Interview. Marie-Laure Le Van Vo : « La méthode 60’000 Rebonds »

60’000, c’est le lourd bilan des liquidations judiciaires enregistrées chaque année en France depuis des décennies. Une réalité économique qui affecte aussi bien l’économie du pays, que ces dizaines de milliers d’hommes et femmes chefs d’entreprise qui se retrouvent, du jour au lendemain, frappés du sceau de l’échec. Des entrepreneurs que l’association 60’000 Rebonds, initiée par Philippe Rambaud -un ancien haut dirigeant du groupe Danone- suite à un échec entrepreneurial, a décidé d’accompagner pour leur redonner une meilleur estime d’eux-mêmes et leur permettre d’aborder cet échec comme une opportunité pour mieux rebondir. Rencontre avec Marie-Laure Le Van Vo, membre actif de l’association depuis sa création à Montpellier et vice-présidente de 60’000 Rebonds Occitanie.

Comment est née l’association 60’000 Rebonds ? 

Elle a été créée à Bordeaux en 2012 par Philippe Rambaud après avoir lui-même déposé le bilan en 2008. Ancien haut dirigeant du groupe Danone, il avait décidé de voler de ses propres ailes en créant sa propre structure de consulting. Huit ans plus tard, sa start-up fermait. Une liquidation qui l’a amené à vivre un traumatisme professionnel et financier du dépôt de bilan, mais aussi personnel. Un dernier point difficile à surmonter seul et qu’il a pu dépasser grâce à l’accompagnement d’un coach. Il a compris l’importance de l’accompagnement et des difficultés à le mettre en place quand on manque de moyens. C’est à partir de ce constat qu’il a décidé de créer 60’000 Rebonds et de la nourrir de son expertise ainsi que de son carnet d’adresses. 

Pourquoi 60’000 Rebonds ? 

60’000, car il y a, en France et depuis plus de dix ans maintenant, environ 60’000 entreprises qui déposent le bilan chaque année. Le mot Rebonds vient quant à lui du souhait de venir en aide aux chefs d’entreprise en échec entrepreneurial et de les faire rebondir vers un nouveau projet. Projet forcément entrepreneurial ? 

Non, pas du tout : un projet entrepreneurial ou salarial. L’objectif est de rebondir sur un nouveau projet en prenant en compte les erreurs passées. 

Cette structure a été montée à à Montpellier ? 

Philippe Rambaud a voulu que 60’000 Rebonds ait des antennes sur toute la France. Il en a notamment parlé à Florian Mantione, qui a accepté d’installer une annexe à Montpellier assez rapidement, en 2013. Il en a été le président les premières années. Cette association est aujourd’hui présente dans plusieurs grandes villes françaises. Depuis 2016, date de la naissance des grandes régions, le président de 60’000 Rebonds Occitanie est à Toulouse, c’est Philippe Dagorno. 

60’000 Rebonds permet donc de tourner la dure page de la faillite ? 

Le rôle des experts, tous bénévoles, que constituent l’association, est de redonner le goût d’entreprendre et l’estime de soi à ces hommes et ces femmes souvent très isolés et accablés de problèmes financiers. Contrairement aux pays anglo- saxons où la faillite est considérée comme une péripétie économique dans la vie des chefs d’entreprise et culturellement vécue comme une opportunité d’apprendre de ses erreurs pour mieux rebondir, faire faillite en France est vécu comme un échec et surtout comme un lourd traumatisme. L’objectif n’est pas d’occulter cette mauvaise expérience mais d’en tirer partie pour les projets à venir. Repérer ses lacunes pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Il s’agit donc de tourner la page mais en la prenant en compte dans les récits qui la suivent. 

Comment sélectionnez-vous les entrepreneurs rebonds ?  

La personne passe devant un comité de parrainage auprès duquel elle expose ses difficultés. Nous ne sélectionnons que les entrepreneurs post-faillite qui montrent l’envie de rebondir et qui acceptent l’accompagnement proposé. Un accompagnement totalement bénévole et gratuit pour que les plus démunis puissent en bénéficier. 

Comment se déroule cet accompagnement ?

C’est un accompagnement personnalisé qui se déroule en trois étapes et sur environ 24 mois. Il débute par un coaching sur mesure, réalisé par un coach certifié et bénévole, pendant 6 à 8 mois. Cet accompagnement permet surtout de mettre des mots sur ce qui a été vécu, sur les émotions. Il permet ainsi de prendre du recul sur ce qui est arrivé. Les entrepreneurs en échec ont tendance à se sentir responsables de ce qui est arrivé. Beaucoup réagissent en gardant pour eux cet échec. Notre rôle en les accompagnant est de leur faire prendre conscience que l’échec peut être formateur si on lui donne du sens. Analyser ses erreurs permet de voir les choses différemment mais surtout d’être dans la bienveillance avec soi-même. Il faut du courage pour se relancer dans l’aventure entrepreneuriale. Pour y arriver, il est important de surmonter les difficultés passées. L’objectif est de capitaliser sur les expertises et les rendre bénéfiques pour la suite. 

Et après ce coaching ? 

