Tracfin : les signalements de fraudeurs passent par Montpellier

Tracfin, acronyme de « Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins » est un organisme du ministère de l’Économie et des Finances, chargé de la lutte contre la fraude, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

« 71.070 signalements ont été reçus l’année dernière », a indiqué Bruno Dalles, son directeur de passage vendredi à Montpellier, évoquant un record depuis la création de cette cellule, comme l’atteste son rapport d’activité pour 2017 .

« Les professionnels assujettis sont de plus en plus impliqués dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme et la culture de conformité se développe peu à peu chez presque tous les déclarants », a révélé Bruno Dalles qui s’adressait justement à ceux qui, à Montpellier, sont habilités à faire remonter les soupçons de fraude : les avocats, les huissiers de justice, les notaires, les experts-comptables, les commissaires aux comptes et les mandataires.

Échanges sans bla-bla

Ce vendredi matin, ces partenaires de justice, sur lesquels Tracfin compte beaucoup, étaient réunis autour de Bruno Dalles dans l’amphithéâtre Arnaud Beltrame, sur le site de la caserne Lépic du groupement de gendarmerie de l’Hérault, avec des gendarmes et des policiers d’unités spécialisées, en présence de Pierre Valleix, le Procureur général près la cour d’appel de Montpellier, de magistrats des parquets et le général Jean-Valéry Lettermann, commandant du groupement de gendarmerie de l’Hérault, commandant en second de la Région de gendarmerie d’Occitanie pour une conférence-débat judicieuse. « Ces échanges de formation ont eu lieu sans bla-bla, une information directe a été délivrée ici », s’est félicité Pierre Valleix.

L’amphi Beltrame était bondé. Ces professionnels de la justice présents ce matin ont bien compris le message distillé par le directeur de Tracfin. Il faut s’attendre à de nombreuses remontées de soupçons de fraude vers Bercy dans les semaines qui viennent.

Sur les 68’661 déclarations reçues en 2017, 46’882 émanent ainsi des établissements de crédit, un chiffre stable. Celles provenant des établissements de paiement sont, pour leur part, en forte hausse (8.603 déclarations, soit + 68 % par rapport à 2016), de même que celles provenant des compagnies d’assurance : 4.939 déclarations, soit + 54,3 % par rapport à 2016.

Les casinos-cercles de jeux en tête

Hors professions financières, les casinos-cercles de jeux font parvenir de plus en plus de déclarations de soupçons (+ 54,6 %), ainsi que les notaires (+ 34,2 %). Les professionnels de l’immobilier sont les plus réticents. Un constat, selon Bruno Dalles, confirmé par Pierre Valleix : l’année dernière, un net fléchissement dans les remontées de soupçons à Tracfin a été noté dans le Languedoc et le Roussillon.

Les missions de Tracfin se sont élargies depuis sa création : lutte contre le blanchiment en 1990, le financement du terrorisme en 2001, la fraude fiscale en 2009 et la fraude sociale en 2012. Ses effectifs ne cessent également de croître ces dernières années. « Il y avait 15 agents à la création de Tracfin, à la fin de cette année, ils seront 165, dont 15 exclusivement rattachés au terrorisme. Les agents ont reçu, analysé, recoupé, traité et envoyé aux procureurs de la République quelque 2 600 notes en 2017 », confirme Bruno Dalles.

La plateforme secrète Hermès

Ce matin, Bruno Dalles a évoqué la plateforme Hermès, « qui existe déjà depuis une dizaine d’années, mais qui a été améliorée. Désormais, ce système est pointu : il est très moderne avec des transmissions des données sécurisées, donc numérisées qui permet aux déclarants de transmettre les renseignements de soupçons de manière secrète, confidentielle, sécurisée et dématérialisée, ce qui nous facilite le travail pour envoyer ensuite les notes aux procureurs ».

La cellule Tracfin a déjà fait connaître des affaires politico-financières retentissantes, comme s’est plu à le constater, tout sourire, Bruno Dalles ce matin, à Montpellier. Elle a de beaux jours encore devant elle pour débusquer de belles affaires médiatiques et pour faire trembler des têtes ayant pignon sur rue, mais également des petits fraudeurs discrets. Une traque visiblement sans fin.

>> Bruno Dalles s’exprime sur la plateforme Hermès

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *