Montpellier : le CHU bien classé, les urgences mauvais élèves

Mardi, Métropolitain a publié le témoignage choc d’un soignant, resté dans l’anonymat puisqu’il est astreint au secret professionnel, accablant pour la direction générale du CHU de Montpellier dans l’organisation des urgences sur le site de Lapeyronie. Avec un personnel à bout de souffle. Un témoignage crevant l’abcès d’une situation catastrophique dans ce service qui a été très bien accueilli par le personnel.

La direction générale répond à ce soignant, à l’heure où le magazine Le Point diffuse son traditionnel classement des meilleurs CHU et des urgences, les bons élèves et les mauvais. Si le CHU de Montpellier est à la 7ème place, ce qui est très honorable, en revanche, les urgences de Lapeyronie font partie des mauvais élèves.

Quatre mois après l’affaire Naomi Musenga, cette jeune strasbourgeoise décédée après que son appel n’a pas été pris au sérieux par le Samu de Strasbourg, le service d’urgence est à nouveau pointé du doigt.

Les bons élèves…

Le journal Le Point a en effet publié un classement des meilleurs centres d’appels des Samu de France et il constate qu’en 2016, 4,6 millions d’appels téléphoniques de patients n’ont pas obtenu de réponse des opérateurs du Samu. Ces données, fournies par la base de données de la statistique annuelle des établissements de santé (SAE), révèle que sur les 29,2 millions d’appels passés aux 101 centres, seulement 24,6 millions ont en effet réussi à avoir une personne au bout du fil.

Dans la région Occitanie, les bons élèves sont les Samu de Cahors, Foix et Mende avec 100 % des appels décrochés. Samu-Urgences de France recommande que 99 % des appels soient pris par les assistants de régulation médicale (ARM). Les Samu d’Albi (98,37 %), d’Auch (97,36 %), de Carcassonne (96,92 %), de Montauban (91,79 %), de Tarbes (90,15 %), de Toulouse (88,37 %) et de Rodez (87,49 %), qui arrivent après, se situent au-dessus de la moyenne (84 %).

…Et les moins bons

Les mauvais élèves qui sont bien en dessous de la moyenne sont les Samu du CHU Lapeyronie de Montpellier (82,21 %), de Nîmes (81,26 %) et de Perpignan avec seulement 57,49 % des appels décrochés. dans l’Hérault, les appels au Samu 34 aboutissent et sont traités à la plateforme commune Sdis 34 et Centre 15 au centre départemental des appels d’urgence -CDAU- à Vailhauquès.

Le Point diffuse également le palmarès des 50 meilleurs hôpitaux de France. C’est le CHU de Toulouse qui arrive en tête devant Bordeaux et Lille. Montpellier se classe 7ème, gagnant quatre place en un an dans ce classement. Dans un tweet, le président du conseil d’administration du CHU, Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de la métropole salue cette excellente place dans ce Top 50 et félicite le directeur général, Thomas Le Ludec.

Témoignage d’un soignant : le CHU de Montpellier répond

La direction générale du CHU de Montpellier réagit au témoignage choc de ce soignant, publié ici.

Le site e-métropolitain a publié mardi 21 août un article intitulé « SOS : pronostic vital engagé pour les urgences du CHU de Montpellier ».  L’article relaie ainsi, quasiment in extenso, le « témoignage » qui a été adressé au journaliste par un soignant du service des urgences du CHU de Montpellier. Ce témoignage, présenté comme édifiant et particulièrement à charge, dénonce les conditions de travail des personnels et les conditions de prise en charge des patients au sein de ce service. Ce témoignage à charge omet de larges pans de la vérité sur la situation décrite :

En premier lieu, nous ne pouvons que confirmer la croissance de l’activité constatée au sein des services d’urgences du CHU, qu’il s’agisse d’ailleurs des sites de Lapeyronie (adultes et enfants) ou de Gui de Chauliac (tête et cou). Au total, au cours de l’année 2017, plus de 120’000 patients ont été reçus dans les différents services d’urgences du CHU, soit plus de 330 par jour. Ce nombre est en croissance de près de 4% par rapport à l’an dernier. Sans qu’il ne nous appartienne d’en commenter les raisons, notamment autour des difficultés d’accès aux soins d’une population fragile et comptant sur le service public, cette croissance, constante depuis 10 ans, nécessite de réinterroger certains circuits et les moyens dédiés à ces patients.
Dans ce contexte,trois rencontres ont été organisées par la direction générale du CHU, en présence des équipes et des organisations syndicales qui les représentent..À cette occasion, de nombreux axes de travail ont été étudiés, afin d’améliorer le fonctionnement des urgences de l’hôpital Lapeyronie, dans un environnement contraint. Par exemple, une réflexion est en cours, avec l’aide de la direction des travaux du CHU, pour étudier toutes les possibilités d’agrandissement du service, en attendant la construction d’un nouveau service des urgences, programmée dans plusieurs années. L’étude en cours, qui sera finalisée d’ici la fin de l’année, vise à permettre une extension de plusieurs centaines de mètres carrés autour du service actuel.
Suite à ces rencontres,une vingtaine de postes ont été créés par le CHU au sein des urgences :
– 6 postes d’infirmiers, afin de mieux organiser l’accueil et l’orientation des patients à leur arrivée aux urgences, ainsi que leur surveillance en salle d’attente ;
– 2 autres postes d’infirmiers et prochainement plusieurs postes d’aides-soignants au sein de la « filière courte », visant à réduire le temps de passage des patients les moins graves ;
– Plus de 4 postes de brancardiers, afin de permettre une meilleure fluidité des parcours, une sortie plus rapide des patients vers l’imagerie ou les services d’hospitalisation, sans contraindre les aides-soignants à quitter le service ;
– 3 postes de secrétaires médicales, pour mieux organiser les conditions administratives d’accueil et la sortie des patients, ainsi que la programmation des rendez-vous nécessaires en aval.
En complément de ces postes créés, qui sont en cours d’être pourvus, près de20 mensualités d’été ont été confiées aux urgences, en renfort pour la période estivale, permettant aux équipes de poser des congés, et de combler certaines absences inopinées, dans une période où la fréquentation est traditionnellement plus importante – encore davantage en période de canicule comme cet été. Il est donc totalement faux d’affirmer que la croissance d’activité du service se fait à moyens constants.
En ce qui concerne le temps de travail des médecins : en effet, plusieurs postes de médecins sont vacants.Cette difficulté est nationale, le nombre de médecins urgentistes qualifiés disponibles étant insuffisant pour couvrir tous les besoins des services d’urgences. Face à cette situation il est vrai que les médecins du service sont sollicités pour travailler davantage, en fonction de leur disponibilité. Néanmoins, il convient de souligner que les médecins urgentistes bénéficient d’un temps de travail réglementairement fixé à 39 heures par semaine au contact du patient. En conséquence,tout le temps complémentaire passé au travail est rémunéré en « temps de travail additionnel »,équivalent d’heures supplémentaires.
En outre, le CHU réfute la perception qui est donnée, dans ce « témoignage », desmissions et des comportements de l’encadrement soignant et des responsables du pôle. Exerçant une fonction difficile, à l’articulation entre les équipes, les patients et la direction, les cadres et cadres supérieurs de santé se mobilisent sans compter pour assurer le meilleur fonctionnement du service, dont la plénitude des plannings n’est qu’une infime partie.
Enfin,le CHU condamne de manière constante et avec la plus grande fermeté les situations de violence et d’incivilitésconstatées de manière régulière au sein de ces services. Il accompagne systématiquement les agents qui en sont victimes par des procédures judiciaires. Deux agents de sécurité sont effectivement présents, 24h/24 au sein du service. Le retour d’un maître-chien est à l’étude, de même que les réflexions sur les locaux intègreront une plus grande sécurisation du service. Le CHU, aux urgences comme ailleurs, doit impérativement demeurer un lieu préservé de la violence afin de permettre aux personnels de se consacrer exclusivement à la prise en charge des patients.
La direction générale et les responsables du pôle des urgences sont ainsi parfaitement conscients des difficultés et se mobilisent, au quotidien, auprès des équipes, pour tenter d’améliorer la situation.
Dans sa grande majorité, le personnel du CHU de Montpellier, et pas que ceux en poste aux urgences de Lapeyronie se félicitent que ce courageux soignant ait brisé l’omerta.

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