Montpellier : invectives, coups de gueule et annonces du conseil municipal

Entre la gestion des affaires courantes, le conseil municipal de jeudi soir a été l’occasion de belles passes d’armes, dont des mises au point de l’opposition et quelques sorties de route de la majorité.

Si la politique est un jeu pouvant se pratiquer avec virulence, certains expriment leur ras le bol face à des élus peu enclin aux propositions et aux critiques de toute personne qui n’apparaîtrait pas de leur bord. Au risque même de desservir un travail globalement salué. Preuve en est, les affaires sont pour la plupart votées à l’unanimité. Certains appellent donc la majorité à se remettre en question et à pratiquer leur politique autrement.

Les annonces de pré-conseil

Soutien aux victimes des intempéries de l’Aude

Après une minute de silence pour les victimes des intempéries dans l’Aude, la Ville a proposé son aide à différentes communes sous la forme de matériel scolaire qui sera envoyé dès l’inventaire des besoins établi. Philippe Saurel a adressé une pensée particulière à son homologue de Trèbes Éric Ménassi qui, après l’attaque terroriste en début d’année, doit faire face à cette nouvelle tragédie.

Gérard Lannelongue rejoint la majorité

Philippe Saurel a confirmé l’arrivée de Gérard Lannelongue au sein du groupe majoritaire avec la charge d’une délégation à l’industrie sous la tutelle de Chantal Marion. Un ralliement qui provoque la colère de Christian Dumont (LR) : « Vous avez une singulière conception de l’opposition. L’opposition cela se respecte ». Réponse de Philippe Saurel : « Si je n’avais pas respecté l’opposition, j’aurai gardé les groupes à cinq membres. Et là vous n’auriez plus eu de groupe. Je les ai donc descendu à trois ».

Territoria d’or pour les colocations dans les EHPAD

La Ville de Montpellier fait partie des 39 communes distinguées, sur 200 candidatures reçues, par le jury du prix Territoria 2018 présidé par Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires. La municipalité reçoit un Territoria d’or dans la catégorie civisme et citoyenneté pour les colocations étudiantes mises en place par le CCAS dans les EHPAD. Annie Yague ira mercredi 27 novembre à Paris recevoir le prix.

Philippe Saurel sur l’affaire Caisse d’Éparge-Salerno

Apprenant l’abandon de l’affaire opposant la Caisse d’Épargne à Marcel Salerno sur la gestion des halles Castellane après le désistement de l’établissement bancaire par un tweet de Midi Libre, Philippe Saurel a exprimé une colère froide. Les sous-entendus adressés à l’encontre du journaliste Karim Maoudj, qu’il nomme directement en séance publique en son absence, sont plus surprenants. Le maire n’ayant pas apprécié la rédaction par ce dernier de l’article sur le « sondage bidon commandité par monsieur Altrad » fait curieusement le lien avec ce dossier. Visiblement désireux de s’exprimer sur la question, il prendra prochainement la parole pour donner ses vérités sur les différents protagonistes de l’affaire.

Changement de place

Les conseillers municipaux vont devoir changer de place lors du prochain conseil. Philippe Saurel a souhaité faire correspondre « la configuration de l’hémicycle à la représentation des groupes politiques ».

Le débat d’orientation budgétaire à venir

Le prochain conseil municipal se tiendra le 28 novembre à 18h dans lequel aura lieu le débat d’orientation budgétaire. Ce dernier sera ensuite voté lors du conseil du 19 décembre à 16h, avant le traditionnel repas de fin d’année du conseil municipal. « Mon petit doigt me dit que, en décembre, le taux d’augmentation de l’imposition sera toujours égal à 0 %. Ce qui nous permettra d’afficher six exercices comptables budgétaires à 0 % d’augmentation des taux d’imposition » a commenté Philippe Saurel.

Vœu en faveur de l’occitan dans les médias publics

La municipalité a apporté son soutien par un vœu à la demande d’un collectif Occitan demandant une présence renforcée de l’Occitan sur les antennes locales de France 3 et France Bleu. « Ce n’est pas un vœu passéiste, c’est un vœu d’avenir que nous faisons » a expliqué Guy Barral en rappelant que l’Occitan était sur la liste de l’UNESCO des langues en voie de disparition. « L’Occitan n’est plus un héritage, c’est quelque chose qui se choisit (…) Il est important que les gens qui habitent ici soit en contact avec l’Occitan pour qu’ensuite ils puissent choisir de le pratiquer et d’avoir une connaissance dessus ». Le délégué aux Cultures régionales a rappelé le soutien de la Ville à l’enseignement de l’Occitan et a annoncé des discussions avec le Rectorat afin d’ouvrir d’autres écoles publiques bilingues.

