Commando à la fac de droit de Montpellier : les policiers ont « cherché la femme »

Six mois après l’intrusion violente dans un amphi de la faculté de droit de Montpellier occupé par des étudiants en grève, six membres du commando ont été interpellés mardi, placés en garde à vue et présentés ce jeudi matin à Mme Lacolle, la juge d’instruction. Cinq ont été mis en examen pour le délit présumé de violences volontaires aggravées par trois circonstances : en réunion, avec arme et avec le visage dissimulé. Ils ont été libérés sous contrôle judiciaire, comme le parquet de Montpellier l’a requis. Le sixième a été entendu sous le statut de témoin assisté. Au centre de l’affaire, une femme, la compagne d’un professeur de l’Université de Montpellier, déjà mis en examen pour l’intrusion dans l’amphi de la fac de droit.

Selon Christophe Barret, le procureur de la République de Montpellier, qui s’exprimait ce jeudi matin sur cette rocambolesque affaire qui a connu ce rebondissement après six mois d’investigations des policiers de la sûreté départementale de l’Hérault, « M.Pétel a expliqué qu’en apercevant les individus ayant le visage dissimulé par des cagoules et armés de planches de bois pour agresser les étudiants en grève dans un amphi de la faculté de droit étaient des policiers d’élite ou des gendarmes du GIGN »…Ce détail croustillant révélé en mars dernier après l’intrusion spectaculaire était passé inaperçu.

Philippe Pétel et le professeur de droit, Jean-Luc Coronel de Boissezon sont mis en examen depuis avril dernier pour les délits présumés de complicité d’intrusion et de violences volontaires avec arme. Parmi les pistes discrètement exploitées par les policiers de la sûreté départementale de l’Hérault, dans la foulée de ces mises en examen en guise d’hors d’oeuvre, figure une femme, en l’occurence la compagne de Jean-Luc Coronel de Boissezon âgée de 47 ans, gérante d’une société spécialisée dans la communication à Montpellier. La piste était la bonne.

« Cherchez la femme »

Comme quoi le fameux « Cherchez la femme » dans les intrigues policières s’est vérifié : « Cherchez la femme » est en effet, une expression connue dans des ouvrages. La signification est que l’homme se comporte d’une façon inexplicable, parce qu’il essaie de dissimuler une aventure avec une femme, ou bien essaie d’impressionner ou de gagner les faveurs d’une femme. Dans la littérature policière, l’enquêteur qui comprend où « chercher la femme » parvient à résoudre l’énigme.

En analysant les relations et les communications via son téléphone portable de la quadragénaire, les policiers de la Sécurité publique de l’Hérault ont découvert qu’elle avait des contacts privilégiés avec des sympathisants du mouvement identitaire de la Ligue du Midi, à savoir un ancien militaire âgé de 61 ans, trois chômeurs de 24 ans, 57 ans, 59 ans et un animateur dans une association âgé de 38 ans. Christophe Barret, le procureur indique que ces mis en examen ont expliqué en garde à vue être proches effectivement de mouvements nationalistes et régionalistes, « sans être militants d’un parti politique précis ».

Le 22 mars dernier, avant l’expédition punitive dans l’amphi de l’Université de Montpellier, la quadragénaire a contacté les membres du commando, dont un papy et deux quinquagénaires. Ils étaient présents le soir des faits, d’abord sur le parking intérieur de la faculté de droit où ils ont entendu le doyen Pétel dire, « C’est le bon moment pour intervenir », ensuite dans l’amphi, où ils ont pénétré par une porte dérobée réservée au personnel, après avoir mis pour certains une cagoule sur la tête et s’être armés de bouts de bois et de planche dérobés sur un chantier mitoyen. L’un d’eux était en possession d’un pistolet à impulsion électrique.

Faire évacuer l’amphi

Les mis en examen -pour intrusion dans un établissement d’enseignement, outre pour les violences volontaires aggravées par trois circonstances- ont expliqué avoir reçu l’ordre de la compagne du professeur Coronel de Boissezon -présent sur le parking avec le doyen Pétel ce soir là- de procéder à l’évacuation de l’amphi occupé, car la police avait refusé de le faire. L’un d’eux a fait partie du commando après qu’on lui ait assuré que le doyen Pétel était menacé par les grévistes. La quadragénaire a reconnu avoir eu recours à ce commando, mais qu’elle avait demandé de ne pas user de violences.

Elle a également précisé dans ses auditions, tant devant les policiers, que ce matin dans le cabinet de la juge d’instruction que cet ordre donné aux membres du commando était une initiative personnelle, assurant n’avoir jamais tenu au courant son concubin, Jean-Luc Coronel de Boissezon. Cette version pourra t-elle perdurée ? Elle apparaît comme étant fragilisée, car contradictoire aux éléments recueillis par les policiers, qui attestent que le professeur se trouvait bien sur le parking interne avant l’irruption du commando dans l’amphi.

Deux agresseurs non identifiés

Reste que selon Christophe Barret, il manque à l’appel deux agresseurs qui faisaient partie des membres encagoulés. Pour l’heure, ils ne sont toujours pas identifiés et les investigations se poursuivent après ces mises en examen sur commission rogatoire de la juge d’instruction. En revanche, d’autres individus qui étaient rassemblés sur le parking extérieur lors de l’attaque dans l’amphi, sans jamais y prendre part ont été formellement identifiés. « Ils vont être convoqués dans les jours qui viennent au commissariat central ou par la juge d’instruction pour être entendus », révèle Christophe Barret.

Il est une certitude, selon le procureur de la République de Montpellier : « Le doyen Philippe Pétel, le professeur de droit, Jean-Luc Coronel de Boissezon se trouvaient bien dans l’amphi, quand les étudiants ont été matraqués par le commando ». Question : savaient-ils ou l’ignoraient-ils que ces agresseurs encagoulés et armés avaient été recrutés par la compagne du professeur quelques heures plus tard pour une évacuation des lieux illégale, digne d’une milice ?

L’instruction s’annonce longue jusqu’au procès.

>> Notre vidéo : le procureur de Montpellier s’exprime

Le procureur de Montpellier. Photo JMA. Métropolitain.

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