de la place. C’est un projet de 300 millions d’euros tout de même. La dalle du Triangle avec la liaison avec le Polygone est à revoir. Un peu plus loin, le jardin des héros sera reculé et il sera intégré dans une nouvelle conception de la place. D’autant qu’il vient d’être classé, par le préfet Pascal Mailhos avant son départ, au patrimoine historique. Cette grande place, en plus des équipes d’urbanistes et d’architectes, se verra adjoindre un artiste et un designer.

C’est presque un programme pour les Municipales…

C’est presque un programme effectivement. Et si je peux, mais on verra, je proposerai l’érection d’une colonne de la Liberté sur l’esplanade, là où elle devait se faire mais où les hommes du XIXe siècle n’ont pas pu la faire. Il y a eu plusieurs tentatives de création de bâtiments qui portaient les idées des Lumières. Il y en a eu deux : les colonnes de la liberté et les temples de la raison. Je ne refuse pas l’idée du temple de la raison comme je l’avais évoqué pour le domaine Bonnier de la Mosson.

Parmi tous les projets qui arrivent à concrétisation en 2019, dont de nombreux emblématiques de votre mandat, quels sont ceux qui vous tiennent particulièrement à cœur ?

Je ne veux pas utiliser la langue de bois mais j’accorde autant d’importance à chacun des projets et ce pour des raisons qui leurs sont propres. Le MoCo, c’est un acte politique car j’ai arrêté le musée de la France en Algérie et j’ai positionné l’art contemporain. Je l’ai lié à la Panacée et à l’école des Beaux-arts pour proposer un triptyque, qui est le seul existant de la sorte en France, confié à Nicolas Bourriaud et Vanessa Bruno. Et je n’en ai pas pris la présidence. J’ai pensé que ce serait préférable que ce soit les artistes qui dirigent même si j’ai un droit de regard car c’est de l’argent public.

Sur le Conservatoire, c’est aussi un acte politique. La friche de la maternité a été brûlée, squattée, détruite… depuis quinze ans. Quand j’ai pris la présidence du CHU, j’avais en filigrane, l’idée de transférer le patrimoine à la Métropole pour accélérer le Conservatoire. Acte politique également dans la concertation car lorsque les associations du quartier ont expliqué que les bâtiments que nous voulions faire, pour que la dette soit moins lourde sur l’achat du terrain, étaient trop hauts, j’ai consenti, avant l’enquête publique qui a été 100 % positive pour le conservatoire, à descendre les niveaux à la hauteur demandée.

Tous les projets ont avancé comme je voulais et même ceux qui n’étaient pas mentionnés dans les 15 propositions pour la ville comme le MoCo ou la ligne 4. Si on gagne les élections, à condition d’être candidat, parce que l’on a répondu aux quinze engagements, cela se saurait. La politique ce n’est pas si simple.

« Si on gagne les élections, à condition d’être candidat, parce que l’on a répondu aux quinze engagements, cela se saurait. La politique ce n’est pas si simple » © Mario Sinistaj

L’Arbre Blanc sera bientôt inauguré. Vous n’avez aucun regret d’avoir arrêté le programme des Folies ?

L’Arbre Blanc était déjà engagé donc j’ai signé le permis. En plus, très honnêtement, c’est une performance architecturale qui a sa place à Montpellier. Mais je ne l’aurai pas mis à cet endroit. François Fontès dit que l’Arbre Blanc c’est de la pornographie architecturale. Il a été planté comme ça dans la ville sans se soucier des aménagements. Peut-être y avait-il une meilleure place ?

Folie Divine est aussi un très joli bâtiment auquel il manque peut-être un étage. Après, sur les Folies, celles qui s’autogèrent comme ces deux là, pas de problème. Mais des Folies, il y en a partout. Quand on met une sur-toiture avec Christian de Portzamparc aux Jardins de la Lironde, c’est une Folie.

Le quartier Port Marianne serait pour vous le symbole de ce nouveau visage architectural de Montpellier ?

Je fais de l’urbanisme et de l’architecture. Je ne fabrique pas des objets architecturaux bling-bling pour faire joli dans le paysage. C’est deux façons de voir l’architecture. Je fabrique des quartiers en essayant de concevoir un maximum de rendement en termes économique, de qualité de vie, de services apportés aux citoyens et j’essaye de leur donner aussi une valeur architecturale. Ce qui est beau dans Port-Marianne, et qui plaît beaucoup à tous les maires que je reçois quelque soit le pays, c’est que l’on est arrivé à trouver un plan de composition du quartier qui assure une harmonie de gabarit des immeubles et chaque immeuble a sa particularité architecturale. C’est une loi de composition de l’art roman qui fonctionne ainsi : soumission au cadre et non répétitivité des motifs. Avec l’architecture contemporaine, on répond à l’objectif de l’art roman qui est l’essence même de notre civilisation méditerranéenne.

D’autres projets importants vont débuter comme la ligne 5 ou le nouveau stade. Quels sont pour vous les chantiers prioritaires ?

Les deux que vous avez cités sont importants. Si je dois en choisir un, je dirai la ligne 5 car c’est un équipement public qui sert à tout le monde contrairement à un stade destiné aux amoureux du sport. Si la ligne 5 est utile, je ne pouvais pas la réaliser dans les conditions de la première DUP, c’est à dire de Clapiers à Lavérune en passant par le parc Montcalm et en stérilisant 5 hectares de parc public. Il fallait que la ligne 5 vienne sur la route de Lavérune pour desservir les quartiers populaires. Cela revient à ce que ce Georges Frêche a fait quand il a fait passer la ligne 1 au cœur de la Paillade. Si vous isolez les gens parce que vous ne leur conférez pas de la mobilité, vous créez des ghettos. En faisant passer le tramway, on donne de l’oxygène aux populations qui habitent ces quartiers.

Il fallait aussi, après l’avenue de Vanières, desservir le stade de rugby et le quartier Ovalie. Sophie, une habitante, nous a proposé une variante que l’on a acceptée car elle était intelligente. Toutes ces modifications ont été effectuées avec les citoyens. Il n’y a pas une ville qui fait ça en France.

Tout cela a été fait avec les services de l’État et le préfet nous a accordé une prolongation de la DUP. J’ai récupéré les 36 M€ qui avait été accordés pour la ligne 5 par le gouvernement précédent. Madame Borne (ndlr : ministre en charge des Transports) me les a restitués pour commencer les travaux. On va en profiter pour faire muter le quartier entre l’avenue de la justice de Castelnau et la rue du major Flandre. On refait la place en l’arborant et en faisant des bassins de rétention et on commence les travaux du tramway vers Agropolis. Sur la route de Mende, j’ai demandé à ce qu’il n’y ait pas une dalle de béton coulée sous les rails mais des traverses en béton espacées comme une ligne de chemin de fer pour permettre la transparence hydraulique des eaux pluviales car dessous il y a le ruisseau du Chambery.

« Il faudra donc se pencher sur l’idée de créer une nouvelle ville »

Tout cela ne pourra se faire qu’avec un deuxième mandat ?

Il y a aura de toute façon d’autres mandats après le mien (rires). On a réparé la ville et le centre-ville. On a fabriqué de gros équipements culturels : le conservatoire, les archives – j’ai un regret car c’est squatté mais on va y arriver même si on aura perdu deux ou trois ans –, le MoCo. Quand on regarde l’histoire de Montpellier, les projets n’ont pas été faits en trois semaines. Des fois, il a fallu attendre vingt ans, voir trente pour le doublement de l’A9. Et il faudra encore attendre vingt ou trente ans pour la nouvelle LNMP. On va faire un premier tronçon puis un deuxième, etc. Sur ce genre de projet, il faut déléguer un préfet de combat, comme pour la construction de La Grande-Motte avec la mission Racine, et ça va très vite. On a récupéré quatre friches – Archives, maternité, Montcalm et ancienne gendarmerie – pour leur redonner une deuxième vie publique. On soustrait à la ville durable.

Dans la tribune que je suis en train de concevoir sur la modification constitutionnelle, j’intègre une modification du rôle des collectivités. Le dernier paragraphe est consacré à la construction de villes nouvelles. Dans le Sud, on a une puissance de croissance démographique qui est hors du commun et particulièrement à Montpellier. Nous ne pourrons pas entasser les gens tout le temps dans les villes. Ce n’est pas extensible ou alors on va créer du sous-habitat. Il faudra donc se pencher sur l’idée de créer une nouvelle ville. Il y a trois endroits où c’est possible : à l’Est, à l’Ouest et au Nord. Cela s’est toujours fait avec les bastides au Moyen-Âge, les villes neuves à l’époque moderne et les villes nouvelles de la couronne parisienne. Donc il n’y a aucune raison pour que l’on ne crée pas une nouvelle ville. L’histoire prouve que cela fonctionne. Ce serait là l’occasion de travailler une ville à économie d’énergie, une smart city avec tous les services aux citoyens, de l’habitat mixte, une ville productive qui arrive à se nourrir. Cela fait partie des théories des utopistes, des Fouriéristes, des premières idées des phalanstères ou des familistères. C’est l’occasion car on a la technique. Cela peut-être aussi considéré comme un outil de fraternité universelle.

Ce serait autre chose que les métropoles ? L’idée serait de construite une nouvelle ville en partant de zéro sur un nouveau territoire ?

Exactement ! C’est un projet philosophique et un vrai projet politique. Et donner à cette ville, tout ce que l’on fait de mieux en sociologie, en connaissance des habitudes, en technique, en numérique, en santé, en transport, en production des denrées alimentaires…

N’est-ce pas ce qui est déjà fait en filigrane à Montpellier avec différents acteurs comme la Cité Intelligente ?

On le fait sur de la ville déjà construite. Les métropoles ont la capacité de produire l’intelligence et la connaissance avec les universités et les centres de recherche. Elles ont aussi la puissance économique. Enfin, elles produisent l’émotion culturelle. Elles ont donc les trois atouts nécessaires pour créer la vie ou une nouvelle vie. Ce serait idiot que l’on se passe de cette connaissance et qu’on ne la mette pas au service d’un projet commun. Je vois dans ce projet plusieurs choses. D’abord lier les nouvelles technologies, les connaissances, la recherche… Je vois aussi rassembler les territoires en dehors des clivages géographiques et administratifs. C’est un peu utopique.

4 Comments

  1. Bien peut etre pour LAYSSAC mais en ce qui concerne les 4 SAISONS à LA PAILLADE c est le bordel impossible de circuler sur le parking qui plus est et occupé pour un tiers par des personnes qui ne vont meme pas au marché (parking pour tranway) le sol neuf est pourri de crasse .Depuis la fin des travaux c est la cata les milliers de clients qui devaient venir se sont transformés en quelques dizaines uniquement.Mais que fait la Mairie ?

    1. Saurel soigne son électorat de bobo et du centre ville, il s en fou complet du quartier de la Paillade, c est ce qu il n a pas compris……

  2. Bravo a Philippe saurel excellent maire depuis longtemps qui aime les gens et tient ces promesses j espère qu’ il va se reptesenter

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