Exclusif. Montpellier : gardes à vue dans l’intrusion du commando à la fac de droit

EXCLUSIF MÉTROPOLITAIN. Six mois après l’intrusion d’un commando encagoulé et armé dans un amphi de la faculté de droit, dans l’enceinte de l’Université de Montpellier, les policiers de la sûreté départementale de l’Hérault et du RAID de Montpellier ont procédé à des interpellations, suivies de perquisitions, tôt ce mardi. Au moins six personnes sont en garde à vue pour 24 heures, reconduites de 24h. Le mutisme le plus complet est observé sur ce rebondissement, mais les suspects sont des membres de groupuscules d’extrême-droite de la région.
Les policiers qui agissent sur commission rogatoire du juge d’instruction chargé de la procédure procèdent aux auditions des auteurs présumés, parmi lesquels figureraient des membres de ce commando particulièrement violent. la plupart avaient été identifiés par des étudiants, le jour même, sur des vidéos tournées lors de l’intrusion spectaculaire dans cet amphi occupé par des grévistes.
Revenons sur cette curieuse, mais médiatique affaire de violences volontaires à la faculté de droit de Montpellier, un soir de mars dernier : des étudiants sont formels depuis ces faits en assurant croiser régulièrement dans la fac de droit des agresseurs, membres du commando encagoulé et armé ayant investi l’amphi et les identifient comme étant des enseignants, alors qu’aucun d’entre-eux ne serait allé les dénoncer aux enquêteurs du commissariat central.

Le doyen Pétel accablé

Cette affaire a fait grand bruit à Montpellier. Dans un rapport de 28 pages qui accable l’ex-doyen de la faculté de droit et de sciences politiques, Philippe Pétel et un enseignant, Jean-Luc Coronel, les deux inspecteurs de l’Éducation nationale dépêchés par Paris à Montpellier, après la violente intrusion au soir du 22 mars dernier dans un amphi -neuf étudiants blessés- avaient préconisé la mise en oeuvre d’une procédure disciplinaire. Elle a été ouverte, parallèlement à une instruction judiciaire. L’ex-doyen et l’enseignant sont mis en examen depuis, laissés libres sous contrôle judiciaire. Ils ne peuvent plus exercer et n’ont pas pu faire leur rentrée, lundi 3 septembre dernier. On va peut-être savoir, à la faveur de ce coup de filet quelle est leur implication et le rôle qu’ils ont pu jouer.
Dans leur rapport remis au juge d’instriction, les inspecteurs de l’Éducation nationale évoquent les inconnus encagoulés et armés qui composaient le commando, qui ont pu pénétrer brusquement dans l’ampli, grâce à un portillon volontairement ouvert. Pour de nombreux étudiants de la faculté de droit et surtout pour deux qui étaient présents et qui ont été bastonnés aveuglément, les agresseurs sont formellement identifiés.
C’est du moins ce qu’assure le Syndicat de combat universitaire de Montpellier -SCUM-, qui a écrit avant l’été : « Le 22 mars dernier, une douzaine d’individus encagoulés et armés de lattes de bois et de tasers faisaient irruption dans l’amphithéâtre de la faculté de droit et de sciences politiques, occupé par des étudiants mobilisés contre la loi ORE. Le déferlement de violence qui a suivi, documenté dans de nombreuses photos et vidéos, a conduit plusieurs étudiants à l’hôpital. Plus de deux mois après les faits, certaines victimes sont encore affectées de syndrome post-traumatique. Dès le lendemain de cette agression milicienne, nous avons pointé la responsabilité active du doyen Philippe Pétel. En effet, ce dernier a ouvert la une porte par laquelle le commando est entré. Pire, il apparaît clairement que ce commando, composé d’hommes n’étant visiblement plus étudiants depuis plusieurs dizaines d’années, a agi en concertation avec le doyen, lorsque la police est arrivée, elle n’est pas entrée dans la faculté et n’a même pas cherché a appréhender le commando. La plupart des agresseurs encagoulés ont été identifiés de longue date par les étudiants en droit présents, et certains sont enseignants. Pour le moment un seul, qui n’était pas encagoulé, a été suspendu (NDLR : Jean-Luc Coronel). Depuis deux mois, les étudiants sauvagement agressés se trouvent contraints de côtoyer au quotidien leurs agresseurs au sein de la faculté de droit, qui dans la plus parfaite impunité continuent d’enseigner ».

La police attendait des témoignages

Ce mardi, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier écrit qu’« il se tient aux côtés des victimes et demande la suspension immédiate et la radiation de tous les membres du personnel de la faculté de droit qui ont participé aux violences du 22 mars. Nous demandons aussi que toute la lumière soit faite sur les pressions et intimidations subies par les victimes au sein de la faculté depuis la nuit du 22 mars. Nous restons vigilants sur les suites de cette affaire et réaffirmons avec force notre détermination à continuer, malgré les violences et la répression, à lutter pour notre droit à un avenir ».
Reste, et c’est particulièrement paradoxal, à l’époque et dans les semaines qui ont suivi, les policiers de la sûreté départementale de l’Hérault n’ont reçu aucun témoignage d’étudiants présents le soir de l’irruption du commando, assurant avoir identifié des enseignants de la faculté de droit parmi les agresseurs. Pourquoi ces témoins qui, de plus ont été frappés, ne se manifestent-ils pas auprès des services de police ? Ou, quand ils sont entendus, répètent ne pas avoir reconnus les auteurs ?! Ces témoignages permettraient sans doute de faire progresser les investigations. Finalement, des éléments intéressants ont été exploités durant tout l’été et ont permis de cibler des objectifs. Au moins six ont donc été interpellés.
Les policiers ont visionné les bandes des vidéos d’amateurs, où apparaît notamment une jeune femme qui est aux côtés des agresseurs, sans pour l’heure pouvoir mettre un ou des noms…
Un procureur, un juge d’instruction et des policiers qui n’ont pas cédé à certaines pressions, notamment d’avocats du barreau de Montpellier qui voulaient que tout aille vite, au risque de faire déraper l’enquête. Au contraire, le parquet, le magistrat instructeur et les policiers de la Sécurité publique ont mis le temps qu’il fallait, sans précipitation, loin des tensions pour tenter de faire éclater la vérité.

Le rapport joint à l’instruction

« Bien sûr, ni l’ex-doyen, ni M.Coronel ne vont balancer les identités des membres du commando, car, au moins l’un des deux les connaît, c’est une évidence. Du moins, en connaît la plupart. Mais, pourquoi ceux et celles qui ont reconnu ces enseignants et qui les croisent depuis deux mois, tous les jours observent cette omerta ? Vont-ils enfin se décider à parler ? », indique un responsable syndical à Métropolitain.
Durant cet été, dans la plus grande discrétion, des policiers de la sûreté départementale de l’Hérault ont mené des investigations intenses. Des centaines de PV d’enquête sont ainsi versés au dossier. On sera rapidement fixé sur les prolongements de cette opération après ce rebondissement de ce mardi qui constitue une sorte de rentrée judiciaire pour le juge d’instruction et les policiers.

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