Interview. Patrick Dupret : à cheval sur ses principes

Il était surtout connu comme l’un des restaurateurs les plus en vue de La Grande-Motte. Patrick Dupret, désormais retiré des affaires après avoir tenu pendant plus de 30 ans plusieurs établissements, dont la Cosa Nostra, le dernier en date, situé sur la quai Pompidou, il se révèle dans une autre passion : l’équitation. Il organise, ce week-end, la 11e édition du Jumping des Pyramides, auquel participent un millier de cavaliers. Un rendez-vous devenu majeur pour un univers qui peine à s’affirmer en France. Un univers que ce fort en gueule, 65 ans, à l’avis franc et tranché, défend bec et ongles. Sans fard et brut.

 

Comment est né ce rendez-vous hippique ?

J’ai commencé à faire de l’équitation dès l’âge de 13 ans. J’en ai fait pendant 20 ans, dont une douzaine d’années de concours hippiques. J’ai arrêté parce qu’il fallait gagner sa vie. Je m’y suis remis en rencontrant Gérard Marragou, un brillant cavalier, membre de l’équipe de France. Il m’a remis en selle, si j’ose dire. Un jour, j’ai eu envie d’organiser moi aussi un concours. La première année, j’ai fait 500 partants. Puis, on est passé à 1000 partants, avec une pointe l’année dernière à 1100. C’était un challenge.

Vous êtes aussi à l’origine du club hippique de La Grande-Motte.

Ma fille montait à cheval. J’avais deux chevaux en pension à Mauguio, qui a fait faillite. On s’est retrouvé avec les chevaux sur les bras. Les gens me sollicitaient pour créer un centre équestre sur La Grande-Motte. Je suis allé voir le maire de l’époque, Henri Dunoyer, à qui j’ai présenté le projet. Il a été emballé et accepté de m’aider.

C’est plutôt rare une initiative privée de ce genre. Non ?

C’est rare, effectivement. J’ai tout financé sur mes propres deniers. La mairie a apporté une aide logistique. Le terrain, de 3 hectares, lui est loué dans le cadre d’un bail emphytéotique de 10 ans, renouvelable.

Comment se situe aujourd’hui ce concours au niveau régional ?

Il est l’un des rendez-vous majeurs des concours hippiques sur l’arc méditerranéen. C’est simple : j’ai ouvert les engagements le 13 août dernier à 9h du matin. Le soir, il y avait déjà 830 engagés. Sachant qu’en septembre, nous sommes limités par l’amplitude du soleil. On ne peut pas faire des compétitions jusqu’à 21h, comme en juin. On est obligé de s’arrêter à 19h30. Ce qui nous obligé à limiter le nombre des engagés. On pourrait monter à 1300-1400 partants.

Qu’est-ce qui fait cette attractivité. Le fait que ça se déroule à La Grande-Motte ?

En partie. Moi qui suis un homme de tourisme, j’ai conçu ce concours comme le Club Med, en quelque sorte. J’ai proposé une offre touristique, avec du sport et du loisir. Les participants ont ainsi la possibilité de faire du golf, du bateau, du shopping, aller en boite de nuit. Ça amène un « plus » économique évident. La municipalité l’a bien compris, elle est à mes côtés.

Quand on parle de La Grande-Motte, on pense aux sports nautiques. Pas forcément au cheval.

Bien sûr que la vocation de La Grande-Motte, c’est la mer, le nautisme. On ne peut pas lutter, puisque c’est une vocation naturelle. A La Grande-Motte, il y a quatre sports majeurs : le nautisme, le golf, le tennis et l’équitation. Mais nous avons la chance d’être situés sur un site privilégié, au cœur du sous-bois, de la zone la plus verte. L’espace d’un moment, on sort des pyramides et on vient s’oxygéner dans le poumon vert.

On a le sentiment que l’équitation a du mal à percer, à attirer.

Dans un pays où le foot est roi, l’équitation est moins populaire. Mais il y a les chiffres : il est le premier sport féminin en France, le troisième tous sexes confondus. Mais c’est vrai que médiatiquement, l’équitation est un parent pauvre. La Fédération française d’équitation organise, durant trois week-ends de septembre, des Journées nationales du cheval. Mon concours tombera dans une de ces journées, le 23 septembre. C’est un sport de pleine nature et il permet, pour les enfants, un éveil au contact du cheval.

Comment réagissez-vous à l’instauration d’une TVA à 20%, il y a deux ans ?

C’est une escroquerie. On l’a enlevée pendant des années. On a donné un ballon d’oxygène à l’équitation et aux clubs. Ce bon M. Hollande n’a pas fait comme M. Sarkozy à son époque, qui a eu le courage de passer à 5,5% dans la restauration. Le milieu du cheval ne gagne pas d’argent. A 19€ la séance avec une écurie à gérer, du personnel à gérer, des installations à entretenir, ça ne fait pas beaucoup. L’équitation va crever si on ne l’aide pas. Je suis d’autant plus à l’aise pour en parler que ce n’est pas mon gagne-pain.

C’est une erreur cette TVA à 20% ?

C’est une maladresse énorme. C’est une connerie, on a fait fermer des tas de clubs hippiques en France. Les politiques ne sont pas de notre côté, malheureusement. À La Grande-Motte, le concours hippique participe à la valorisation de l’image de la cité. Le concours hippique, c’est comme le golf, c’est du haut de gamme. C’est comme quand les Ferrari viennent.

Vous faites partie des plus anciens restaurateurs. On ne vous a jamais retrouvé sur une liste électorale.

Quand on gère des restaurants et une cinquantaine d’employés, il faut y consacrer du temps. Mais, je vais être franc : j’ai une capacité de paroles parce que ma mère m’a fait comme ça et parce que mes études ont fait que j’ai une cervelle qui s’était bien remplie. Mais comme je suis quelqu’un d’honnête et que je sais me juger, j’ai une capacité d’écoute réduite. Comme je ne sais pas faire dans la dentelle par moments, j’ai préféré ne pas me heurter à la chose publique.

Vous avez eu Georges Frêche comme prof.

En première et en troisième année de sciences économiques. C’est un homme qui m’a aidé à réussir. Ma première affaire, c’est lui qui m’a aidé à l’avoir. C’était une baraque à frites sur l’Esplanade de Montpellier. C’est l’homme le plus brillant que j’ai rencontré dans ma vie, avec une vraie vision politique. Je ne suis pas du même bord politique que lui, j’ai une sensibilité politique plutôt de droite. Mais dans la vie, il ne faut pas être con. Les intelligences n’ont pas de parti.

Vous étiez également un très proche de Louis Nicollin. Vous étiez avec lui dans les derniers instants…

(Il marque un temps, profondément ému). C’était mon meilleur ami, un homme d’une grande générosité, d’un charisme fou. Voilà encore un homme qui est parti trop tôt. Je l’aimais énormément. Il est mort dans nos bras, le jour de son anniversaire. Je ne peux l’évoquer sans avoir le cœur qui se serre et se brise.

Il était la preuve qu’un acteur privé peut participer au rayonnement d’une ville.

C’est exactement ça. Heureusement d’ailleurs. S’il fallait que le rayonnement ne soit qu’entre les mains de la puissance publique ou territoriale, ce serait grave. L’intelligence est partout. Et surtout aussi dans le privé. Je suis un homme du privé. Mon père était directeur d’hôpital, donc dans le public. J’ai pu faire mon opinion. Le public est une pieuvre difficile à manœuvrer, à faire avancer.

Trouvez-vous qu’on donne trop d’importance aux hommes politiques, aujourd’hui en France ?

Bien évidemment. Une grande partie des hommes politiques ne sont pas à la hauteur de leur mission. Après, tous ne sont pas à jeter. Notamment à La Grande-Motte. Le tandem Rossignol-Muscat est un tandem qui fonctionne. Regardez le projet de nouveau port. C’est un des plus grands et meilleurs projets que l’Occitanie puisse porter sur ces dix dernières années. Je trouve ça remarquable. Ca va amener 1000 à 1500 personnes de plus. Je suis un économiste de formation. Il faut être con pour s’y opposer. La seule chose qui est compliquée, c’est de ne rien faire. Il faut de l’audace.

 

Interview à retrouver dans Métropolitain L’Officiel #1877

 

Photo : Mario Sinistaj / Vidéo : Arnaud Boularand

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