Montpellier. Exposition Picasso : Michel Hilaire, une vie au musée

Le conservateur national du musée Fabre rêvait de Picasso. C’est fait : l’exposition « Picasso – Donner à voir » est visible à Montpellier jusqu’au 23 septembre. Structurée en 14 dates-clés de la vie de l’artiste, elle permet de (re)découvrir toute l’oeuvre du peintre et surtout son évolution. Un projet ambitieux que Michel Hilaire tenait à relever tant Picasso fascine.

La grande exposition temporaire de l’été montpelliérain est une réussite. On ne va pas vous en faire un tableau, mais le détour par le musée Fabre devient inévitable. Picasso, c’est par ici. Et n’oubliez pas le guide ! Interview.

Comment positionnez-vous l’exposition Picasso parmi les précédentes grandes expositions du musée Fabre ?

Cela fait longtemps que je voulais faire venir Picasso à Montpellier. Depuis 2007 et la réouverture du musée Fabre en fait ! (sourire). Picasso est lié au sud de la France et à notre région. Il venait souvent dans l’Hérault et le Gard voir des amis. On le voyait à la Féria de Nîmes ou à celle d’Arles. À Montpellier, nous sommes au centre de la géographie picassienne avec Barcelone d’un côté et la Côte d’Azur, où il résidait, de l’autre… Mais monter une telle expo, c’est une grosse machine. Il fallait une opportunité et, en 2015, elle s’est présentée.

Les astres se sont alignés pour faciliter sa venue ?

Oui, tout à fait ! En 2015 donc, le musée national Picasso a lancé l’année Picasso-Méditerranée, qui court sur la période 2018-2019, proposant à des villes du pourtour méditerranéen d’accueillir des œuvres de l’artiste. Soixante-dix sites, entre l’Espagne et l’Italie, ont été sélectionnés, dont Montpellier. Nous avons sauté sur l’occasion pour être choisi comme l’une des villes hôtes, mais avec un projet ambitieux : proposer une vraie exposition généraliste sur l’oeuvre de Picasso, et plus précisément sur l’évolution de son art, de sa jeunesse à sa fin.

Pourquoi le choix de ce thème plutôt qu’un focus sur une période ?

Je n’étais pas intéressé par une exposition proposant uniquement un zoom sur une période. Dès le début, j’ai voulu offrir une vision complète de l’oeuvre de ce grand artiste. Nous proposons un ensemble, et pas seulement un fragment de sa période créatrice. Nous avons réussi notre pari : nous proposons l’une des plus belles expositions de cette année Picasso-Méditerranée !

Vous avez organisé une scénographie particulière ?

Oui, cette exposition repose sur une vraie muséographie organisée autour de quatorze dates-clés importantes de la vie du peintre. Le visiteur redécouvre ainsi l’évolution de l’oeuvre picassienne au fil des ans. On se rend bien compte de l’évolution d’une œuvre en mouvement constant, et on comprend ce qui se joue, à chacune de ces périodes, sur son travail : les changements stylistiques, l’évolution des techniques, la métamorphose de son œuvre… Pour valoriser cette exposition exceptionnelle, à l’intérieur du musée, nous avons fait du sur-mesure.

Avez-vous collaboré uniquement avec le musée national Picasso ?

Non, nous avons aussi obtenu des prêts de collectionneurs privés, dont des œuvres provenant de la collection de David Nahmad. Au final, on peut voir au musée Fabre des œuvres du peintre que l’on a peu l’occasion de contempler.

Pour cet événement majeur de l’année culturelle locale, pensez-vous battre des records ?

Cette exposition, c’est beaucoup de travail et de fierté. Nous avons relevé un gros challenge ! Pour vous donner un ordre d’idée, le budget d’un tel événement représente un investissement de 1,6 M€. Je tiens à saluer l’effort de la Métropole de Montpellier qui est le premier actionnaire du musée. Nous n’avons pas d’objectifs, mais cette exposition devrait attirer à minima plus de 100 000 personnes. Le musée Fabre, régulièrement, connaît de très beaux succès pour ses expositions temporaires : Courbet a attiré 190 000 visiteurs, et Le Caravage plus de 200 000.


