Éric Florès : le patron des pompiers de l’Hérault au rapport

Promu chevalier de la Légion d’honneur et nommé au grade de contrôleur général la semaine dernière, Éric Florès est le patron des sapeurs-pompiers de l’Hérault. Depuis un an, il est à la tête des 4 000 femmes et hommes du Service départemental d’incendie et de secours -Sdis 34- qui assurent notre sécurité, jour et nuit, sans répit et parfois même, jusqu’à y laisser leur vie. Fils de gendarme, rien ne le destinait à devenir sapeur-pompier. Pourtant, après des études supérieures en économie, en finances et Ressources Humaines, entre les Universités de Montpellier et de Versailles, il mène une brillante carrière chez les soldats du feu. Portrait.

Éric Florès, votre carrière semblait toute tracée. Pourtant, vous avez failli finir banquier ! Pouvez-vous nous expliquer cela ?
(sourire) J’ai commencé, à 18 ans, en tant que pompier volontaire à la caserne de l’ancienne Paillade, puis à Montaubérou (Millénaire, Montpellier). L’expérience m’a vraiment plu. Et en parallèle, je poursuivais mes études. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Je dois avouer que je n’avais jamais rêvé d’être gendarme ou pompier. Les études que j’ai suivies étaient parfaites pour devenir banquier. J’ai même fait un stage de plusieurs mois dans une banque à Paris ! Mais l’année de mon DESS -diplôme d’études supérieures spécialisées, remplacé par le master-, mon père est décédé. À ce moment-là, ses collègues gendarmes ont fait en sorte que j’effectue le service national au plus proche de chez moi. C’est ainsi que j’ai commencé dans les services administratifs de l’école d’application de l’infanterie de Montpellier (EAI).

Le début d’une vocation.
Pas immédiatement. C’est même plutôt le contraire. Au bout d’une dizaine de jours, je suis allé voir le commandant de compagnie pour lui dire que je n’y arriverais plus, car je m’ennuyais beaucoup trop. Je ne m’imaginais pas faire dix mois dans ces services. Titulaire d’un BAC+5, je me suis donc inscrit pour devenir élève officier de réserve. Et deux mois plus tard, j’ai intégré un cursus spécial pour le devenir, notamment à l’école de Saint-Cyr, en Bretagne. En finissant dans les premiers, j’avais un large choix. J’ai décidé d’aller là où ça bougeait. J’ai choisi un régiment de chasseurs alpins.

Nicolas Deljarry (responsable du restaurant 1789), Éric Florès (contrôleur général, directeur du SDIS 34) et Anthony Montardy (journaliste).

Qu’est-ce qui vous attirait ?
C’est un endroit, où si vous n’arrivez pas en haut de la montagne avant ou en même temps que vos hommes, vous ne pouvez pas les commander. C’est pareil chez les sapeurs-pompiers, si vous n’êtes pas au feu avec eux, vous ne pouvez pas les commander. Ça ma plu ! Au lieu d’y rester dix mois, j’y suis resté deux ans. J’ai hésité à faire carrière dans l’armée. Mon colonel de l’époque me disait :“Réfléchissez bien, car vous avez un caractère un peu universitaire, vous posez beaucoup de questions -rire-. Dans les chasseurs alpins ça passe, mais dans tous les autres régiments, vous aurez surement du mal“. Alors, j’ai arrêté et j’ai passé le concours d’officier de sapeurs-pompiers professionnels, en 1996. J’ai réussi. En postulant dans toute la France, j’ai eu deux opportunités, entre l’Essonne en région parisienne et Besseges, dans le Gard. Pour ma carrière, j’ai préféré l’Essonne. Ensuite, je suis devenu chef de la caserne des Mureaux dans les Yvelines, avant d’être nommé directeur adjoint du service départemental pendant plus de 5 ans. J’ai poursuivi au ministère de l’Intérieur durant trois ans, avant d’être nommé directeur départemental du Sdis de l’Aveyron. Après plus de sept ans au même poste, j’ai pris la direction du Sdis 34.

Vous venez d’être promu chevalier de la Légion d’Honneur et nommé au grade de contrôleur général. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Le grade, j’y suis attaché, mais ce n’est pas le plus important. Chez les pompiers, ce grade de contrôleur général a été créé en 2016, pour plus de reconnaissance. On gère des établissements publics avec plus de 130 millions d’euros de budget. Il y a des généraux dans les autres corps de métiers -gendarmerie, police, armées…-, je trouve que c’est normal pour des structures comme les grands services d’incendie et de secours, qu’il y ait un contrôleur général à la tête. Pour moi, ce grade est davantage lié à la fonction qu’à la carrière.

Et pour ce qui est de la Légion d’Honneur ?
Je suis très honoré de cette promotion. En plus, je l’ai eu au moment où le Président de la République, Emmanuel Macron, a divisé par deux tous les quotas. Je me dis qu’il y a un certain nombre de personnes qui ont estimé que je pouvais la mériter (rires), donc ça fait très plaisir.

Une intervention marquante depuis votre prise de fonction dans l’Hérault ?
Pour l’instant, l’intervention qui m’a le plus marquée, c’est le premier feu où j’ai pris le COS -commandement des opérations de secours- dans l’Hérault. C’était moins d’une semaine après que je sois nommé directeur du Sdis 34. Ça marque. Là, ce n’est pas de la fierté, au contraire, c’est le sens des responsabilités qui revient.

Après la saison estivale, particulièrement difficile pour les pompiers, aurez-vous une priorité ?
On reste sur des enjeux opérationnels. On a la chance d’avoir un conseil départemental bienveillant envers nous et aussi très présent. L’Hérault compte 15 000 habitants de plus chaque année. Naturellement, plus il y a d’habitants, plus il y a d’interventions. Donc, ont doit en permanence maintenir notre capacité opérationnelle sur les grandes casernes comme sur celles de l’arrière pays. On a la problématique du troisième centre de secours à Montpellier, on a un centre à créer sur Béziers, à Castries aussi. Celui de Cournonterral va être refait… À 17 heures, à Montpellier, entre le tramway, les zones piétonnes et les embouteillages, nous avons quelque fois des délais d’intervention d’une demi-heure en centre-ville. C’est inconcevable. Nous ne pouvons plus raisonner avec des gros centres. Nous devons fonctionner avec des casernes plus petites et plus proches, pour assurer un meilleur maillage du territoire. Même dans des centres de secours où ont tombe à 80-100 interventions par an, je pense qu’il est nécessaire de rester. Parce que si nous on s’en va, il n’y a plus personne. Tout le monde est parti.
Le dernier service public restant, c’est nous. Globalement, les pompiers volontaires, dans ces endroits là, ne nous coûtent réellement que quand on s’en sert. Et c’est bien grâce à ça qu’on arrive à maintenir notre maillage territorial. Si on avait des temps pleins, des fonctionnaires à ces endroits là, ont ne pourrait pas tenir. Comme les autres n’ont pas pu tenir. Nous, notre force, c’est le volontariat, qui permet de maintenir des secours de proximité.

Vous avez fait le tour des casernes ? Pourquoi ?
Je n’ai pas fini. Récemment, je suis allé à Aniane, Saint-Martin-de-Londres et à la Grande-Motte. Sur 71 centres de secours, je n’en ai visité que la moitié pour l’instant. C’est fondamental d’aller à la rencontre des personnels. Comment voulez-vous diriger des gens, si vous ne les connaissez pas !? Il y a un tas de questions récurrentes qui viennent d’eux et ça m’a permis de lancer quelques projets.

L’an dernier, vous aviez annoncé le projet d’un centre de formation. Ca avance de ce côté là ?
Oui, c’est acté. Le centre de formation sera implanté à Gignac. Il devrait représenter à peu près 12 millions d’euros. Les premières esquisses des architectes devraient arriver d’ici fin d’année. Pour le Sdis 34, c’est un vrai projet, car il n’y a que la formation qui permet d’appréhender un risque qu’on ne connaît pas. Elle permet d’éduquer et d’amener un citoyen à devenir sapeur-pompier. C’est en cours de réflexion encore, mais ce centre de formation pourrait avoir une rue inondable et un simulateur de cabine de camion feux de forêt piégée par les flammes, ce qui permettrait aux secours de s’entrainer en conditions réelles. Il sera mis à disposition des sapeurs-pompiers des autres départements.

Le Sdis 34 en chiffres

  • 4 000 sapeurs-pompiers professionnels et volontaires.
  • 71 casernes et un centre technique
  • 70 véhicules de lutte contre les feux urbains
  • 138 engins de lutte contre les feux de forêt
  • 116 ambulances (véhicules de secours pour les asphyxiés et les victimes)
  • 20 véhicules de secours routiers (fourgons de désincarcération)
  • Une plateforme commune des appels d’urgence -CDAU- à Vailhauquès au centre opérationnel départemental d’incendie et de secours, le Codis 34 avec des opérateurs du 18,112 et Centre 15.
  • Budget annuel : 124 millions d’euros, un nancement assuré par le Conseil départemental de l’Hérault, des intercommunalités et des communes.

Photos : Mario Sinistaj/Métropolitain.

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