De Montpellier à Grabels, le festival des Alternatives n’aura jamais si bien porté son nom

Du mercredi 19 au samedi 22 septembre se déroulera le festival des Alternatives organisé par Alternatiba à Montpellier et Grabels. Quatre jours pour montrer que chacun peut faire bouger les lignes en matière d’écologie par des gestes simples. Si le mouvement citoyen rencontre, où qu’il passe et quel que soit le bord politique des maires, l’approbation sans aucune considération partisane, Philippe Saurel a collé une étiquette politique à l’événement. Une polémique que les membres locaux d’Alternatiba ne comprennent pas. Leur souhait désormais est d’organiser la plus belle réception pour le tour à vélo de l’association mercredi et que la journée à Grabels soit malgré tout une réussite.

Alternatiba, un mouvement citoyen

Philippe Saurel pourra toujours mettre en avant les actions municipales et métropolitaines, reste que l’image renvoyée par cette polémique n’est pas un signal fort à destination des citoyens soucieux de l’écologie qui ne souhaitent justement pas s’engager politiquement. Profitant du passage du tour de France à vélo d’Alternatiba à Montpellier, les membres locaux de l’association ont organisé un événement durant quatre jours. Le festival des Alternatives a pour but de « montrer comment agir ensemble avec l’idée que nous citoyens nous pouvons être acteur de la vie publique » explique Marie-Noël de Visscher.

En 2015, Alternatiba avait déjà organisé un événement de la sorte qui avait rassemblé plus de 10 000 personnes à La Paillade. Après deux manifestations sur l’esplanade Charles de Gaulle, l’association a effectué toutes les démarches depuis plusieurs mois pour retrouver un quartier populaire et notamment le parc Sophie Desmaret avec le concours de la Maison Pour Tous Léo Lagrange. « L’idée est de travailler avec les plus faibles car lorsqu’il y a une crise économique, sociale ou climatique ce sont toujours eux les plus touchés » complète Marie-Noël de Visscher qui gardait jusqu’à présent de bons souvenirs des collaborations avec la Ville ou la Métropole.

Un problème de communication ?

« On a déposé tous les papiers dans les temps, on a répondu à leurs questions en juillet, et on a eu une réunion le 6 septembre avec tous les services de la municipalité pour passer en revue la journée du 22 » détaille Marie-Noël de Visscher. Le lendemain, la Maison pour tous leur apprend qu’elle ne pouvait plus accueillir la manifestation donc qu’il n’y n’avait plus d’accès à une source d’électricité. « Je ne comprends pas ce qu’il s’est passé. J’ai donné toutes mes coordonnées, mon numéro de portable en cas de problème, et personne ne m’a contacté » reste incrédule cette membre d’Alternatiba qui a participé à toutes les rencontres avec la mairie, « On n’a rien compris car lors de toutes les réunions, il n’y a jamais eu aucune objection ». Sans oublier ces trois documents non fournis qu’évoque Philippe Saurel dans Midi Libre. « Si on avait su qu’il manquait des documents, on les aurait donné » se défend-elle.

Face à l’absence de réaction de la municipalité et après un vote interne réalisé le mardi 11, la journée du 22 est déplacée à Grabels. « Il y avait des prestataires à contacter, les associations… On ne pouvait plus attendre et on avait deux choix : annuler ou aller ailleurs. Le soir même, on a averti les services concernés de la mairie et le lendemain on a fait une lettre à Monsieur Saurel pour dire que ce n’était pas une manière de traiter les associations. Nous sommes déçus, on s’attendait à un dialogue. Si on avait fait quelque chose de travers, il fallait nous le dire » regrette Marie-Noël de Visscher. « C’est un peu la mort dans l’âme que l’on va à Grabels. C’est mal desservi en transport en commun donc on aura obligatoirement beaucoup moins de monde. Mais on ne pouvait pas annuler, cela fait des mois que l’on travaille dessus et cela aurait envoyé un très mauvais message » complète Christian Faure.

La parano politicienne

Face à cette décision prise dans l’urgence, Philippe Saurel et sa directrice de cabinet Sophie Salelles y voient en arrangement politique entre Alternatiba et la France Insoumise dont fait partie René Revol. « J’avais gardé en tête que le maire de Grabels m’avait dit il y a plusieurs années qu’il était partant pour accueillir Alternatiba. On lui a demandé et il a accepté de nous mettre à disposition le parc du château. À huit jours de la manifestation, on n’a pas cherché plus loin » explique tout simplement Marie-Noël de Visscher.

Cette récupération politique fait mal aux membres de l’association qui refusent d’être catalogués. « Au début, on a souri. Alternatiba est effectivement un mouvement politique mais dans le sens noble du terme. On défend des biens communs, on essaie de faire changer les choses dans la société, avec les citoyens, donc c’est un projet politique. Mais on a vraiment aucune considération électorale. On n’est pas naïf, on sait qu’il y a une rivalité entre les deux maires mais on a été surpris » regrette Marie-Noël de Visscher qui justifie leur prise de parole aujourd’hui « On est au dessus de ce jeu politique. On a voulu interpeller car on se dit qu’il y a peut-être d’autres associations qui sont dans ces mêmes difficultés. On voulait faire remarquer à Monsieur Saurel que c’était dommage ». Et de glisser avec regret : « On aurait sans doute eu l’autorisation la veille de la manifestation… »

Sans aucune colère mais avec un brin d’amertume Christian Faure conclut : « Ce qui est regrettable c’est que l’on aille à Grabels au détriment des habitants de la Paillade. C’est dommage que la Ville de Montpellier ne fasse pas un effort quand on essaie d’aller dans les quartiers populaires car cela m’étonnerait que ces habitants se déplacent à Grabels ». Et pour la suite, il préfère positiver : « Ce qui compte maintenant c’est que l’on accueille le tour dans les meilleurs conditions et que l’on soit mille personnes à faire du vélo. Le reste, ce sont les affaires de Monsieur Saurel et cela ne nous empêchera pas de coopérer avec lui. C’est un problème ponctuel. Dans huit jours, de notre part en tout cas, ce sera oublié ». Ainsi va la vie des associations…

Le Festival des Alternatives

Alternatiba a lancé cette année la campagne des Alternatives territoriales car comme l’explique Marie-Noël de Visscher, « C’est bien les initiatives individuelles, les choses ne bougeront pas tant qu’il n’y aura pas des décisions collectives importantes. C’est pourquoi on essaie de travailler directement avec les élus ». D’où un tour de France à vélo, parti le 9 juin de Paris pour rallier Bayonne le 6 octobre en passant par 200 étapes pour un périple de 5 800 km, afin de promouvoir les initiatives individuelles mais également impliquer les collectivités en constatant localement ce qui est réalisé. « C’est une réussite. À chaque étape, il y a une grande mobilisation. De 30 à 50 000 personnes sont attendues à l’arrivée à Bayonne » raconte Christian Faure « L’idée du tour c’est qu’en combinant nos énergies on va plus loin ».

Mercredi 19 septembre, après un passage à 12h par Saint-Clément-de-Rivière sur le site du projet Oxylane en soutien au collectif Oxygène, les cyclistes sont attendus vers 15h sur la place de la Comédie pour leur 183e étape. Une Vélorution partira ensuite en cortège, avec ceux qui veulent se joindre à eux, pour un parcours à vélo jusqu’à la Paillade en s’arrêtant pour saluer des initiatives locales notamment des jardins partagés. La soirée se poursuivra entre prises de parole, musique, couscous et convivialité.

Les deux jours suivant seront consacrés à des ateliers et des conférences avant le deuxième temps fort du festival samedi 22 septembre qui se déroulera donc au parc du château à Grabels. La journée « Faisons le nous même et ensemble » rassemblera une quarantaine d’associations autour du partage et de la collaboration. « On en profitera pour célébrer l’arrivée de la monnaie locale la Graine à Montpellier » complète Christian Faure.

« Notre espoir est d’avoir un maximum de personnes pour faire grandir le mouvement. En plus, on a le sentiment qu’à Montpellier, il y a un public déjà mobilisé. On l’a vu à l’Antigone des Associations ou à la Marche pour la planète » conclut pleine d’optimisme Marie-Noël de Visscher.

> Programme complet du Festival des Alternatives 2018 sur alternatiba.eu/montpellier/.

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