Interview : Marc Bornerand, président de l’UNAPL Occitanie

Ils l’appelaient de leurs vœux depuis tellement d’années qu’ils osent à peine y croire. Mais enfin, ça y est. Après d’âpres discussions et de longues tergiversations, les libéraux de France vont, dès cet automne, pouvoir s’asseoir à la table des négociations et faire vivre, depuis leurs régions respectives, un dialogue social devenu essentiel pour les 900’000 entreprises et le million de salariés qu’ils représentent.

« Plus qu’une victoire, c’est une reconnaissance », estime Marc Bornerand, président délégué de l’Union nationale des professions libérales (UNAPL) d’Occitanie, satisfait par la nouvelle, mais résolu à séparer le bon grain de l’ivraie au sujet des préjugés qui perdurent sur un univers, certes reconnu, « mais tellement incompris ».

Vous êtes, en Occitanie, le président délégué de l’UNAPL. Pourriez-vous présenter en quelques mots, le rôle de cette institution dans le paysage national et son poids en région ?

 L’UNAPL désigne l’Union nationale des professions libérales. C’est une organisation patronale représentative qui a été créée il y a de cela 41 ans, en 1977. Elle fédère 68 organisations syndicales des professions issues des trois grandes « familles » : Santé, Droit, Cadre de vie et Technique. Chacune des treize régions françaises dispose de son antenne régionale, qui rassemble elle-même plusieurs entités départementales. En Occitanie, on nous retrouve à Nîmes et Montpellier, au sein de la Maison des professions libérales. Pour vous décrire le rôle et les missions de l’UNAPL, je crains malheureusement que le temps de ce déjeuner ne suffise pas. Retenez peut-être simplement que nous sommes là, primo, pour défendre les intérêts moraux et matériels des professions libérales. Secundo, pour promouvoir cet exercice qui, je vous l’assure, est formidable. Tertio, pour représenter le secteur auprès des pouvoirs publics et dans le dialogue social.

Ce troisième point était un peu le point faible de votre union, jusqu’à ce jour.

Oui et non. L’existence même de l’UNAPL depuis plus de quatre décennies légitime depuis bien longtemps nos combats et donne de l’écho à notre parole. Mais il est vrai que depuis que nous nous sommes rassemblés avec l’UPA (Union professionnelle artisanale) sous la bannière de l’Union des entreprises de proximité (U2P), nous parvenons à mieux nous imposer face à des colosses comme le Medef et la CPME en matière de représentativité face aux pouvoirs publics. 2018 vient aussi marquer une belle avancée pour nous avec l’installation des CPR-PL.

CPR-PL ? Il va falloir développer…

(sourire) Les CPR-PL sont les commissions paritaires régionales dédiées aux professions libérales, dont l’installation a lieu en ce moment même*. En bref, elles regroupent, dans chaque région, les représentants des employeurs libéraux et leurs salariés pour faire vivre un dialogue social externalisé et apporter un appui dans un domaine où la réglementation est complexe et en perpétuelle évolution.

C’est donc un allié précieux au service des entreprises libérales.

Je ne vous le fais pas dire. J’ai l’impression que, enfin, le professionnel libéral que je suis, comme tous ceux que je représente, passe dans l’esprit collectif, du notable reconnu au syndicaliste aguerri.

On peut dire aussi, sans fausse modestie, que vous êtes entrés dans la cour des grands ?

J’aime assez cette idée (rires). En effet, sans fausse modestie, on peut vraiment dire que les libéraux retrouvent leur juste place dans la structuration d’un dialogue social qui les laissait jusque là, pas en dehors du terrain, non, mais sur le banc de touche, indéniablement. Je profite d’ailleurs de la tribune que vous m’offrez pour rendre hommage à Michel Chassang**, qui a manœuvré avec talent pour inscrire les libéraux dans ce que vous désignez à juste titre comme « la cour des grands ».

Revenons en Occitanie. Quels est le poids des professionnels libéraux dans notre région et surtout, sont-ils reconnus à leur juste valeur ?

Nous représentons plus de 100 000 entreprises et des professions aussi variées que chirurgien-dentiste, médecin, avocat, notaire, agent général d’assurance, sophrologue, coach, consultant en communication… Nous sommes aussi présents par le biais de deux structures essentielles – et pourtant elles aussi souvent ignorées – créées il y a plus de 20 ans : l’ORIFF-PL*** et l’ARAPL****. Avec elles, nous formons et accompagnons au quotidien des milliers de professionnels qui ont, sur notre époque, un bel avantage : ils ont créé leur propre emploi, voire recruté des collaborateurs pour leurs missions du quotidien. Ils sont indépendants dans tous les sens du terme. Peut-être trop…

Pourquoi dites-vous cela ?

Parce que notre extrême indépendance, cumulée à la pluralité de nos exercices, fait que de nombreux libéraux ignorent qu’ils le sont, voire ne se sentent pas appartenir à une même famille ! Je vous donne un exemple : un maçon se présentera souvent comme « artisan maçon », mais un chirurgien-dentiste ne dira pas « Je suis dentiste libéral » pour se présenter. Il dira juste « dentiste » ou « indépendant », à la limite…

 On connaît pourtant les infirmières libérales…

C’est l’exception qui confirme la règle. Je pense qu’ici, l’ajout de libéral s’est imposé par nature pour distinguer l’exercice en indépendant de l’exercice infirmier en structure hospitalière.

– Il reprend –

Le fait que nous ne soyons pas consulaires aurait tendance à nous rendre invisibles, alors que nous sommes pourtant très nombreux et partie prenante de l’économie régionale.

Quel soutien recevez-vous des collectivités, à ce titre ?

Aucun. Et je ne peux que crier ma déception devant un tel mutisme de la part d’acteurs comme, par exemple, le Conseil régional. Nous leur avons pourtant écrit à plusieurs reprises. Sans retour à ce jour. Nous travaillions pourtant très bien ensemble à l’époque de Jacques Blanc ou de Georges Frêche… C’est vraiment dommage, car aidés par des financements publics, nous avions initié des stages à la création d’entreprise. L’arrêt brutal des financements est venu interrompre une belle dynamique.

Quel message voulez-vous faire passer ?

J’ai juste une question : pourquoi les libéraux sont-ils les grands oubliés de l’Occitanie ? Nous ne mordons pas…

Et sur un plan moins politique ?

Je rappellerai simplement aux libéraux les deux formidables outils dont ils disposent dont l’un, en particulier, est une vraie pépite. Je parle bien sûr de l’ORIFF-PL, qui leur permet de bénéficier de deux jours de formation par an (sans avance ni frais qui viendrait imputer leur budget d’indépendant) grâce à un budget collectif lié au fonds interprofessionnel des libéraux (FIF-PL). On s’y forme à toutes les étapes de la vie d’indépendant : création, reprise, installation, cession, développement (etc.) ainsi qu’aux formalités administratives, à la gestion, à la compatibilité. Peu de personnes ont recours à ces journées, alors qu’il s’agit d’un droit à la formation professionnelle pour développer ses compétences de « chef d’entreprise libéral » grâce à un large choix de thèmes : administratif, comptabilité, développement personnel, bureautique, numérique et même du self-défense ! Le but de la maison de professions libérales et de ses offices, c’est de rappeler qu’être indépendant, ce n’est pas être seul.

Seul, comme un libéral face au prélèvement à la source ?

(Il sourit) Attention, c’est un sujet explosif pour moi.

Pourquoi ?

Je regrette, comme tout le monde au sein de l’UNAPL, que le Gouvernement ait décidé d’imposer un choc de complexité inédit aux entreprises, et tout particulièrement aux plus petites d’entre elles. Le dispositif a été conçu à l’échelle des grandes entreprises dotées de l’infrastructure et de la logistique interne leur permettant de l’assumer. Le gouvernement se décide enfin à proposer une solution avec l’URSSAF : le TESE. Pour autant, l’instauration du prélèvement à la source imposera des frais supplémentaires aux entreprises libérales, que l’État ne compensera pas.

Pour conclure sur une note moins « explosive », j’ai entendu dire que vous seriez le 9 octobre à Bercy ?

En effet, le ministère de l’Économie et des Finances et le ministère de l’Éducation nationale organisent, mardi 9 octobre prochain, à la demande de l’UNAPL, une manifestation destinée à faire connaître les métiers des professions libérales auprès des lycéens. Espérons qu’eux, entendent que les métiers des professions libérales sont les métiers de la vie (allusion au slogan de l’UNAPL) et qu’un bel avenir professionnel est possible sur le chemin de l’indépendance…

 

* Le 19 octobre sera présentée une liste paritaire de 10 titulaires et 10 suppléants.

** Président national de l’UNAPL.

*** Office régional d’information, de formation et des formalités des professions libérales.

**** ARAPL : Association régionale agréée des professions libérales.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *