Interview : Hubert-Félix Thiéfaine revient sur 40 ans de chansons au Zénith de Montpellier

Il n’aime pas l’expression, mais c’est bien la réalité. Hubert-Felix Thiéfaine est l’un des derniers monstres sacrés du rock en France. À 70 ans, l’artiste part en tournée afin de balayer quarante ans de chansons. L’occasion de revoir ou découvrir ce poète qui aura avancer, sans jamais faire de concession, toujours suivi par son public. À voir sur la scène du Zénith de Montpellier le dimanche 18 novembre à 18h.

Qu’est ce que vous vous dites quand vous vous retournez sur ces quarante ans de chansons ?

Je découvre un peu le passé. Jusque-là ce n’était pas mon grand truc. J’ai toujours été bousculé par le futur, je n’aimais pas trop me retourner. Je suis plus mélancolique que nostalgique. Je me suis aperçu, même si je l’ai fait en toute conscience, que j’avais des balises. Chaque album en a été une dans ma vie. Cela m’a fait me rappeler d’événements qui ont traversé ces quarante ans.

Justement, est-ce qu’il y a des rencontres qui vous reviennent en mémoire ?

Il y a forcément des rencontres qui m’ont plus marqué que d’autres mais faire des listes à froid ce n’est pas facile. Je me souviens d’être allé chez Léo Ferré en Italie. J’ai rencontré quelques stars internationales quand j’enregistrais dans les studios à New York, Los Angeles ou à Abbey Road à Londres. Et il y a des gens que l’on rencontre et qui vous marque sans forcément être de l’ordre professionnel.

Avec votre expérience, qu’est-ce que vous diriez au Thiéfaine des débuts ?

Je pense qu’il était sur la bonne route sans le savoir. Il voulait vraiment faire ça. Il n’y avait que des barrières autour de lui et il a su les franchir, parfois en les cassant. Je crois que c’est la bonne voie.

Et quel regard vous pensez qu’il porterait sur vous ?

Cette histoire est un rêve de gosse. Je vais vous raconter une anecdote. Pendant la tournée de 1983, c’était infernal. Partout où on allait, on était obligé de changer de salle au dernier moment car elles étaient toutes trop petites. Tout d’un coup, je me suis mis à chanter devant 5 000 personnes. J’ai fini la tournée, épuisé physiquement mais aussi parce que j’avais vécu mon rêve. La réalité allait plus loin même. Cela peut être bloquant comme impression. Je suis resté un an sans savoir ce que j’allais faire avant de comprendre que c’était mon histoire et qu’il fallait que je continue.

Le public a joué un rôle important dans votre carrière. Quel rapport vous entretenez avec lui ?

Il y a une complicité totale. Un spectacle c’est 50 % sur scène et 50 % le public. C’est pour ça que chaque soir est différent. Pour moi, le public est fondamental. Surtout que j’ai la chance d’en avoir un fidèle qui me suit depuis quarante ans.

D’autant que votre musique se transmet de génération en génération.

Il y a quelque chose de familiale. Beaucoup de jeunes que je vois aujourd’hui me disent qu’ils ont été bercés par mes chansons. Je leur demande s’ils n’ont pas été écoeurés ? Cela a dû être pesant pour eux (rire). Et la preuve que non puisqu’ils sont là aujourd’hui. Il y a même des familles complètes, des grands-parents jusqu’aux petits-enfants. C’est assez amusant de voir ça car ce n’est pas ce que j’avais prévu en route (rire).

Parmi les barrières dont vous parliez, il y a cette reconnaissance du milieu qui est arrivée tard. Est-ce quelque chose que vous regrettez ou est-ce que cela vous a forgé ?

Pendant dix ans, je ne trouvais pas de maison de disque. Je n’ai jamais non plus été trop médiatisé. Mais ça, c’est peut-être aussi un peu de mon côté que cela se passe (rire). Quand on ne peut pas prendre l’autoroute, on prend une débroussailleuse et on trace son propre chemin. C’est un peu ce que j’ai fait et le public m’a suivi. Mais parfois c’est quand même dur de se faire jeter de partout. J’avais l’impression d’être le vilain canard alors que j’essayais juste de montrer que j’avais une certaine vision de la chanson, que je voulais faire autre chose mais qui soit compatible avec elle.

Durant votre carrière, vous n’avez jamais fait de compromis pour essayer de plaire ?

Je pense que mon tempérament a naturellement empêché tout compromis (rire). Il a même fallu que je me batte parfois pour ne pas rentrer dans un système qui m’aurait plus terni.

Dans votre riche discographie, avez-vous un disque ou un titre dont vous êtes particulièrement fier ?

Heureusement, il y en a plus d’un car sinon ce serait un peu triste. Je trouve que le dernier album fonctionne, comme l’avant-dernier et ceux encore avant. C’est souvent le dernier album qui est le meilleur. Pour cause, car on ne sort pas du studio tant que l’on n’a pas fait ce que l’on devait faire, tant que l’on n’est pas amoureux de ce que l’on a fait.

Quelles chansons auriez-vous aimé écrire ?

Il y en a plein. Une des chansons de Blonde on Blonde de Bob Dylan ou d’Aftermath des Rolling Stones. Il y en a plus d’une également de Léo Ferré, que j’ai parfois repris sur scène.

Est-ce que vous acceptez que l’on dise que vous êtes un des derniers dinosaures du rock en France ?

Je n’arrive jamais à analyser ce mot. Si cela vient de la taille ou de l’âge (rire)…

Et si on remplace dinosaure par « monstre sacré » ?

Ah non il y a monstre (rire). Je suis un artiste qui essaye de bien faire son travail. C’est tout. C’est comme ça que je vois les choses et j’ai envie que les gens soient contents en écoutant mon travail.

Cette anthologie et la tournée, c’est l’occasion de regarder en arrière. Mais de quoi sera fait la suite ?

Pour l’instant, je mets mon énergie à faire fonctionner le spectacle. Je pense surtout à ça et, après la tournée, on verra. Mais vous savez, le futur à partir d’un certain âge, cela devient court.

Pratique : Hubert-Félix Thiéfaine en concert au Zénith Sud de Montpellier, dimanche 18 novembre à 18h. Tarifs : de 39 à 52 €. Billetterie en ligne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *