Université : Paul-Va’ veut changer d’image

Au coeur de la contestation contre Parcoursup il y a encore quelques mois, la fac de Lettres de Montpellier a débuté une nouvelle année dans le calme. Si les dégradations suite au blocage ont été réparées, Patrick Gilli et ses équipes travaillent désormais à donner une autre image à l’université Paul-Valéry.

Le président de l’UM3 mise sur les Humanités Numériques à travers le programme Nexus, ainsi que sur le nouveau visage du campus à l’horizon 2023 et sur d’autres projets visant à valoriser certaines filières et spécificités.

750 000 € de dégats

Pour sa deuxième année à la tête de l’université Paul-Valéry, Patrick Gilli a sans doute vécu le plus difficile en voyant sa faculté bloquée durant plusieurs mois. Une cicatrice désormais à effacer : « Les turbulences et événements ont été mis au premier plan au détriment d’actions de fond et innovantes qui se jouent sur le campus. Aujourd’hui, nous voulons rectifier cette image liée à l’écume des jours, en quelque sorte, et redonner de la profondeur à l’action qui est menée sur le campus ».

Les traces de la contestation sociale ont laissé une ardoise de 750 000 € remboursée dans sa totalité par l’État. Patrick Gilli ayant saisi la commission de discipline, celle-ci s’est réunie en juillet avant de se retrouver prochainement pour rendre ses jugements. « Ce sont des procédures qu’un président d’université peut initier mais sur lequel il n’a aucune prise institutionnelle. La commission, composée d’enseignants-chercheurs et d’étudiants, reste souveraine dans ses décisions » précise t-il. Et si certains voulaient le voir passer l’éponge, il n’en sera rien : « Je n’oublie rien. Il y a eu des dégradations. Si il y a des acteurs de ces dégradations clairement identifiés et si la commission estime que ces faits sont suffisamment délictueux pour entraîner des sanctions, il y aura des sanctions. Mais ce n’est pas de mon ressort, tout cela est cadré par la loi ».

Pas de sélection

Sujet de la contestation étudiante, les effets de Parcoursup étaient attendues à la rentrée. « Sans aucun triomphalisme, la situation de notre université se présente sous de très bons auspices. Nous avons pu accueillir tous les étudiants qui souhaitaient s’inscrire chez nous », assure Patrick Gilli. Soit 5 840 étudiants inscrits en première année de licence contre 5 520 à la même période l’année dernière. Quant aux masters, ils accueilleront entre 20 et 25 % d’étudiants en plus si les candidatures se confirment. Un signe important de l’attractivité de la faculté grâce à ses domaines de recherche.

Patrick Gilli (au centre), président de l’université Paul-Valéry © CN

« Nous allons très vraisemblablement dépasser les 20 000 inscrits à l’Université Paul-Valéry », se réjouit Patrick Gilli qui voit là un « geste politique car nous ne mettons pas en place une sélection en première année ». Une donnée qui, selon lui, valide Parcoursup. Et si « le système a globalement fonctionné chez nous », il met en garde : « Parcoursup est générateur d’anxiété pour les candidats et les directeurs d’université. Il faudra régler ça ».

Un campus en évolution

Si l’université Paul-Valéry n’a pas perdu son pouvoir de séduction et attire de plus en plus d’étudiants, le manque de place se fait sentir depuis de nombreuses années. Accueillant 6 000 étudiants à l’origine, aujourd’hui « la situation reste tendue d’un point de vue logistique » admet Patrick Gilli qui avance un ratio d’1,5 par étudiants contre plus de 2 ou 2,3 dans d’autres universités. « Si nous maintenons le nombre d’étudiants autour de 20-21 000 on pourra gagner en respiration au terme du plan campus en 2023 lorsque l’actuelle bibliothèque sera réaménagée » soit 11 000 m² de salles de cour.

Le campus de l’université Paul-Valéry va connaître de nombreux changements d’ici 2023 © CN

« Le campus va être totalement renouvelé. D’ici 4-5 ans, il aura un tout autre visage », rappelle Patrick Gilli, évoquant le plan Campus avec quatre bâtiments devant sortir de terre prochainement : un pour les moyens généraux (11 000 m², début des travaux en octobre), l’Atrium (20 000 m², début des travaux en janvier), une extension de la maison des personnels (plus de 1 500 ), et le bâtiment Nexus avec le soutien de la Région qui sera dédié aux humanités numériques (1 500 , actuellement au début des études).

Valoriser l’employabilité des étudiants

« Dans les années qui viennent, s’inscrire à Paul Valéry cela doit être synonyme d’avoir des formations académiques, comme dans n’importe quelle université, et cette plus-value autour des humanités numériques, c’est ce que va permettre Nexus » ambitionne Patrick Gilli. Chaque étudiant aura ainsi accès à des formations d’encodage, de création numérique… « C’est notre projet phare. Mais ce sera long car cela demande un changement de culture universitaire ».

Le projet est soutenu par la Région et la French Tech. Ce dernier point n’est pas négligeable car il constitue une porte d’entrée professionnelle vers des champs peu explorés jusqu’alors. « Cela donnera également à nos étudiants, une plus-value d’employabilité », confirme le directeur de l’université. Le dictionnaire en ligne Véga, permettant de traduire les hiéroglyphes, développé par le LabEx Archimede, est un parfait exemple de ce vers quoi veut tendre l’université Paul-Valéry. Une application concrète des connaissances et savoir-faire des étudiants dans le secteur du numérique.

Comme elle l’avait fait pour Nexus, la faculté de Lettres de Montpellier va répondre prochainement à d’autres appels à projets nationaux (Écoles Universitaires de Recherche) pour les masters et les doctorats autour des thématiques les plus à la pointe au sein de l’UM3 : l’archéologie (notamment l’égyptologie), les crises (notamment les crises migratoires), l’aménagement (comment apporter des réponses locales à des changements globaux) et les humanités numériques (encore à l’étude).

Si 2023 est une échéance encore lointaine pour apprécier le nouveau campus, et que la culture numérique doit encore s’ancrer à la faculté de Lettres, l’université Paul-Valéry veut aussi mettre en avant les activités culturelles proposées sur le campus. Tout en soulignant que le musée des moulages et le théâtre de la Vignette attirent, outre les étudiants, un public extérieur séduit par la programmation. C’est aussi un autre moyen d’attirer les regards sur l’université que la réductrice fenêtre médiatique offerte par les blocages. Ce à quoi espère échapper cette année Patrick Gilli.

3 Comments

  1. Une bonne remise a neuf ou restauration des palissades en tube rouillé qui font le tour de la fac serait un bon début.

    Face au nouveau bâtiment de chimie c’est glauque ces palissades rouillé…

  2. 750.000 euros de dégâts…..payés  » par « l’Etat », c’est à dire vous, nous, qui trimons pour le SMIC et sommes matraqués d’impôts, taxes etc….
     » Les casseurs identifiés seront punis »…faites moi rire !!! On se fout de nous.

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