Interview. Rémy Lévy, bâtonnier de Montpellier : « La Justice est abandonnée »

Au 1er janvier, Rémy Lévy succèdera à Me Berard Béral, l’actuel bâtonnier du barreau de Montpellier, comme Métropolitain l’a récemment évoqué ici. Avocat et président du MHB, Rémy Lévy sera à la tête du conseil de l’Ordre pour deux ans. Il a été élu par ses pairs au premier tour, face aux deux candidats pénalistes, Raphaëlle Chalié et Christian Dumont.

>> Interview.

Est-ce la première fois que vous vous présentez pour être bâtonnier ?

Oui, c’est en effet la première fois que je me présentais à cette élection. Mais, je connais bien tous les rouages de la profession, j’ai prêté serment en décembre 1978, donc il y a bientôt quarante ans et j’ai exercé de nombreuses responsabilités : plusieurs mandats au sein du conseil de l’Ordre et également au sein de la CARPA, notre caisse de règlements qui est un outil très important. J’ai aussi participé à la vie sociale et associative du barreau toutes ces années durant, en créant et présidant pendant 20 ans son Association sportive et culturelle, et j’ai été délégué national de l’Union des jeunes avocats.

Il y avait deux autres candidats en lice, des pénalistes. Comment analysez-vous cette victoire dès le premier tour ?

L’élection n’opposait pas des spécialités, à savoir pénalistes contre généralistes ou autres. Les confrères sont appelés à choisir leur bâtonnier en fonction de ses qualités à les représenter, les défendre et les écouter. Ce qui est le plus marquant pour moi, c’est le taux de mobilisation de l’électorat, près de 80 % du barreau, ce qui donne une légitimité forte à celui qui est élu. Et bien sûr, gagner au premier  tour est une grande satisfaction.

Le bâtonnier élu pour deux ans est obligé de mettre entre parenthèses son activité au sein de son cabinet, car il y a beaucoup de travail.  fort heureusement, votre cabinet fonctionne avec des associés. De plus, le fait d’être président du MHB vous occupe beaucoup. Vous allez pouvoir tout concilier au quotidien ?

Le travail ne m’a jamais fait peur et j’ai toujours exercé pleinement les responsabilités qui m’ont été confiées. Certains ont voulu mettre en avant cette fonction pour discréditer ma candidature, la réponse des électeurs a été claire. Le MHB ne repose par sur mes épaules, c’est un club champion d’Europe avec une organisation forte, en particulier un co-président, un manager général, un comité de direction, des actionnaires et un personnel administratif d’aussi bon niveau que le sportif. Et franchement de mon côté, je pense que cette expérience, qui est la mienne depuis onze ans dans ce club est plus un avantage qu’autre chose. Je serai un bâtonnier pleinement disponible et engagé durant ces deux années

Il y a plus de 1 100 robes noires au barreau de Montpellier, c’est énorme. Beaucoup d’avocats, notamment les jeunes qui s’installent ont des difficultés pour survivre, la concurrence étant féroce. Comptez-vous vous pencher sur cette situation ?

Bien sûr le barreau de Montpellier, aujourd’hui, n’est pas celui que j’ai connu dans les années 1980 avec moins de 200 avocats, et jamais je n’aurai pensé un jour que nous dépasserions le millier. Bien sûr, la concurrence est rude, mais c’est une profession libérale avec des conditions d’accès règlementaires qui ne dépendent pas des barreaux, mais du législateur. Les besoins des citoyens ont aussi grandi et des contentieux ont explosé, en particulier le pénal, le familial et le droit administratif. À nous de défendre nos périmètres d’activité et à les étendre à beaucoup d’autres domaines.

Avez-vous comme objectif de poursuivre le travail réalisé par vos prédécesseurs, notamment Bernard Béral, le bâtonnier en exercice ?

Je connais tous mes prédécesseurs, et de façon générale, tous les bâtonniers que j’ai connus ont accompli leur tâche avec un grand dévouement au service des confrères avec des personnalités différentes. Donc, bien sûr, cette continuité est importante dans ce qui est l’essence même de la fonction. Bernard Béral est un bâtonnier qui a de l’expérience et de la sagesse, mais il a su aussi monter au combat dans la défense de la profession avec le dernier projet de réforme.

Quelles seront vos priorités ?

Mes priorités vont surtout être fonction de l’actualité à venir et en particulier ce projet de réforme qui peut vider la profession de sa substance même. Depuis de nombreuses années j’entends les ministres qui se succèdent dire qu’ils vont se battre pour donner des moyens à la justice française. Aujourd’hui le discours a changé, il n’y a plus de moyens, donc on supprime l’activité judiciaire avec le leurre permanent du numérique. Les citoyens ont besoin d’un accès au juge et d’une réponse rapide de la justice à leurs problèmes du quotidien, comme c’est le cas dans tous les grands pays européens et pas qu’on sous-traite à des robots, où des sociétés privées ce qui restera à juger après toutes les chausse-trappe mises pour bloquer l’accès au juge. Ensuite il y a un besoin local de faciliter au mieux l’exercice des confrères en prenant un certain nombre de mesures pratiques, ainsi qu’à aider les jeunes en leur proposant, sur leur demande l’aide d’un mentor, un confrère expérimenté qui les accompagnera dans leurs débuts.

Pensez-vous que la cour d’appel de Montpellier est menacée par la nouvelle carte judiciaire qui fait beaucoup couler d’encre ?

De manière générale, et l’histoire le montre, la réforme de la carte judiciaire est d’une grande opacité et le débat se fait sur des bruits de couloir , parfois fondés, et parfois non, ce qui est la conséquence de cette opacité. Aujourd’hui, les menaces sur la cour d’appel de Montpellier sont plus un transfert d’une partie importante de ses compétences sur celle de Toulouse, alors qu’elle a une activité supérieure à cette dernière. Aujourd’hui, notre cour a plus besoin de moyens pour répondre à sa vocation de juger tous les litiges en appel, que d’être vidée d’une partie de sa substance au profit d’une autre et de répondre à sa mission de service public pour tous les départements qui en dépendent.

Expliquez-nous cette particularité propre aux conseils de l’ordre : pourquoi un bâtonnier est-il élu pour deux ans ?

Je ne me suis jamais vraiment posé la question de la durée du mandat, mais je pense que nos anciens ont estimé que le bâtonnat n’était pas une fonction politique mais professionnelle, d’où cette durée biennale. Je pense aussi qu’il s’agit d’un investissement important et que le renouvellement régulier est un bien pour l’institution.

>> Recueilli par Jean-Marc Aubert. À lire également dans l’hebdo Montpellier l’Officiel numéro 1909.

2 Comments

  1. et tout et chez les flick alors ??? en bord de route on ne voie que ça ??? par contre pour choper les assassins hahaha il n’y a personne ou on envoie les crs ss

  2. La justice est morte . Le temps des voleurs ,tueurs , violeurs est arrivé . Remercions les avocats qui font relâcher ces personnes et enfermons nous a double tours !!!

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