Interview. Laurent Nicollin : un nouveau stade à atteindre

Après avoir décroché et célébré un deuxième titre mondial en Russie, la France du football se prépare à vivre une nouvelle saison passionnante. À quelques jours de la reprise de la Ligue 1, Laurent Nicollin, président du MHSC, a partagé un repas avec nous afin de balayer différentes actualités et réaffirmer sa volonté de faire grandir le club.

La France championne du monde, votre réaction ?

C’est une belle chose. Tout le monde l’attendait, sauf les journalistes qui avaient critiqué l’entraîneur. Mais cela fait partie du football, maintenant, que de critiquer avant d’attendre que les choses se déroulent. Ce qui est important pour moi, c’est que ce titre montre que le football est le sport numéro un en France et dans le monde. Les autres sports peuvent faire ce qu’ils veulent, il n’y aura jamais autant d’engouement que pour le football.

D’autant que cela dépasse le cadre sportif ?

Je ne pense pas. Tout le monde a joué une fois dans sa vie au football. Même si cela n’aura duré que 48h, cela aura uni tout le monde à travers un ballon de football et autour du drapeau bleu-blanc-rouge. L’important est là pour moi. Il y en a qui diront toujours que cela ne durera pas, mais on s’en fout. Au moins, le football aura contribué à réunir les gens et à les rendre heureux. Ce que beaucoup d’hommes politiques ou d’autres grincheux n’arrivent pas à faire. Ils devraient un peu s’inspirer de ça…Mais ils n’y arriveront jamais.

Surtout qu’ils sont moins bons avec un ballon…

Certainement. Même s’il y en a qui ne sont pas mauvais balle au pied, comme notre maire. Il y a des choses qui arrivent sans que l’on sache pourquoi, cela ne s’explique pas. Il y avait un mouvement qui faisait que tout le monde suivait l’équipe de France, que l’on n’aime ou pas le football, et c’est beau.

Est-ce que ce titre peut avoir des retombées quelconques pour le club ?

Je ne sais pas. Et ce n’est pas le but. Cela aura au moins montré que les gens aiment le football. Si certains veulent venir voir des matchs à la Mosson et poursuivre l’engouement, ce sera avec plaisir. Après, c’était l’équipe de France, donc c’est totalement autre chose. Pour l’instant, sans savoir si cela vient de là, on a plus d’abonnés que l’année dernière.

Olivier Giroud a montré son attachement pour le club et votre père. J’imagine que cela a dû vous faire plaisir ?

Cela montre qu’Olivier a passé deux belles saisons chez nous et qu’il a gardé des liens affectifs avec le club et la ville. De temps en temps, on s’appelle. J’étais allé le voir avec mes enfants à Arsenal. Son geste d’offrir son maillot de la finale pour le musée est très sympa. On le prend avec plaisir. Cela montre que l’on sait garder des liens avec nos anciens joueurs et c’est important.

Ce musée justement, peut devenir un des plus importants de la région. Comment l’imaginez-vous ?

J’espère de France et pas simplement de la région. Mais d’abord qu’il soit construit et on verra le jour de l’inauguration. On fera notre musée à nous, à l’image de ce qu’était Louis Nicollin.

Vous avez présenté le futur stade récemment et on a l’impression que l’aspect sportif de l’équipement est presque anecdotique.

On va dire que le stade s’assemble avec tout ce qui va être mis autour. Ce n’est pas juste « on fait un stade et puis on met des choses après ». On a pris le problème à l’envers.

Est-ce que cela va amener le club dans une nouvelle dimension ?

Déjà, cela va nous amener à essayer d’être dans la même dimension que Nice, Lille, Bordeaux… où sont les six meilleurs clubs français. Je ne sais pas si on ira plus haut, mais déjà que l’on rattrape notre retard sur ces clubs là. À partir de là, selon le taux de remplissage et d’autres paramètres, on saura si on peut jouer autre chose.

Est-ce que les supporters ont été rassurés par le projet ?

Je ne sais pas. Vous voulez les rassurer à propos de quoi ?

À propos de l’attachement qu’il peut y avoir au stade de la Mosson, à la Paillade. Aussi au fait que, désormais, le MHSC jouera dans un équipement qui ne lui sera pas uniquement dédié. Cela peut en dérouter certains qui sont plus attachés aux valeurs sportives qu’aux réalités économiques.

D’abord, tout le monde au club est attaché au stade de la Mosson et à la Paillade. Ensuite, sur les valeurs, je ne vois pas pourquoi en changeant d’endroit, on les perdrait. Quand tu grandis en vivant dans un taudis, que tu travailles et que vingt après tu t’achètes une maison, tu les as perdu tes valeurs ? Pourquoi on perdrait nos valeurs alors que tous les gens lambda ne les perdraient pas ? On fait les choses que l’on estime devoir faire pour s’adapter au football moderne. Après, c’est une autre option, on peut rester à la Paillade, être un club normal et vogue la galère. Mais que l’on ne vienne pas me casser les couilles, après, si l’on ne joue pas de coupe d’Europe parce que je n’ai pas investi. On ne peut pas d’un côté garder un système où il n’y a pas d’argent et, de l’autre, critiquer parce qu’il n’y a pas de résultats. Tout est une question de dosage et de savoir faire les choses au bon moment. Avec ce projet, on pense franchir un pallier. J’espère avoir plus d’argent pour pouvoir conserver mes joueurs et en recruter d’autres qui permettront à mon équipe d’obtenir de meilleurs résultats. Je ne le garantis pas.

Ce n’est pas moi qui joue, je ne suis pas entraîneur non plus. Je suis dirigeant. Je dois avoir une vision structurée.

Ce n’est pas moi qui joue, je ne suis pas entraîneur non plus. Je suis dirigeant et je dois avoir une vision structurée sur le club pour que, dans vingt ans, le Montpellier Hérault soit toujours en première division et fasse rêver les gens. Ma voie, c’est de partir sur un nouveau stade. Je peux me tromper. On peut même se casser la gueule financièrement parce que nous, à la différence d’autres personnes, on prend des risques financiers personnels avec mon frère. Et peut-être que dans cinq ans le groupe Nicollin n’existera plus parce que l’on aura investi des sous que l’on n’aura pas su rembourser. Je m’investis, je sors mon argent et mon chéquier, ce que ne font pas les autres. De toute façon, maintenant, tout est critiquable. Là, les fleurs sont blanches. Un con va passer et dire pourquoi elles ne sont pas rouges. Elles sont blanches et c’est comme ça parce que c’est celui qui les a achetées qui décide. Celui qui n’est pas content, il rachète le restaurant et met des fleurs de la couleur de son choix. Ceux qui ne sont pas contents, ils n’ont qu’à racheter le club et faire ce qu’ils veulent avec.

Ceux qui ne sont pas contents, ils n’ont qu’à racheter le club et faire ce qu’ils veulent avec.

Je ne sais pas expliquer l’inexplicable. On essaie de progresser, de grandir. On peut rester comme on est et Nîmes nous passera devant, puis Béziers et peut-être que l’on n’existera plus. C’est peut-être ce que souhaitent certaines personnes. Mais mon idée, c’est d’investir pour pérenniser le club, être encore un grand club et rester en première division en étant dans les dix premiers à chaque saison.

D’autant que l’on n’est plus dans les années 80-90. L’économie du football a beaucoup changé.

Avant, c’était simple. Quand il manquait des sous, Loulou Nicollin mettait de l’argent ou il allait voir Georges Frêche ou le Département. Si vous voulez que l’on retourne voir les collectivités… Le football est actuellement dans une nouvelle ère. Maintenant, on peut rester un club foulère de première division. C’est comme tout, si ton patron n’a pas d’argent, il ne peut pas t’employer et donc il ne peut pas se développer. À un moment, il investit, il prend des journalistes, il grandit et son journal est connu. Nous, si on veut rester dans le top 10 pendant 10 ans, il faut un nouveau stade et effectivement ramener plus d’argent. Parce que moi, financièrement, tout seul, je n’ai pas assez d’argent pour acheter un Balotelli ou un Neymar.

Il y a des joueurs qui vous font rêver aujourd’hui ?

Personne ne me fait rêver. Mon club, mon équipe et mes supporters me font rêver. Je n’ai jamais eu de poster dans ma chambre..; ou peut-être d’Amoros parce que j’étais arrière droit et que je l’aimais bien. Mais je n’ai jamais été fan ou demandé d’autographe de ma vie. Après pour mon club, même si j’aimerais avoir les meilleurs joueurs possibles, j’essaie d’avoir les meilleurs à mon niveau financier.

En tant que président, est-ce que vous intervenez sur le plan sportif ?

J’échange avec mon entraîneur, avec Bruno Carotti et avec Michel Mézy. On discute et après ce sont eux qui prennent les décisions sportives car ce sont eux les techniciens, ceux qui aiguillent. Je n’interviens pas dans le système du coach. J’échange avec lui, que les choses me plaisent ou ne me plaisent pas.

Quels sont les objectifs que vous avez donnés à Francis de Taddéo pour le centre de formation ?

De tout recadrer et de sortir des jeunes, tout simplement.

Cet été, vous êtes allé à Douala, au Cameroun, pour inaugurer un projet mené par Henri Bédimo. Vous pouvez nous en parler ?

On veut créer un mini centre de formation et une académie au Cameroun, car c’est un pays de football comme le Sénégal. Et pourquoi pas sortir d’ici 3 à 5 ans, un jeune Camerounais qui puisse jouer à Montpellier ou ailleurs. Mais surtout leur apporter, au niveau scolaire et éducatif, des choses qui leur manquent au quotidien. C’est un double projet footballistique et socio-éducatif pour que les gamins aillent à l’école, soient logés et nourris, ce qui n’est peut-être pas le cas pour eux tous les jours. On veut qu’ils aient des diplômes comme ça, s’ils ne réussissent pas au football, ils auront un bagage pour aider au développement du Cameroun.

Suite à ce projet, le président de l’OM a eu une réaction étonnante à l’encontre du joueur (ndlr : l’utilisant comme motif de licenciement). Vous avez échangé avec lui ?

Non. Moi je ne gère pas un grand club donc je n’en sais rien. Il faut lui poser la question à lui. Quand je le verrai, je lui demanderai. Et encore…

C’est le genre de réaction que vous ne pourriez pas avoir ?

Licencier un joueur parce qu’il fait un partenariat avec un ancien club, non. Il y a beaucoup de joueurs africains qui le font. Chez nous, Souleymane Camara, avec 4-5 joueurs, a une académie au Sénégal.

Les féminines ont réalisé un beau parcours en Ligue des champions la saison dernière, mais la concurrence est rude avec Lyon et Paris. Comment réussir à rester dans la course ?

En conservant notre équipe, en recrutant des nouvelles joueuses de niveau international et, petit à petit, en essayant de se rapprocher de Lyon. Cela fait trois ans que l’on fait jeu égal avec Paris. Un coup c’est nous, un coup c’est elles. Il faut essayer de récupérer notre deuxième place et, un jour ou l’autre, on va bien réussir à dépasser Lyon. On part de loin mais on va essayer.

La différence financière est énorme entre les clubs (…) À Lyon, ce sont des salaires quatre à cinq fois supérieurs à chez nous.

Vous partez de loin…

Si, si on part de loin. La différence financière est énorme entre les clubs. C’est encore plus marquant au football féminin. À Lyon, ce sont des salaires quatre à cinq fois supérieurs à chez nous. À un moment donné, quand tu as une jeune joueuse talentueuse, mais qui n’est pas dans notre état d’esprit, elle va aller à Lyon où elle sera beaucoup mieux payée.

Concernant les garçons, comment vous sentez la saison ?

Pour l’instant, je ne sens rien. On verra ça après deux-trois matchs. Et même, une saison est tellement longue. Tu peux être dans les derniers au mois de novembre et finir, devant nous, à la 7e place comme l’a fait Saint-Étienne. Pour l’instant, on part sur les mêmes bases que la saison dernière. On a conservé la même ossature avec deux-trois renforts. Il n’y a pas de raison pour que cela ne se passe pas bien.

Sur quel sentiment êtes-vous resté la saison dernière ?

Un peu de frustration, car je pense que l’on aurait mérité de terminer dans les 6-7 premiers. On est 10e et, si chaque année, on finit dans les dix premiers, cela me va très bien. C’était toujours mieux que les saisons précédentes, mais on espère toujours jouer un peu mieux.

Cette période de mercato vous la vivez comment ? Ce n’est pas un peu long ?

C’est sympa. Chaque année elle est trop longue, c’est comme ça. Le tout est d’arriver à avoir les joueurs que l’on veut et faire partir ceux que l’on ne veut plus. Quand on y arrive, on est content.

Lors de la conférence de presse de rentrée du club vous avez dit que ce n’était pas encore le moment de parler de Nîmes. Quand le calendrier est sorti vous avez toute de même regardé avec attention ?

Même si on ne la regarde pas, les gens nous précisent le derby. Donc on sait qu’il est fin septembre et début février.

Mais, c’est très attendu…

Bien sûr, c’est attendu. Je rêve d’un championnat où il y aurait Sète, Alès, Béziers et Nîmes, comme dans les années 80, quand on bataillait en Ligue 2 pour aller plus haut. Honnêtement, je préfère avec grand plaisir aller dans ces villes que, sans être péjoratif, monter dans le Nord ou dans l’Est de la France. Si Nîmes est là, c’est qu’ils ont bossé pour, qu’ils le méritent et je les en félicite. Il y aura deux derbies cette saison et peut-être encore deux l’année d’après. Tant qu’on les fait en Ligue 1.

>> Reprise de la Ligue 1, samedi 11 août à 20h au stade de la Mosson avec MHSC – Dijon.

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