Au-delà de l’exposition Picasso, à quelle place se situe le musée Fabre parmi les musées français ?

(Rire) Je n’ai pas de réponse concrète à formuler mais je peux assurer que nous sommes considérés comme le musée de province le plus dynamique. Pour deux raisons : la qualité de nos expositions permanentes, qui bougent constamment ; et celles de nos expositions temporaires, qui sont de grande qualité. En fait, dans les années 2000, de nombreux musées en France, y compris à Paris, ont rouvert leurs portes après avoir été rénovés… Dans le sud, on a eu du retard par rapport à ce mouvement national.

Mais Georges Frêche a finalement mis 65 M€ dans la rénovation du musée Fabre…

Cet investissement fut à la hauteur de la vision du personnage qui a compris que les joyaux de la couronne, pour Montpellier, c’était le musée Fabre. Il fallait une rénovation majeure pour hisser cette institution parmi les grands musées français. C’est ce qu’il a fait. Et quand le musée Fabre a été rénové, nous avons pu transformer un handicap en avantage car nous avons méticuleusement étudié les résultats obtenus par les autres musées rénovés, qui avait rouvert leurs portes depuis plusieurs années, et nous avons fait un constat majeur. Après 3 ou 5 ans, l’intérêt pour ces musées commençait sérieusement à décliner. Une évidence s’est imposée à nous : le musée Fabre devait rester constamment en mouvement au risque de devenir un musée poussiéreux.

Dans ce contexte, les expositions temporaires sont devenues votre moteur…

La richesse de notre offre repose sur deux grands axes. les expositions temporaires et les permanentes que nous faisons bouger régulièrement grâce, notamment, à notre fonds d’oeuvres très riche. À cela s’ajoute le travail en réseau avec les autres musées, avec qui nous échangeons régulièrement des toiles, et notre politique d’acquisition. Nous achetons environ huit oeuvres chaque année. Au final, tout cela nous permet de réaménager régulièrement les salles, en un mot, de renouveler l’offre de façon quasi-permanente. Dans le même temps, nous proposons nos deux grandes expositions temporaires, une l’hiver et l’autre l’été, ainsi que deux autres plus petites. Pour ces grandes expos temporaires, nous visitons tous les styles, du contemporain comme avec la confrontation Francis Bacon/Bruce Nauman, mais aussi de l’art premier avec l’exposition Senufo par exemple. Tout ce travail permet de rendre le musée bien vivant.

Un musée vivant, c’est un musée qui attire du monde ?

Tout simplement. À Montpellier, notre politique se traduit par des résultats. Contrairement à ce que l’on a vu ailleurs à une époque, la notoriété du musée Fabre n’a pas baissé en 10 ans. Au contraire ! C’est une très belle réussite qui s’explique aussi par notre stratégie de médiation culturelle : nous connaissons notre population, ce qui nous permet notamment de proposer des offres adaptées à tous les publics. Nous organisons des visites pour les scolaires, pour les familles, les étudiants…

Quel bilan tirez-vous de l’exposition Bacon/Nauman qui était une première expérience d’art contemporain au sein du musée Fabre ?  

Il y a déjà eu une exposition d’art contemporain, en 2009, sur l’art vidéo, créée en collaboration avec le Centre Pompidou et qui a bien marché. Le succès plus récent de l’exposition Bacon/Nauman prouve qu’il y a une vraie place pour l’art contemporain à Montpellier. Je suis d’ailleurs très satisfait de la stratégie en faveur de l’art contemporain qui a été mise en place à Montpellier entre le futur MoCo, la Panacée et l’école des Beaux-Arts.

Le musée Fabre n’a pas vocation à accueillir l’art contemporain ?

Pas de façon permanente : nous sommes un musée, pas un centre d’art contemporain ! Mais je salue la vision de la Métropole et de Philippe Saurel qui a décidé de créer à Montpellier un grand centre d’art contemporain, le MoCo, qui pourra présenter les jeunes artistes. Cette offre en construction et celle du musée Fabre seront parfaitement complémentaires. Au final, peu de villes en France pourront présenter une offre aussi complète. Sans oublier que les grands équipements dédiés à l’art, le musée Fabre, le MOCO, la Panacée, le Carré Sainte-Anne sont tous en centre-ville dans le secteur sauvegardé. C’est aussi un atout considérable !

Vous avez évoqué le Carré Sainte-Anne. En plus de la direction du musée Fabre, on vous annonce aussi à la programmation du site à sa réouverture. Quelle direction allez-vous lui donner ?

Pour l’heure, il faut rénover le site et le mettre en sécurité. Difficile de donner une date de réouverture : 2019, 2020 ? On en saura plus bientôt. Mais ce qui ne changera pas, c’est la particularité architecturale de cette salle d’exposition de 600 m² rythmée par des piliers, avec un plafond très haut, des alcôves, des ogives… Ce site, de fait, doit continuer à s’adresser aux artistes vivants capables de s’adapter à ce décor atypique pour une salle d’exposition. Le pari, c’est de permettre à un artiste d’investir ce lieu en créant une exposition quasiment sur-mesure. Cela a déjà été fait, avec succès, et je compte accentuer ce mouvement.

Puisqu’on évoque les autres sites, comment va se situer le musée Fabre par rapport au MoCo ?

Je confirme très clairement que le musée et le centre d’art contemporain seront complémentaires. Ces deux moteurs feront vivre l’offre culturelle locale, chacun dans sa spécialité, et pourront se retrouver sur des sites comme le Carré Sainte-Anne ou La Panacée. Il n’y aura pas de concurrence entre nous. La concurrence, ce sera entre Montpellier, avec son offre riche et complète, et les autres villes.

Quel rôle tient le mécénat au sein du musée Fabre ?

Un rôle capital. Nous avons créé une fondation présidée par Max Ponseillé, le patron du groupe régional OC Santé, qui nous permet d’acheter des œuvres. Nous avons aujourd’hui vingt-huit membres, qui cotisent à hauteur de 10 000 € par an. Notre ambition est d’arriver à 30, on y est presque (rire). Nous avons un autre mécénat, avec BNP Paribas pour la restauration des œuvres. D’ailleurs, l’exposition Secrets des Oeuvres d’Art sur la rénovation des œuvres est encore visible jusqu’au 2 septembre. Et pour l’exposition Picasso, nous avons reçu le soutien de banque Dupuy de Parseval. Je précise qu’avec huit œuvres achetées par an, nous avons l’une des politiques d’acquisition la plus dynamique de France !

Le conservateur du musée Fabre va-t-il rester à Montpellier ?

Je suis très bien à Montpellier qui est actuellement la ville, hors-Paris, bougeant le plus autour de l’art. Il se prépare ici de grandes choses et Philippe Saurel a très bien compris lui-aussi, comme Georges Frêche jadis, que les joyaux de la couronne, ici, c’est le musée Fabre. Donc, je reste. Mais ce n’est pas un secret. Je suis Conservateur national, je dépends de l’État et du Ministère de la Culture, et j’ai candidaté il y a quelques temps quand le musée du Louvre cherchait un Conservateur national.

Mais le gouvernement Hollande avait tranché pour une solution, disons, plus « politique ».

(Rire) Je ne commenterai pas cette décision. Mais si je quitte un jour Montpellier, ce sera pour le Louvre. Parce que le Louvre, c’est … (il cherche ses mots). C’est quelque chose de féérique ! Mais je suis vraiment fier de ce que nous avons créé à Montpellier et je tiens à saluer au passage le travail de mon équipe. Le musée Fabre est sans doute le musée de province le plus dynamique en France.

Quelle(s) surprise(s) nous réservent Michel Hilaire et son musée Fabre en 2019 ?

Je peux déjà vous dévoiler l’un de nos grands projets : une grande exposition temporaire organisée sur un thème audacieux. Le tableau La Rencontre de Gustave Courbet, qui est l’une des pièces-maîtresse du musée, en sera l’élément central.

>> Pratique : musée Fabre, boulevard Bonne Nouvelle, Montpellier. Exposition Picasso – donner à voir jusqu’au 23 septembre. Renseignements et billetterie sur museefabre.montpellier3m.fr.

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