Tribunal d’instance de Sète : un « capitaine » inattendu nommé Christophe Barret

Un stage d’alternative aux poursuites à la sécurité nautique a été organisé la semaine dernière au tribunal d’instance de Sète pour six prévenus épinglés en mer, lors de contrôles au large de la ville et sur l’étang de Thau. Métropolitain était présent pour cette audience particulière. À la barre, un « capitaine » au long cours inattendu nommé Christophe Barret, le procureur de la République de Montpellier.

Cinq propriétaires de bateaux ont répondu présent à ce rendez-vous de sensibilisation, lors de cette audience dirigée par Christophe Barret, le procureur de la République de Montpellier, assisté d’un gendarme de la brigade maritime de Sète et d’un gradé des Affaires maritimes rattaché à la direction départementale des territoires et de la mer, la DDTM.

Le procureur annonce, d’emblée une bonne nouvelle : « Vous êtes ici parce que vous étiez en infraction en mer, notamment parce que vos extincteurs à bord étaient périmés. On vous a peut-être évités une catastrophe. Mais, au vu des procédures, j’ai décidé de classer vos dossiers sans suite, il n’y aura aucune poursuite judiciaire. J’espère que vous avez compris que vous vous tirez à bon compte ».

Message capté 5 sur 5

Message capté 5 sur 5 : les prévenus âgés de 35 à 70 ans apprécient la position du procureur. Et ils suivent en citoyens attentionnés ce stage sous forme de projection d’informations préventives pratiques et instructives, avec le rappel de consignes élémentaires. Ils ont même posé des questions, ce qui a installé un rapport convivial. Ces prévenus n’ont pas du tout le profil des chauffards de la mer, que les baigneurs ont trop souvent l’occasion de croiser dans la bande des 300 mètres. Dans le passé, il y a eu des accidents graves sur les côtes d’ici et sur l’étang de Thau et les autorités judiciaires redoublent de vigilance, agissant entre prévention et répression.

En pédagogue avisé, Christophe Barret explique la démarche du parquet de Montpellier, compétent sur un large tronçon du littoral héraultais : « Au parquet de Montpellier, nous gérons aussi les contraventions en mer, en fait, on s’occupe de tout, on traite également les questions de sécurité en mer, comme on le fait pour les deux-roues sur les routes et pour le respect des distances de sécurité sur les autoroutes. Il faut respecter les messages de prévention pour vous et pour autrui. Ma démarche s’inscrit dans un souci collectif préventif. Lorsque les procédures sont transmises au parquet, nous regardons les antécédents des pilotes des bateaux. Quand les infractions ne sont pas graves et que les auteurs n’ont jamais été condamnés dans le passé, je classe les PV avec un stage d’alternative aux poursuites. Quand j’estime qu’on peut trouver une réponse aux condamnations, y a un rappel à la loi ou un classement sous condition, comme aujourd’hui ».

Une machine judiciaire permanente

Le procureur livre des chiffres éloquents sur l’activité annuelle du parquet de Montpellier, une machine judiciaire permanente qui fonctionne, en effet 24h sur 24, 365 jours par an : « Nous recevons ente 80’000 et 85’000 procès-verbaux par an, moins de 20’000 seulement permettent d’engager des poursuites comme crimes, délits et contraventions, car les auteurs présumés sont identifiés. Nombreux se retrouvent en détention provisoire, il est faux d’entendre dire et de dire que la police et la gendarmerie arrêtent des suspects, mais que la justice ne suit pas, ils sont relâchés. C’est faux. D’ailleurs, les statistiques me donnent raison : il y a actuellement dans les prisons françaises plus de 70’000 détenus ».

300 interventions dans l’Hérault

La discussion revient sur l’organisation de cette audience avec l’intense activité toute l’année, mais surtout en saison estivale des services de secours qui ne chôment pas. Les opérations de sauvetage sont supervisées par le Cross Med basé à La Garde, près de Toulon, dans le Var qui a compétence de la frontière italienne à la frontière espagnole et sur l’étang de Thau, ici. Sur les 3 000 interventions l’année dernière, 300 ont eu lieu dans l’Hérault, où quatre décès ont été dénombrés, sur les 30 dans la zone régionale. 7 400 plaisanciers et baigneurs ont été secourus, avec souvent l’engagement des moyens aériens et des bénévoles de la SNSM.

En 2017, en dehors des accidents, le Cross Med a géré en 2017, des centaines d’avaries -panne d’essence-, mais également 281 échouements, dont 314 dans l’Hérault. 60 Voies d’eau chavirante et démâtage, 9 morts en baignade, 132 accidents de plongées avec 7 morts. Réflexion du procureur : « 314 interventions en 2017 dans l’Hérault, c’est quasiment une par jour ».