« Moi qui suis Catalan, je défends l’Occitan » plaisanta Jacques Domergue (LR) avant de se lancer dans une belle plaidoirie : « Je me suis rendu compte du poids des langues régionales en rendant visite aux Calendretas et en m’étonnant de la vivacité des enfants et de l’enseignement qu’ils recevaient. La modernité et l’ouverture sur le monde font que j’imaginais qu’il fallait parler Anglais plutôt qu’Occitan. Ce n’est pas incompatible et je crois même que c’est complémentaire » et d’appeler à continuer à mettre des moyens pour sauver l’Occitan.

Seule Audrey Lledo (FN) disant être « témoin d’une démarche électoraliste » vota contre le voeu argumentant que celui-ci est « antirépublicain. Le Français étant la seule langue reconnue par la République et France Télévisions est une chaîne publique ». Guy Barral lui répondra : « Cela a été un des torts historiques de l’État français de penser que, pour qu’il y ait une démocratie qui fonctionne, il ne fallait qu’une seule langue ».

Plus tard, Annie Yague interpellera la conseillère frontiste quand cette dernière refusera de voter une affaire d’attribution de subventions à des associations. Audrey Lledo souhaitant un vote par division pour s’opposer uniquement « au soutien à la Cimade qui vient en aide aux migrants » avance la déléguée aux Affaires sociales avant de présenter : « Cette subvention de 3 600 € que nous renouvelons concerne l’apprentissage de la langue française (…) Vous devriez doublement voter pour ».

Audrey Lledo s’illustrera également par la suite en étant la seule à s’opposer aux affaires (de 8 à 31) qui concernait des comptes-rendus à la collectivité, refusant de « prendre acte et approuver un bilan dans le même temps ».

Un restaurant scolaire pour Amstrong-Bon

Le conseil municipal a acté la création d’un restaurant scolaire sur le groupe scolaire Louis Amstrong-Geneviève Bon situé dans le quartier Petit-Bard. Un investissement à hauteur de 1,8 M€ répondant à la demande des parents après leur mobilisation en mars 2017.

Une seul restaurant scolaire alimentait quatre écoles. Sonia Kerangueven, déléguée à la Réussite éducative a souligné que « avec la tarification sociale mise en place dans le cadre des cantines, on a eu un doublement des rationnaires sur les quartiers prioritaires. Depuis deux étés, on réaménage Delteil, le temps de construire ce restaurant scolaire ». Un self viendra d’ailleurs, à la rentrée prochaine, compléter l’extension de la cantine situé dans l’école Joseph Delteil.

Agrandissement du centre de tri Demeter

Le conseil municipal a voté à l’unanimité l’agrandissement et la modernisation du centre de tri Demeter. Ouvert en 1994, il verra sa capacité de tri passer de 20 000 tonnes à 35 000 tonnes en 2020 ainsi qu’un élargissement des déchets traités. Michaël Delafosse (PS) ne voit là que « les préconisations du rapport de la Cour des comptes » a tenté de profiter de l’affaire pour appeler à « une réflexion plus large à une stratégie sur la gestion de nos déchets » et questionne Phillipe Saurel : « Est-ce que l’on se met en conformité ou est-ce que l’on pose un niveau très fort d’ambition en matière de gestion des déchets, du tri.. ? ».

Grand mal lui en a pris. La majorité ferme tout débat sur la propreté et quatre adjoints viennent graver leurs arguments dans le marbre. Pour Valérie Barthas, la troisième étoile du Label Éco-Propre, obtenue par seulement onze villes en France, vient récompenser les orientations prises. Lorraine Acquier fait valoir le travail au quotidien effectué par la BPI auprès des commerçants et des habitants. Luc Albernhe complète la démonstration avec les 300 corbeilles en papier et les 23 toilettes publiques installées. Avant que Chantal Marion n’évoque le travail des start-up incubées au Bic sur le recyclage qui sera prochainement appliqué.

Lutte contre les discriminations

La Ville de Montpellier s’associe à l’université Paul Valéry dans la création d’un groupe de recherche afin de lutter contre les discriminations et apporter des informations pour orienter les politiques publiques. Les premiers domaines concerneront les discriminations qui affectent les familles monoparentales et les aspects discriminatoires de la dématérialisation des services publics. Des formations et des actions devraient découdre des observations tirées. Une action soutenue également par le Défenseur des droits. À cette occasion, Annie Yague a annoncé que ce dernier « désignera au sein de son réseau territorial un délégué référent à la politique de la ville qui sera installé dans un QPV de Montpellier envisagé en mai 2019 ».

Dans le même registre, Maud Bodkin a indiqué que l’inauguration de la deuxième Maison de la justice et du droit, située à Boirargues, est espérée en décembre. Après celle de Celleneuve, elle viendra desservir les communes du nord de la métropole. Ce sont des lieux d’écoute importants pour de nombreuses personnes qui peuvent y recevoir en toute discrétion des conseils juridiques délivrés par des acteurs de la justice et du droit.

Marché aux fleurs et micro-fleurissement

Moment de légèreté dans le conseil municipal – ou calme avant la tempête – avec la présentation par Brigitte Rousel-Galiana du marché aux plants et aux fleurs qui viendra s’installer aux Arceaux tous les vendredis à partir de décembre avec 80 professionnels. À cette occasion Philippe Saurel a tenu à préciser que celui de la Mosson était évidemment maintenu.

Le maire en a également profité pour prévenir, amusé, les Montpelliérains qui, face au succès des micro-fleurissements des rues, perceraient eux-mêmes la voirie au risque de tomber sur des conduits électriques. Autre annonce sur le sujet avec son intention de développer des actions en faveur du fleurissement des balcons.

Le dérapage de Bernard Travier

Remise en cause du travail d’un journaliste

Bernard Travier, délégué à la culture, n’a pas du tout apprécié une page de Midi Libre, paru le matin même (jeudi 25 octobre), sur ce qu’il est possible de faire pour aider la création culturelle. Le journaliste Frédéric Mayet, connu pour son travail de terrain notamment dans les quartiers, y recueille différents témoignages et accorde une colonne à Isabelle Marsala, déléguée à la culture, afin de présenter la politique menée par la municipalité auprès des artistes locaux. Rien de choquant à priori dans une page équilibrée qui ne contient aucune attaque violente à l’égard de la majorité.

Mais Bernard Travier sort de ses gonds en remettant en question le travail et la crédibilité journalistique de Frédéric Mayet : « J’en veux énormément au journal d’avoir écrit cet article ». Si ce dernier s’est défendu sur les réseaux sociaux, le quotidien régional reste pour l’instant muet quant à défendre ses journalistes.

Invectives contre des « inconnus » et un artiste

Soufyan Heutte, écrivain montpelliérain (dont on recommande chaudement son premier roman Mes poings sur les i), et Gilles Albalat, vingt ans à la tête de l’Association régionale pour le développement des entreprises culturelles, sont renvoyés avec dédain au rang d’inconnus. Quant à l’artiste Yann Dumoget, il lui semble reproché de ne pas faire allégeance en « ayant été servi royalement » avec son exposition accueillie à l’espace Dominique Bagouet ainsi que d’avoir utilisé, à tort, le terme d’« expo Hitler » au lieu d’Hoffman.

Delafosse et Larue pris à partie

Bernard Travier s’en prend également à Michaël Delafosse (PS) pour avoir dit dans l’article qu’il était « scandaleux de laisser détruire le théâtre de la Vista » et à Alex Larue (LR) coupable d’avoir « toujours proposé que le centre d’action sociale municipal puisse réserver des billets pour les gens les plus défavorisés ». Une phrase que le délégué à la culture voit comme une attaque directe contre les CCAS. L’interprétation ne passera pas auprès des deux opposants qui fustigent alors la majorité les appelant à plus de modération et d’écoute face aux avis contraires et aux propositions.

Le cas Numa Hambursin

Autre sujet de la colère de Bernard Travier avec l’évocation dans l’article par Alex Larue « des tensions autour du Carré Sainte-Anne ayant entraîné le départ de Numa Hambursin ». Le délégué à la culture rentre alors dans les détails et met en avant, chose jamais évoquée jusqu’à présent, un double conflit d’intérêts entre les différentes activités, connues alors de tous, de l’ancien directeur artistique actuellement en charge du musée Malamaison à Cannes et du fonds d’art contemporain de la fondation Helenis-GGL qui prendra place à l’hôtel Richer de Bellevale sur la place de la Canourgue.

