Urgences : deux applications et des SMS pour sauver des vies

Les crises cardiaques sont une des premières causes de mortalité en France. Médecin urgentiste au Samu de Paris (APHP), Lionel Lamhaut a développé l’application Sauv Life qui permet de mobiliser des sauveteurs avant l’intervention des secours. Récemment, à Perpignan, un homme a été sauvé grâce à cette appli. Elle aurait été très utile ce week-end, sur les plages et dans des piscines privées de l’Hérault où des baigneurs, dont de jeunes enfants et un bébé victimes de noyades.

Gagner de précieuses minutes et sauver des vies, c’est possible, estime Lionel Lamhaut, médecin urgentiste au Samu de Paris (APHP). Dans le cadre d’une association à but non lucratif, il vient de lancer Sauv Life. Cette application gratuite vise à mobiliser des sauveteurs en temps réel pour faire les premiers gestes d’urgence mais aussi trouver un défibrillateur à proximité en cas de crise cardiaque.

Une des premières causes de mortalité

Chaque année, 50’000 personnes sont victimes d’un arrêt cardiaque. Le taux de survie est faible, rappelle Lionel Lamhaut, 5 % en moyenne. Un pourcentage qui se situe dans la moyenne des pays développés. Mais il n’y a pas de fatalité. À Las Vegas, la présence de gardiens mais aussi de caméras dans les rues et les casinos a montré qu’on pouvait avoir un taux de survie qui pouvait aller jusqu’à 74 % avec une intervention dans les trois minutes. « Cela montre qu’en améliorant la chaîne des secours, on pourrait sauver de nombreuses vies. », relève t-il.

Simple comme un sms

Après un appel d’urgence passé au 18, 15, 112 ou au 17, il faut 13 minutes en moyenne pour que les secours arrivent sur place. Chaque minute perdue diminue l’espérance de survie de 10 %. La solution ? Faire intervenir avant les secours en s’appuyant sur une communauté bénévole qui a téléchargé l’application Sauv Life.

Pendant plusieurs mois, le médecin du Samu de Paris a travaillé au développement de cette application avec le soutien d’un ingénieur de la plateforme de taxis Uber. Le principe est simple. Dès que le Samu reçoit un appel signalant une crise cardiaque, il géolocalise ceux qui ont téléchargé Sauv Life et leur envoie une alerte SMS.

Quatre personnes au maximum sont retenues. Celles qui ne le sont pas immédiatement informées. L’appli a aussi vocation à connaître la position de tous les défibrillateurs disponibles à proximité de l’intervention. Le médecin coordinateur peut ainsi répartir le travail en direct.

On ne s’improvise pas sauveteur. On peut pourtant intervenir : « Le médecin du Samu donne en direct par téléphone tous les conseils pour faire les gestes de premier secours. » souligne Lionel Lamhaut. Testée à Lille, l’appli Sauv Life va être progressivement déployée dans toutes les villes de France. Elle est opérationnelle à Perpignan. « Nous nous donnons six mois pour arriver à une couverture nationale. » révèle l’urgentiste. Cette appli est très utile en cas d’attentat.

« Permis de sauver » des pompiers

Le Samu 69 -région lyonnaise- séduit par l’idée, devrait être le premier à expérimenter dans les prochaines semaines Permis de Sauver. Cette application gratuite a été lancée le 15 février sur smartphone par deux sapeurs-pompiers du Rhône, convaincus de pouvoir améliorer la chaîne des secours et de sauver plus de vies. À ce jour, l’appli a déjà été téléchargée plus de 7 000 fois.

« Nous avons eu cette idée un jour où, avec mon associé, pompier également, nous déjeunions au restaurant rue Mercière à Lyon. En sortant, nous sommes tombés sur des collègues qui achevaient une intervention. Ils nous ont expliqué qu’ils n’avaient pas réussi à réanimer une dame qui venait de s’étouffer dans un restaurant situé en face de celui où nous nous trouvions », explique Ganème Asloune, président de la société Permis de sauver.

« Si nous avions été au courant, nous aurions pu faire les premiers gestes avant l’arrivée des secours », ajoute-t-il.

Géolocalisation

C’était en 2015. Trois ans plus tard et après de nombreux efforts pour concrétiser leur idée, les deux hommes du feu ont créé cette application destinée à géolocaliser les personnes diplômées d’un brevet de secourisme afin de les intégrer à la chaîne des secours traditionnels. Le grand public, formé aux gestes de secourisme, mais également les professionnels (de santé, pompiers…) sont donc intervenus.

« Grâce à cet outil de géolocalisation, les secours, lorsqu’ils seront appelés pour venir en aide à une victime, alerteront les professionnels, pompiers, équipes du SAMU, et préviendront aussi le secouriste, référencé sur l’appli, situé au plus près de la victime. Celui-ci pourra prodiguer les gestes de premiers secours jusqu’à l’arrivée des professionnels », détaille Ganème Asloune de cette startup.
L’idée est évidemment d’améliorer le temps de prise en charge des victimes pour augmenter les chances de survie. « Une minute de perdue pour un arrêt cardiaque, par exemple, c’est 10% de chance de survie en moins », certifie le président de cette startup, dont le PDG est Mehdi Boudjema. Pour eux, il est indispensable de renforcer la formation de la population.
« Le taux de personnes formées aux premiers secours en France est de 29 %, en prenant en compte les professionnels. C’est faible. Notre concept repose aussi sur un volet formation », ajoute Ganème Asloune. Chacun peut donc contacter la jeune société Permis de sauver pour obtenir, sur une journée, le diplôme de Premiers secours civiques, d’un coût de 60 euros. Des modules spécifiques sont également prévus pour les entreprises, volontaires pour former leur personnel.

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