Fautes humaines

Selon la gendarmerie maritime et la DDTM, les causes sont des fautes humaines, des compétences techniques approximatives, des mouillages difficiles sur des fonds non appropriés, des difficultés de manœuvres pour rentrer les navires dans les ports, de mauvais repérages en mer et même sur l’étang de Thau, à la tombée de la nuit. Les marins paniquent. Des personnes égarées et recherchées sont souvent incapables de donner leur position exacte. L’année dernière, l’un d’eux que les secours ne parvenaient pas à localiser est mort noyé, dans le canal de Frontignan.

Christophe Barret est ferme en s’adressant aux prévenus, tous titulaires du permis bateau : « Il faut avoir des fusées de détresse qui fonctionnent, pas celles qui vont faire pschitt quand vous devrez en avoir besoin et des extincteurs en parfait état, tout comme la batterie. Évitez qu’elle ne se retrouve à plat en mer. Il faut s’en assurer à chaque départ du bateau, comme il faut faire le plein d’essence et avoir les gilets de sauvetage à disposition, pas dans des caissons verrouillés remisés au fond de la cale, comme nous le voyons lors de contrôles. Il convient également de bien analyser et interpréter le risque météorologique. Souvent, des capitaines de navires sont surpris par la levée brusque de vents forts. il faut bien préparer sa navigation. Ce sont des réflexes qui doivent être automatiques ».

Canal 16 et le 196

Le procureur de la République rappelle qu’en mer, il y a désormais deux moyens pour lancer un SOS en cas de détresse : le canal 16 de la VHF, incontournable et le numéro d’alerte via le 196 sur un téléphone portable, ce qu’ignorait d’ailleurs un des prévenus, le plus jeune de tous. La VHF marche toujours, donc le canal 16 est une priorité absolue, le téléphone mobile, c’est moins sûr. Il y a au large des secteurs, où comme sur terre, les réseaux de téléphonie ne passent pas,

Le gendarme et l’officier des Affaires maritimes soulignent qu’en cas de détresse signalée, outre les secours qui sont activés, tous les navires sur zone doivent intervenir, d’autres peuvent se dérouter. Ils insistent sur un point : en cas d’avarie grave, le capitaine ou les marins doivent rester à bord et la signaler au Cross Med : « L’année dernière, au large de Sète, un marin a plongé en mer, sous son bateau, pour réparer une panne, au lieu d’appeler par la VHF. Il est mort noyé ».

Vols récurrents dans les bateaux

Christophe Barret prévient : « Il ne faut pas mettre en danger les sauveteurs, même si c’est leur mission. Car, vous les exposez dangereusement lors d’opérations dangereuses, notamment la nuit ». Et livre cette information : « Depuis 2006, le législateur a mis en avant la responsabilité du capitaine, il faut donc un minimum de matériel dans la zone des deux miles de la bande côtière. Le matériel obligatoire depuis 2006 est moins important et donc moins cher ».

De coût, il en est question à la fin des échanges très constructifs. Un des marins sétois épinglés évoque une réalité, « qui devient ingérable et insupportable, les vols dans les bateaux qui sont récurrents, avec de gros préjudices ». Il raconte : « On ne peut plus rien laisser dans nos navires, ils fracturent les accès, brisent les cadenas et ils crèvent les bâches que nous installons. Tous les soirs, j’enlève tous les accessoires prisés de ces rats des ports, comme les extincteurs pour les ramener le matin, c’est usant ». Le phénomène nouveau, ce sont des SDF qui squattent les navires dans les ports du littoral languedocien. Les marins doivent faire face également à des gangs spécialisés en tenue de plongée qui dérobent les moteurs. Ils agissent sur commande.

Le « capitaine » Christophe Barret le sait fort bien, puisqu’il traite les plaintes au parquet et Il est bien conscient que cette situation est préjudiciable aux propriétaires de navires. Des enquêtes sont diligentées, bien entendu. Le magistrat suit l’évolution des investigations, souvent difficiles faute de flagrant délit. Le procureur de la République de Montpellier n’est pas du genre à se laisser mener en bateau.

Un « capitaine » inattendu au tribunal d’instance de Sète, le procureur de la République de Montpellier, Christophe Barret. Photo JMA. Métropolitain.
Le procureur entouré d’un gendarme de la brigade maritime et d’un officier des Affaires maritimes, face aux cinq maris prévenus. Photo JMA. Métropolitain.

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