Michaël Delafosse (PS) et Alex Larue (LR) viennent au secours de Numa Hambursin en mettant en doute la sincérité des arguments avancés par Bernard Travier. En matière de conflits d’intérêts, le socialiste, qui qualifie cette « mise en cause de choquante », rappelle qu’« il y a eu une exposition à l’espace Bagouet dont la commissaire siège dans la salle ». Le républicain met la majorité face à ses responsabilités : « S’il y a un problème de conflit d’intérêts à l’époque avec Mr Numa Hambursin, tirez-en les conséquences judiciaires. Soit vous assumez les propos, soit vous arrêtez les sous-entendus ».

La colère d’Alex Larue

Les deux opposants expriment chacun un ras le bol face au comportement de la majorité. Michaël Delafosse s’étonne  : « Où sommes nous pour invectiver des journalistes, des artistes, des collègues ? ». « Au bon endroit » lance la députée LaREM Patricia Mirallès… Chacun appréciera cet élan populiste tandis que le socialiste appelle « l’assemblée à prendre de la hauteur ».

Alex Larue (LR) va plus loin et pousse un vrai coup de gueule exprimant sa déception face à la tournure prise par le mandat de Philippe Saurel. « Je pensais que sa démarche pouvait apporter quelque chose à la ville » lance t-il en interpellant les élus de la majorité : « À chaque fois que l’on émet une idée, arrêtez de croire que c’est une attaque personnelle. C’est insupportable de faire de la politique comme ça » et d’iIllustrer par l’exemple « son mandat pour l’intérêt général ». Alex Larue alerte : « Ne me poussez pas à faire de la politique bêtement parce que c’est contre-productif » et pointant son doigt en direction de la place occupée par les élus du Front National pour rappeler les conséquences possibles de cette comédie : « Sinon c’est eux qui vont gagner ».

Climat au sein des services municipaux

Dans une autre affaire, Michaël Delafosse (PS) a interrogé Philippe Saurel sur les conditions de travail des agents des services municipaux : « On a l’impression que des niveaux d’alerte semblent atteints » et d’évoquer une enquête diligentée par l’ARS sur des services de la mairie suite à un certain nombre de burn-out. L’évolution de le taux d’absentéisme des agents a également été évoquée.

Concernant l’absentéisme, « les choses s’améliorent doucement » avance Philippe Saurel évoquant des processus « qui n’existaient pas et que l’on a mis en place ». Et de conclure le sujet en appelant à la patience : « Sur une carrière d’agent, cinq ans, c’est court pour avoir des effets spectaculaires ».

Quant à l’enquête de l’ARS, Philippe Saurel avoue qu’elle a bien été menée auprès du service communication : « C’est un service rattaché au cabinet. Il y a eu beaucoup de modifications (…) Nous prendrons les dispositions qui s’imposent pour que le bien-être au travail soit collectivement ressenti par ce service ». À la fois institutionnelle et politique, la communication municipale est un outil dont Philippe Saurel a compris rapidement toute l’importance. « Il faut vraiment que beaucoup de choses soient aplanies pour retrouver un rythme solide ». Et si le maire avance « un service très largement sollicité », ce n’est pas forcément en direction des journalistes qu’il faut se tourner. D’autant plus avec certaines échéances de plus en plus présentes dans la sphère politique…

Pour Abdi El Kandoussi : « Aujourd’hui, il n’y a rien de particulier, rien qui pose problème au niveau de la mairie de Montpellier ». Le délégué aux ressources humaines annonce une enquête commandée auprès de l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail portant sur les risques psycho-sociaux. L’étude ayant été élargie au CCAS et à la Métropole, les résultats ne sont pas encore connus.

3 Comments

  1. Mais… pas un seul mot sur l’insécurité qui gangrène la ville ?
    Sur le sentiment de laxisme à l’encontre de ces habituels agresseurs qui se baladent quotidiennement avec des armes sur eux ?
    Même de la part des partis d’opposition ?

  2. Le maire a prévu de rajouter de la lumière en ville et de tailler les buissons sur l’esplanade Charles de Gaulle. Les voyous n’ont qu’à bien se tenir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *