20 ans pour Vigipharm : rien à cachets

En octobre, Vigipharm fête ses 20 ans. Créée en 1998 par la Montpelliéraine Caroline Navarre, docteur en pharmacie, cette entreprise d’une quarantaine de personnes est l’un des leaders nationaux de la pharmacovigilance, une discipline que se partagent dans l’Hexagone une poignée d’entreprises. Vigipharm surveille les produits de santé, dont les médicaments, afin de prévenir les risques d’effets indésirables, parfois induits notamment par de mauvaises utilisations. Bonnes pratiques, vaccinations, enjeux de santé : on va essayer de faire passer la pilule…

Parlez-nous de Vigipharm et de la pharmacovigilance
Nous sommes une société prestataire de services spécialisée dans les vigilances sanitaires. Nous travaillons principalement dans le domaine de la pharmacovigilance. Notre rôle est d’étudier les effets indésirables des médicaments, après leur mise sur le marché. Professionnels de santé et patients doivent régulièrement rapporter au laboratoire des cas d’effets indésirables. Afin d’établir un profil de sécurité du produit, nous devons étudier la balance bénéfices/risques. En couvrant de la sorte l’ensemble des champs de la vigilance sanitaire, nous assurons une réduction majeure des risques de santé publique.

Vous avez créé cette société il y a 20 ans, et vous êtes précurseur dans ce domaine. Pourquoi avoir choisi ce secteur ?
J’ai fait mes études à la faculté de pharmacie de Montpellier et j’ai poursuivi avec mon Internat à Paris. J’ai découvert la pharmacovigilance pendant un stage au centre Fernand Widal à Paris et toute l’étendue de cette spécialité. Je devais y rester 6 mois, je suis restée deux ans, de 1991 à 1992. Je suis revenue ensuite à Montpellier avec le projet de créer une entreprise dans le domaine de la pharmacovigilance.

Ce que vous avez fait, en intégrant Cap Alpha, l’un des incubateurs montpelliérains…
A mon retour, j’ai d’abord travaillé au CHU dans le service du professeur Blayac (chef du service pharmacologie Médicale et Toxicologie). Puis je me suis lancée en 1998, avec le soutien de Cap Alpha, dans mon activité de vigilance sanitaire. J’ai commencé seule, puis l’entreprise s’est développée. Jusqu’à devenir une PME d’une quarantaine de personnes dont l’activité, dans le même temps, s’est élargie : 70% de notre activité est liée au médicament, mais la loi évoluant, la réglementation s’applique aussi aux produits cosmétiques, aux dispositifs médicaux ou aux compléments alimentaires.

Vigipharm, pionnier de la pharmacovigilance, une quarantaine de salariés et 2,7 M€ de Ca, fête ses 40 ans en octobre

Combien d’entreprises en France sont-elles spécialisées dans la pharmacovigilance ?
Au début, j’étais la seule ! J’ai créé la première entreprise du secteur en France. Aujourd’hui, on en compte 5-6, pas plus, et nous sommes l’une des plus importantes, avec un chiffre d’affaire de 2,7 M€, derrière une grosse société parisienne.

Vigipharm va-t-elle se développer ? Vous avez déjà investi beaucoup à Montpellier…
En effet, nous avons investi 1,7 M€ pour ériger notre siège social de 850 m2 sur le parc 2000. Je pense que nous avons atteint notre vitesse de croisière. Le marché, en effet, est très concurrentiel, avec des pays comme l’Inde qui pratiquent une politique de prix très bas… Pour maintenir notre activité et pourquoi pas, se développer, nous misons sur l’international où nous sommes déjà présents sur de nombreux pays européens et les Etats Unis. On regarde s’il faut créer quelque chose ou si nous devons nous associer avec d’autres sociétés… Sinon, nous misons aussi sur la formation. Nous formons déjà des pharmaciens œuvrant dans les laboratoires, à la pharmacovigilance, mais nous souhaitons également former les pharmaciens d’officine là-dessus afin de les sensibiliser sur l’importance du bon usage du médicament, ce qui est pour moi primordial.

