Kito de Pavant : “j’y vais pour gagner la Route du Rhum”

Le skipper graulen de 57 ans reprend le large cet automne pour participer à la prestigieuse Route du Rhum, la course en solitaire qui fêtera cette année ses 40 ans. Celui qui cabote tranquillement vers la soixantaine, n’a pas perdu de son mordant, avec un objectif affiché : gagner cette transatlantique légendaire sur un monocoque Class40. Un défi à la portée du marin « Made in Midi » qui rivalise avec les skippers bretons depuis plus de 15 ans sur toutes les grandes courses au large.


>> Cette Route du Rhum, vous allez l’effectuer à bord d’un Class40, une catégorie de monocoques moins rapides que l’Imoca. Pourquoi ce choix ?

Ça faisait des années que j’étais sur des projets d’Imoca avec le Vendée Globe. Le problème de l’Imoca, c’est que pour être compétitif, ça coûte très très cher. Rien que le pour le bateau il faut compter 5 millions d’euros, et à cela s’ajoutent des frais de fonctionnement très importants, environ 2 à 3 millions par an. Nous on avait un bateau qui n’était pas à la hauteur de la concurrence, alors il fallait que l’on change d’optique, et donc descendre de catégorie.

Notre objectif est de rester compétitifs et de régater pour gagner. C’est pour cela que l’objectif cette année est de remporter la route du Rhum sur un Class40. Il nous manque encore à trouver un gros partenaire pour boucler le budget, mais je suis très optimiste !

>> Ces affaires de gros sous, ça gâche le sport, selon vous ?

Oui et ça a plutôt tendance à m’agacer. Mais c’est compliqué, car on pratique un sport mécanique, où le matériel joue un rôle important dans la performance. Mais depuis quelques années, il n’ y a plus aucune surprise, celui qui gagne c’est celui qui a le plus d’argent. Un peu comme le foot…

>> Et pourtant lors du dernier Vendée Globe si vous n’aviez pas rencontré ce cachalot, vous auriez tout de même fini septième, alors que vous étiez loin d’avoir le meilleur bateau…

Oui, pour le Vendée Globe, on avait réussit à bâtir un projet qui présentait un bon compromis entre « sport et argent », mais on n’aurait pas pu escompter mieux qu’une septième place. À moins peut-être de surfer sur le cachalot, et encore… (rires)

>> Class40, c’est une série à l’abri de l’argent ?

C’est une série où le sport a encore sa place. Au départ de la Route du Rhum, on va retrouver 50 bateaux très homogènes en terme de performance et qui peuvent tous prétendre à la victoire. Ça promet une belle bagarre !

>> De plus, vous nourrissez un attachement particulier à cette course ?

C’est la course qui m’a donné envie de faire de la course au large. Les images de l’arrivée de la première route du Rhum en 1978 sont gravées à jamais dans ma mémoire. J’avais 17 ans et je me souviens de ce petit trimaran jaune qui double sur la ligne d’arrivée ce grand monocoque noir, c’était magique ! (Ndlr : Mike Birch sur Olympus Photo l’emportant sur Michel Malinovsky sur Kriter V). Il y a eu 98 secondes d’écart entre les deux bateaux.

Mais, j’ai quand même attendu mes 50 ans pour faire ma première Route du Rhum, comme quoi il faut être opiniâtre !

>> Pourquoi avoir attendu tout ce temps ?

J’étais très timide et aller démarcher les sponsors pour se lancer dans une telle course, c’était tout bonnement impossible pour moi à 17 ans ou à 21 ans. Mais comme j’avais cette passion pour le large, j’ai fait du convoyage pendant 20 ans. J’ai amené des bateaux aux Antilles, en Australie, en Chine, dans le Pacifique, sans oublier la Méditerranée que j’ai traversée à maintes reprises. J’ai donc voyagé sur tous les océans à bord de bateaux très confortables. C’était un bon compromis en attendant de me lancer dans la course au large !

Et en parallèle à ce métier, j’ai développé également mon activité de plagiste avec l’Espiguinguette au Grau-du-Roi, ce qui m’a permis de rester à terre pour m’occuper de ma famille et de mes cinq enfants tout en en restant tourné vers la mer. Et puis il y a eu la crise de la quarantaine ! (rires) Une énorme frustration de ne pas faire ce dont je rêvais. Donc en l’an 2000, à 39 ans, me voilà qui intègre la Solitaire du Figaro.

>> Vous aviez déjà une vie remplie d’aventures et de voyages, qu’est-ce qu’il vous manquait ?

J’avais ce besoin très égocentrique de me jauger par rapport aux autres skippers. Je voulais voir ce que je valais. Mon activité de plagiste m’a apporté la confiance en moi qui me manquait, et aussi mon premier sponsor, à travers un client qui est devenu un ami ! À partir de là, plus rien ne me retenait. Voilà comment ma vie de coureur au large a commencé sur le sable de l’Espiguette !

>> Vous avez eu une expérience de chef d’entreprise, ce qui doit forcément servir en tant que skipper ?

Oui, car on porte un projet et en plus on doit tout gérer. On s’occupe du chantier autour du bateau, on manage les équipes techniques, on fait les démarches pour trouver des sponsors, on gère notre communication et tous les aspects administratifs. Sur terre, c’est aussi du sport !

>> Dans la course au large, on oppose régulièrement les vieux loups de mer dont vous faites partie, aux skippers « ingénieurs » qui ont moins de 40 ans. C’est exagéré ?

Si on prend les « quinquas » qui naviguent avec moi, que ce soit Loïc Perron, Philippe Poupon, Jean Le Cam, Michel Desjoyeaux, Bernard Stamm, ou encore Roland Jourdain, ce sont des gars qui ont vécu énormément de choses dans leur carrière. Et ils sont en effet différents des marins qui sont arrivés dans le circuit depuis 10 ans. Avant, un marin c’était le dernier de la classe, ou celui qui rêve à côté de la fenêtre. Alors qu’aujourd’hui, les skippers qui arrivent, ce sont les gamins du premier rang ! Alors c’est bien, ce sont des têtes bien faites, mais on rigole un peu moins (rires) ! Je grossis un peu le trait, mais c’est un peu ça en effet. Dans ma génération, on n’a jamais eu de plan de carrière. On est venu à la voile par plaisir et par passion pour la mer et les bateaux. Aujourd’hui, les jeunes, avant de monter sur un bateau, ils veulent connaître leur salaire.

>> Pour vous, pas de plan de carrière, pas non plus de retraite à l’horizon ?

La mer c’est une drogue dure ! C’est un univers tellement unique, cruel quelque fois, mais tellement fort à vivre qu’on y revient toujours. Je ne sais pas comment ça va se terminer cette histoire ! (rires) Et tous les autres projets que je porte actuellement sont également liés à la mer, alors j’en ai pas encore fini, c’est sûr !

>> Concernant ces projets, on peut en savoir plus ?

Avec des amis skippers de la région, on a candidaté pour l’organisation d’une course au large. Un projet de régates autour de la Méditerranée qui aurait pu être magnifique, car c’est une mer formidable pour la navigation. Malheureusement ce sont les Bretons qui ont gagné. Mais j’espère qu’un jour, on arrivera à organiser une telle course.

Sinon, on a un beau projet avec Gilles Santantonio, le réalisateur de l’émission Ushuaia, et Franck Molina, un biologiste montpelliérain (Ndlr : directeur du laboratoire Sys2Diag). L’idée ce serait d’accompagner des scientifiques dans des zones difficiles d’accès pour qu’ils puissent y réaliser des études. Et en parallèle à ça, on ferait des vidéos sur ces voyages que l’on relaierait sur le web. Ce serait une série de petits documentaires qui traiteraient du bonheur sur la planète !

Kito de Pavant, les dates clés


2000 : Première participation à la Route du Rhum

2002 : Victoire dans la Solitaire du Figaro

2003 : Vainqueur du Tour de France à la voile

2006 : Victoire sur la Transat AG2R

2014 : Troisième de la Route du Rhum

2017 : Cinquième de la Transat Jacques Vabre

 

> Propos recueillis par Arnaud Boularand / Photo : Mario Sinistaj / Vidéo : Arnaud Boularand

 

Interview extraite du Métropolitain L’Officiel, paru le 10 juillet 2018

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