La deuxième étape consiste à un parrainage. Un entrepreneur (pas forcement en activité) bénévole accompagne la personne pour l’aider à définir un nouveau projet professionnel, un projet plus compatible avec ses aspirations. Ces parrains, formés à l’écoute active, sont là pour donner des conseils, orienter, permettre de se poser les bonnes questions. 

C’est un accompagnement psychologique…
Cela n’a rien à voir avec un accompagnement psychologique. Ce n’est pas le rôle du parrain. Cet accompagnement doit aboutir soit à un nouveau projet entrepreneurial, soit à la recherche d’un emploi en tant que salarié. Le parrain peut accompagner l’entrepreneur en rebond en le conseillant, lui ouvrir son carnet d’adresses ou encore le guider dans ses interrogations. 

Et quelle est la troisième et dernière étape de ce processus d’accompagnement ?
La dernière étape consiste en la mise en place d’un Groupe d’Echange et de Développement (GED). Cette étape permet de soumettre ses interrogations et ses projets à un groupe de bénévoles qui dans un atelier, sous forme de co- développement, pourra répondre à l’entrepreneur en rebond, et ce, dans l’écoute et la bienveillance. 

Vous parlez beaucoup de bienveillance. C’est important pour un bon rebond ?
C’est la base ! Pour faire partie de 60’000 Rebonds, il faut du professionnalisme et de l’expertise, mais il faut surtout faire preuve de bienveillance, et donc être à l’écoute. 

Vous disiez que faire faillite est perçu comme un échec, en France mais pas dans les pays anglo-saxons ? 

Le regard sur la situation d’échec commence à changer mais il y a encore beaucoup de travail à faire. il est vrai que nous devrions prendre exemple sur le modèle anglo-saxon qui a plutôt tendance à valoriser les échecs et à les considérer comme des opportunités. Ils nous apprennent que le fait de s’exprimer sur ses échecs, dédramatise. Les lacunes, une fois repérées et analysées, deviennent des forces. L’échec peut ainsi être perçu comme nécessaire, mais aussi salutaire pour les projets futurs. C’est d’ailleurs dans cette optique que nous vous invitons à venir assister à notre premier Forum du Rebond, que nous organisons le jeudi 29 novembre à Montpellier Business School. 

Un premier Forum du Rebond… 

Ce n’est pas la première fois que nous organisons des rencontres autour de cette thématique mais c’est la première fois sous ce format. Co-organisé avec Leader Occitanie, et avec la participation de MBS avec qui nous sommes partenaires, ce forum que nous avons intitulé ‘‘L’échec entrepreneurial : Jamais une fatalité, toujours une opportunité !’’ a pour objectif de faire comprendre au plus grand nombre qu’un échec entrepreneurial est avant-tout une expérience constructive et non une fin. Les hommes et les femmes sont, même après un échec, porteurs d’expertise. Ils sont la vitalité de notre économie. À travers ce forum, nous voulons mobiliser les troupes et démontrer que chacun peut-être acteur du rebond de façon très concrète. Il suffit pour cela de partager les bonnes pratiques et d’entrer en contact. Nous invitons toutes les entreprises, associations et institutions à s’engager dans notre démarche sociétale et à nous accompagner dans ce rebond solidaire. 

Quel sera le point fort de cet événement ?
Il y en aura plusieurs mais nous pouvons surtout aborder la participation du conférencier, conseiller d’entreprise, criminologue et auteur Fred Colantonio. Conférencier talentueux, coach d’entreprises et auteur de renom, il a publié 7 livres, dont 4 best-sellers. Pour l’occasion, nous avons acheté quelques exemplaires de son dernier ouvrage qu’il dédicacera pendant le cocktail dinatoire, moment convivial qui permettra également aux invités d’échanger avec nos entrepreneurs et bénévoles. 

Pourquoi avoir décidé d’organiser cette manifestation à Montpellier Business School ?
Tout d’abord parce que nous sommes partenaires et que leur amphithéâtre va nous permettre d’accueillir jusqu’à 400 personnes, mais surtout pour impliquer les générations à venir. Les étudiants de Montpellier Business School sont les entrepreneurs de demain, il est important de leur faire comprendre et prendre conscience que l’échec entrepreneurial n’est pas une fatalité. L’objectif étant de faire évoluer le regard sur l’échec entrepreneurial. Lorsque ce regard change, l’échec entrepreneurial devient une expérience, une richesse dans un parcours professionnel qu’il est valorisant d’évoquer. 

>> SAVE THE DATE ! 

Forum du Rebond Occitanie, le jeudi 29 novembre à 18h à Montpellier Business School 

Au programme

Introduction : Fred Colantonio

3 temps forts, 3 tables rondes :
– Comment s’articule le dispositif d’accompagnement de 60 000 Rebonds avec des témoignages forts
– En quoi l’échec est un parcours initiatique grâce à des retours d’expérience d’entrepreneurs aguerris ?
– À quel niveau nous pouvons tous être acteurs du rebond et concrètement comment chacun y participe ? 

>> Réservation obligatoire, sur invitation uniquement sur 60000rebonds.com 

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