La Mosson à Montpellier : la police dans son quartier de reconquête républicaine

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb lance officiellement ce mardi la Police de sécurité du quotidien, la fameuse PSQ de la griffe Macron, avec comme déclinaison des Quartiers de reconquête républicaine, les QRR. À Montpellier, -où le ministre était venu présenter la PSQ en février dernier-, les policiers de la Sécurité publique, dont les effectifs viennent d’être renforcés se penchent au chevet du quartier Ouest de la Mosson, une petite ville dans la ville en fait avec ses 25’000 habitants. Mais, ils n’ont pas attendu la énième version 2018 de la police de proximité pour travailler autrement qu’en usant de la répression. Depuis quatorze mois, les policiers sont les bienvenus dans les Kawas Rencontres, où se retrouvent autour de la même table des résidents qui peuvent tout déballer, en avalant un café, un thé ou un jus de fruit. Ce rayon de soleil au dessus de la Mosson constitue une initiative unique en France.

Il y a quelques années, la rue Pierre Cardenal, au dessus du lac des Garrigues, aux Hauts-de-Massane, dans le quartier de la Mosson -l’ex Paillade- avait une mauvaise réputation : agressions, bagarres et autres scènes de violences, véhicules, halls et caves incendiés. Les policiers nationaux en patrouille essuyaient des projectiles et les interpellations étaient spectaculaires.  C’est du passé. Cette rue a retrouvé sa sérénité, comme on vient de le constater à la faveur du quatorzième Kawa Rencontre, vendredi matin, dans un des étages d’une résidence qui abrite l’association Pacim, -Passeurs de culture, Passeurs d’images-, un véritable point d’écoute, qu’à soutenu à fond le commissaire divisionnaire Régis Dufaut en poste au commissariat central. Ce dialogue constructif, police-population, une fois par mois, rapproche les familles et tous les principaux acteurs réunis avec le même objectif de répondre aux préoccupations des habitants et de résoudre les problèmes signalés, une démarche inédite qui tisse des liens étroits. Et qui porte déjà ses fruits.

La reconquête est déjà en marche

On peut, en effet dire que la reconquête est déjà en marche depuis ces derniers mois dans le quartier de la Mosson grâce à ces Kawas Rencontres conviviaux, qui, c’est incontestable ont réduit le sentiment d’insécurité. Le commissaire divisionnaire Régis Dufaut, en uniforme, est venu annoncer la bonne nouvelle, vendredi : l’été a été calme au chapitre des faits-divers, par rapport à ceux de 2016 et de 2017. « Les actes de délinquance sont en net recul », assure t-il. Pas de violences urbaines, ni de rodéos en motocross et en quad. Et les jeunes arracheurs de colliers en or qui sévissaient à Saint-Paul ont été arrêtés. Une mère qui essuie quelques larmes évoque l’agression à coups de couteau de son fils par un voisin, « qui a été arrêté et emprisonné » et une retraitée raconte être tombée sur un exhibitionniste, « qui est revenu trois fois à la charge », alors qu’elle faisait sa marche matinale quotidienne sur un sentier désert du lac des Garrigues désert : « J’ai crié, mais personne n’entendait, car des ouvriers tronçonnaient des arbres. Finalement, il est parti ». Une mamie soulagée, qui salue la prise en compte immédiate de sa plainte par les policiers du bureau de la division Nord. « Je remercie la police du fond du coeur, ah oui, vraiment », souligne la maman, dont le fils a été poignardé.

Une rancoeur vieille de six mois entre l’auteur et la victime qui aurait pu peut-être être évitée et pour cause : « Six mois avant, l’auteur des coups de couteau avait tiré au fusil de chasse sur le fils de cette dame pour le tuer, mais sans t’atteindre. Aucune plainte n’avait été déposée à l’époque. N’hésitez pas à le dire autour de vous, faites passer le message, quand il y a ce genre de fait et des menaces de mort réitérées, il faut impérativement déposer plainte, la police fera son travail », insiste Bernard Pradel, délégué du service Cohésion police-population à la direction départementale de la Sécurité publique de l’Hérault -DDSP 34- et qui connaît bien la réalité de la Mosson, puisqu’il a été en poste comme major de police à la division Nord.

Opération à la Tour d’Assas

La fondatrice e animatrice des Kawas Rencontres, Catherine Barrière, enthropologue de profession -son mari est le président de l’association Pacim- se félicite de la réactivité des services de police, après des signalements faits avant l’été de vendeurs à la sauvette et de trafics de drogue et de contrebande de cigarettes. La veille de ce quatorzième rendez-vous, des trafiquants ont été interpellés à la faveur d’une opération autour de la Tour d’Assas, avec le chien renifleur des stups. Il a flairé 300 gr de cannabis cachés dans une poche d’un dealer. « La présence de ces trafiquants a été évoquée par des habitants lors d’un Kawa Rencontre, la police a été à l’écoute, notre requête a été prise en compte sans traîner, voyez le résultat. C’est dire si ce point d’écoute police-population est digne d’intérêt », complète Catherine Barrière, expliquant que ces signalements sont le fait de la cellule de veille aux résultats positifs. Ainsi, un squat a été fermé et des patrouilles de police régulières permettent l’expulsion de jeunes regroupés dans les halls de résidences.

Les habitants vont voir dès ce mardi beaucoup plus d’uniformes de la police nationale. « Les 21 policiers de plus pour la QRR de la Mosson promis par le ministre sont arrivés, ce qui permet de renforcer la brigade spécialisée de terrain, la BST, avec deux patrouilles supplémentaires, ainsi que des officiers de police judiciaire, des OPJ qui traitent les procédures qui augmentent », confirme le commissaire divisionnaire Régis Dufaut. Voilà les résidents rassurés autour de la table dans le local de Pacim, ce vendredi. À la Mosson, on ne voit plus le gardien de la paix qu’il soit en tenue ou en civil, comme un ennemi.

Les forces vives rassemblées

« Toutes les expériences sont évoquées ici et mises sur la table, aucun sujet n’est tabou. L’objectif est de réfléchir ensemble aux solutions à apporter à court terme, moyen et long terme », souligne Souad Sebbar, la déléguée du préfet de l’Hérault à la Mosson. Depuis septembre 2017, elle s’investit énormément dans le quartier pour bousculer les mentalités et pour rassembler à l’unisson ce qu’elle nomme les forces vives.

« Les forces vives, ce sont les référents de la police nationale, la police municipale, les médiateurs, la TaM, les associations, les usagers, les institutions, les médecins, les pharmaciens, le kinésithérapeutes etc. Ce maillage permet de croiser les expressions et les expertises des habitants qui, ici, nous rapportent d’une manière cru la réalité vécue au quotidien et leur ressenti », relève Souad Sebbar, fusionelle avec Catherine Barrière, très satisfaite de pouvoir réunir chaque mois entre 30 et 40 habitants et qui espère que le cercle d’échanges et de concertation s’agrandira ce lundi 24 septembre, pour le Kawa de la rentrée.

Rats et punaises des lits

La propreté, ou plutôt la saleté des rues est évoquée : « On ne voit pas les agents du nettoyage, le travail n’est pas bien fait. Des rats courent autour des containers qui débordent », lâche une jeune femme. Une autre constate que, « régulièrement, des SDF farfouillent dans les containers en sortant et déposant au sol les ordures qui ne les intéressent pas en les laissant par terre et en repartant avec des objets qu’ils vont aller vendre aux puces ».  L’adjoint de Philippe Saurel en charge du quartier de la Mosson, Jean-Luc Cousquer prend note et se tourne vers le médiateur de la Ville de Montpellier, Abdelrhani Ahkame pour que la société du nettoiement soit alertée. Conseil avisé de l’élu : « Prenez des photos et apportez les à l’annexe de la mairie ».

L’anarchie des encombrants déposés sur les trottoirs consécutive au non-respect des horaires va être réglée, la brigade des incivilités étant saisie. Souad Sebbar soulève cette réalité consternante : « C’est un problème récurrent de discipline cette gestion des encombrants : on passe à 8h, c’est nickel, à 9h, c’est sale. Il faut faire changer les mentalités, nous y arriverons ».

À propos des encombrants, notamment de canapés et de matelas abandonnés sur les trottoirs, une autre habitante s’affole d’une invasion de punaises de lits : « C’est une véritable infection depuis le début de l’été et ça empire, je pense que ces bestioles proviennent de ces matelas et des canapés, au pied des résidences. Il faut un traitement rapide et radical, les bailleurs et les syndics sont infirmés de ce problème d’hygiène et de santé, j’ai peur pour les enfants ». Et de faire rire les forces vives réunies autour de la table : « Des Marocains sont revenus de vacances au bled avec un produit pour tuer les hérissons, en l’utilisant pour éradiquer l’invasion des punaises de lits » !

Le bien vivre ensemble

Jean-Luc Cousquer promet « un décrassage en urgence » et valide l’aide précieuse que la Ville pourra apporter à l’association Pacim, qui projète d’organiser une opération de nettoyage de l’ampleur de celle réussie à Port Marianne avec le concours de la population de la Mosson : « On mettra à votre disposition de grandes bennes ». Encore un bonus dans le partenariat et le partage, socles de ces actions au quotidien développées par cette poignée de Passeurs de culture et de Passeurs d’images.

Incontestablement, grâce aux initiatives louables des forces vives qui constituent un atout pour la reconquête républicaine de la Mosson, ces Kawas Rencontres de Montpellier cités en exemple au niveau national font progresser les mentalités vers une image positive de la police nationale et vers le bien vivre ensemble.

La preuve est éclatante, après ces quelques heures passées au Kawa Rencontre dans la rue Pierre Cardenal, aux Hauts de Massane, une artère qui avait la réputation à une époque d’être une zone de non droit : la reconquête républicaine au quotidien du quartier de la Mosson est déjà bien engagée.

>> Pratique : documentaire sur les Kawas Rencontres visible sur le site internet de PACIM et sur Youtube.  Local de l’association PACIM au numéro 385 de la rue Pierre Cardenal.

Vendredi, le quatorzième Kawa Rencontre de Pacim à la Mosson, un des QRR de France. Photo JMA. Métropolitain.
Les principaux partenaires de ces Kawas Rencontres « police-population » à la Mosson. Photo JMA. Métropolitain.
Le préfet de l’Hérault, Pierre Pouëssel et le contrôleur général, Jean-Michel Porez directeur départemental de la Sécurité publique de l’Hérault. Photo DDSP 34.

2 Comments

  1. La mythomanie politique n’a pas de limite. Un enfant de 16 ans est mort, tué à la kalach, demain ce sera surement à partir de 12 ans. Face à cela quelle réaction: la même que depuis 1980, on refait un plan banlieue, un plan pauvreté, une police de proximité, etc. Alors même que la corruption transforme toute l’économie des quartiers, remplaçant fleuristes, point presse et magasin alimentaires par des kebabs et autres sandwicherie.

  2. Tu m étonnes des que toutes les tours et les quartiers « gitans » ont été détruit puis relogés dans des beaux appartements de l Opac et dans les villages de l aglo les problèmes ont été de localiser.

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