Camp de Rivesaltes « indigne » pour le Conseil d’État : un fils de harki indemnisé

C’est un spectaculaire tournant dans l’histoire de la guerre d’Algérie et de ses prolongements en France, un feuilleton qui est loin d’être refermé.

Un arrêt du Conseil d’État rendu mercredi va incontestablement faire jurisprudence : les juges suprêmes de la juridiction administrative viennent pour la première fois de condamner l’État à indemniser un fils de harki pour les conditions de vie reconnues « indignes » réservées aux supplétifs de l’armée française en Algérie à leur arrivée en France.

« La responsabilité pour faute de l’État doit être engagée à raison des conditions de vie indignes réservées à l’intéressé entre sa naissance en 1963 » dans le camp de Rivesaltes, au Nord de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, « et son départ du camp de transit et de reclassement de Bias, dans le Lot-et-Garonne, en 1975 », a ainsi jugé hier le Conseil d’État, condamnant l’État à verser 15’000 euros au plaignant, « en réparation des préjudices matériels et moraux ».

« La responsabilité pour faute de l’État doit être engagée à raison des conditions de vie indignes réservées à l’intéressé dans les camps dits « de transit et de reclassement, où les harkis sont arrivés dans les années 1960 et 1970 », écrit le Conseil d’État.

Le plaignant était né au camp Joffre de transit, situé à Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales avant d’être transféré en 1964 au camp de Bias dans le Lot-et-Garonne, « le pire de France », selon Fatima Besnaci-Lancou, historienne et cofondatrice de l’association Harkis et droits de l’homme. Selon elle, « Dans ces camps, les conditions d’accueil et de vie ont entraîné chez lui des séquelles qui ont exigé un accompagnement médico-psycho-social et ont aussi fait obstacle à son apprentissage du français », ajoute le Conseil d’État dans cet arrêt.

Combat à Montpellier

Depuis plus de trente ans, de nombreuses associations se battent, dont une association avec à sa tête un avocat du barreau de Montpellier, « pour faire reconnaître le sort lamentable réservé aux harkis et à leurs familles, quand ils sont arrivés par milliers sur le littoral languedocien et parqués comme des animaux sur un vaste terrain entouré de fils barbelés, à Rivesaltes », selon un Montpelliérain, membre d’une des associations.

L’État a fait un grand pas toutefois, dans la reconnaissance des harkis, en construisant un mémorial, sur le site de Rivesaltes. Mais, pour les anciens harkis, leurs descendants et les associations, cet effort de l’État ne masque toujours pas un sentiment d’oubli encore profond.

Le camp de Rivesaltes dans les années 60.
Le mémorial au camp de Rivesaltes.

 

1 Comment

  1. J’ai eu à séjourner dans le camp au cour de l’été 1968 pour une période militaire, quelle désolation … Aux cuisines le menu était PEINT sur le mur : « Européens : pâtes – Africains : riz » !

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