Interview. Marc Ychou, cancer-killer montpelliérain

On aurait difficilement pu choisir un meilleur créneau pour rencontrer le Professeur Marc Ychou, directeur général de l’Institut du Cancer de Montpellier (ICM). À commencer par le mois d’octobre, consacré partout en France à la sensibilisation et à la lutte contre le cancer du sein. La semaine, non plus, n’est pas trop mal choisie puisqu’elle suit le gala caritatif qu’organise l’institut, chaque année depuis déjà trois ans, dans le but de récolter des fonds. Le jour, enfin, puisque une heure à peine avant de nous rejoindre, atterrissait l’avion qui ramenait Marc Ychou de Paris, où se tenait un important séminaire rassemblant tous les centres UNICANCER de l’Hexagone. Objet de cette rencontre : réfléchir à la meilleure stratégie pour lutter contre ce qui reste, à ce jour, la première cause de décès prématuré en France et dans le monde…

Avant de rentrer dans le vif du sujet, pourriez-vous nous dire un mot sur l’ICM et son poids dans le paysage local comme sur le plan national ?

L’Institut du Cancer de Montpellier (ICM) est le centre de lutte contre le cancer de la région Occitanie (CRLC). Il soigne environ 30 000 patients chaque année, pour environ le double de consultations effectives annuellement. Nous y soignons tous les cancers solides de l’adulte, exception faite toutefois, des cancers hématologiques et des cancers pédiatriques, qui font partie des prérogatives du CHU de Montpellier en dehors de la radiothérapie faite à l’ICM. En effet, nous sommes également le seul centre de radiothérapie publique de Montpellier. Chez nous, pas de dépassement d’honoraires ou de consultations privées. Chacun est pris en charge à 100% et dans les mêmes conditions. Il est important de mentionner une autre de nos singularités, ‘’Épidaure’’, un centre de prévention unique en France qui nous a permis l’an dernier de sensibiliser 32 000 personnes, dont 20 000 enfants, aux facteurs pathogènes du cancer que sont le tabac, l’alcool, une trop forte exposition au soleil, la sédentarité ou encore une mauvaise alimentation. Avant l’été, par exemple, nous avons pu réunir sur ce point 1 000 enfants au palais des sports René Bougnol pour le Grand Défi Vivez Bougez, du nom de ce projet régional qui promeut l’activité physique quotidienne. Des actions comme celles-ci ont vocation à se multiplier car la prévention est un axe majeur de la stratégie déclinée dans la charte UNICANCER.

OK pour le poids régional, mais quid de votre visibilité à l’échelle française et internationale ?

Nous sommes le cinquième plus gros centre de lutte contre le cancer de France après Paris (deux établissements), Marseille et Lyon… et avec Toulouse ! Au point de vue européen, nous venons d’être cette année intégrés au sein de l’OECI, une organisation internationale à but non lucratif dotée du statut de groupement européen d’intérêt économique. Créée en 1979, elle a pour but de promouvoir une plus grande coopération entre les centres et instituts européens du cancer. C’est une vraie reconnaissance car la décision finale est prise par un jury international d’experts et de professionnels.

Pour revenir aux sujets qui ont rythmé l’essentiel de votre journée parisienne, quel point de la stratégie UNICANCER s’imposent comme une évidence ?

La stratégie UNICANCER rejoint notre projet d’établissement car elle met l’accent sur le parcours global des patients, qui se trouvent encore trop souvent perdus dans le magma des consultations, traitements, rendez-vous… Nous voulons fluidifier ce parcours. Dans cet objectif, nous travaillons à la mise en place d’un portail informatique patient qui rassemblera toutes les infos utiles de son dossier et lui permettront de s’en saisir pleinement et simplement. Du point de vue purement interprofessionnel, nous développons des outils et des formations pour renforcer les liens entre médecins, kinésithérapeutes, psychologues, infirmiers libéraux, pharmaciens… Nous avons ainsi créé l’École du cancer de Montpellier qui propose des modules de formation continue pour tous les métiers de la cancérologie. On participe, par exemple, en lien avec la Faculté de Médecine de Montpellier, à la formation des infirmières de pratique avancée, qui acquièrent ainsi de nouvelles compétences.

En quoi ce dernier point permettrait-il de fluidifier le parcours patient ?

Je vous donne un exemple : de plus en plus de traitements anticancer se traduisent par des ingestions orales. Pour s’assurer que l’administration médicamenteuse soit conforme, cela demande une coordination sans faille. Cela demande aussi de s’assurer que la prescription médicamenteuse n’est pas incompatible avec d’autres traitements qu’administrent les infirmiers ou que délivrent les pharmaciens. Bien informés et coordonnés, ces derniers peuvent émettre des recommandations profitables au patient. Celui-ci est d’ailleurs aussi éduqué sur ces sujets dans la cadre de programmes d’éducation thérapeutique (ETP).

« Le cancer n’est plus perçu uniquement d’un point de vue médical, mais aussi psycho-social et professionnel, nutritionnel, esthétique » Marc Ychou © Mario Sinistaj

Nous venons d’évoquer le soin, la formation, la prévention… mais pas la recherche ?

J’attendais que vous y veniez (sourire). C’est un sujet essentiel de la lutte contre le cancer. Je précise d’ailleurs que l’établissement de Montpellier est le seul de France à stocker, trier et analyser toutes les données issues des essais thérapeutiques des vingt centres UNICANCER. Nous sommes donc à la pointe sur ces questions. Preuve en est, le renouvellement cette année pour cinq ans, du label SIRIC (site de recherche intégrée sur le cancer) porté par l’ICM.

Que signifie ce label ?

Pour faire simple : que nous avons la capacité d’amener nos chercheurs de laboratoire (recherche fondamentale) à proposer une application extrêmement rapide, concrète et bénéfique dans le cadre du suivi thérapeutique (recherche clinique) du patient. Une unité de recherche translationnelle permet même de faire le lien entre ces deux modalités de recherche. Cette pluralité des approches nous permet d’assurer des soins de support très complets : le cancer n’est plus perçu uniquement d’un point de vue médical, mais aussi psycho-social et professionnel, nutritionnel, esthétique… SIRIC est un symbole d’excellence : seuls huit sites en France sont labellisés. L’ICM (2ème au classement derrière le centre Gustave Roussy à Villejuif) en fait partie, dans le cadre d’un consortium constitué du CHU de Montpellier, des Universités, des équipes du CNRS et de l’Inserm.

Pour conclure sur les projets d’avenir, pour quel investissement allez-vous consacrer la somme récoltée lors du récent gala de charité de l’ICM ?

Avec les 80 000€ récoltés grâce à nos généreux donateurs ajoutés aux donations effectuées tout au long de l’année, nous allons pouvoir financer un projet d’intelligence artificielle pour améliorer les performances d’une nouvelle technologie. Il s’agit d’un nouvel appareil de radiothérapie, guidé par l’IRM plutôt que par le scanner afin de permettre un dosage des rayons beaucoup plus précis, puisqu’il s’adaptera en temps réel à la respiration du patient. Contre le cancer, le combat n’est pas fini, il continue et nous y consacrons toutes nos forces.

Plus de renseignements sur l’Institut du Cancer de Montpellier.

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