Votre secteur a-t-il été boosté par les récentes et nombreuses affaires liées aux médicaments, comme le Médiator ?
En effet, la réglementation a évolué. Mais si cela impose plus de contrôles, ce qui est bon pour notre activité, je déplore la mauvaise réputation faîtes à certains médicaments… Les français se méfient désormais de ceux-ci alors que la plupart des problèmes qui sont survenus sont imputables à leur mauvaise utilisation. La multiplication des crises a considérablement terni l’image du médicament, et on assiste aujourd’hui à un rejet de la part d’une frange de la population. Ce phénomène présente des risques en termes de santé publique. Un médicament bien utilisé, dans un cadre bien défini, reste indispensable à la santé de tous. Le climat de suspicion généralisée a conduit au retrait de certains produits bénéfiques, victimes de mésusages. C’est regrettable, car ils n’ont parfois pas d’équivalents, le service rendu n’existe plus.

Pour Vigipharm, l’avenir passe aussi par l’international et la société prépare son développement déjà entamé aux USA et en Europe


Les vaccins sont également critiqués…
Et là encore, à tort ! Aujourd’hui, cette méfiance des français pour les vaccins entraînent le retour de maladies disparues, comme la coqueluche ou la rougeole. Et ces maladies reviennent sous des formes nouvelles, parfois plus difficiles à combattre. Il faut respecter les vaccins et les faire. Tout comme il ne faut pas croire que l’industrie du médicament triche avec la santé des gens : c’est sans doute un des secteurs les plus contrôlés ! Il faut juste, si l’on peut dire, remettre en cause nos pratiques et nos habitudes de consommation. Cela concerne aussi bien le corps médical que les patients… Bref : tous les acteurs doivent remettre en cause beaucoup de chose pour éviter la banalisation des médicaments, la surconsommation d’antibiotiques et les dérives liés à de mauvaises utilisations.

Quelque chose ne tourne pas rond dans le système ?
Je ne crois pas que le système ne tourne pas rond, mais prendre un médicament n’est jamais anodin car le risque zéro n’existe pas ! Prenons l’exemple du paracétamol qui est en vente libre. Or, c’est un médicament, qui, s’il est mal utilisé (surdosage par exemple) peut entrainer des effets indésirables graves comme des hépatites… Certains médicaments sont également retirés du marché alors qu’utilisés dans les conditions pour lesquelles ils sont faits, ils apportaient une solution au patient. Comme par exemple le Di-Antalvic, utilisé contre la douleur, qui était le palier entre le paracétamol et la morphine. Il a été retiré suite à des détournements d’usage en raison de la codéine qu’il contenait… Au final, il y a un enjeu urgent de société à relever : que le pharmacien se réapproprie son métier de conseil, qui est très important car il est le lien entre le médecin et le patient et qui permettrait la restauration de la confiance entre le public et le produit de santé

Pour les 20 ans de Vigipharm, vous avez prévu quelque chose ?
Tout à fait. On prépare une fête le 12 octobre prochain au Domaine de Biar, avec les salariés et nos clients. Je ne veux pas en dire plus mais je peux préciser que nous avons réservé une surprise à nos salariés.

Ils vont en profiter… pour se dorer la pilule ?
(rires) Nous avons tout fait pour proposer une belle soirée. 20 ans, pour une entreprise locale partie de rien, c’est une très belle histoire. Nous sommes fiers de fêter cet anniversaire.

>> Propos recueillis par Gil Martin, photos Mario Sinistaj, vidéo Arnaud Boularand.

> Interview parue dans le magazine Métropolitain L’Officiel n°1920.

 

1 Comment

  1. Bonjour
    Aurait il des effets secondaires du a une injection de l acupan et entrainerais t’il des troubles de la marche Et des tremblements dans tout le corps merci

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