Botanique : l’Herbier de Montpellier, un patrimoine en danger

L’Herbier de Montpellier, institution de plus de 300 ans dépendant de l’Institut de Botanique, rassemble des collections récoltées durant les quatre derniers siècles aux quatre coins du monde. Un patrimoine universel important, à la renommé internationale, aujourd’hui en danger. Une fumigation est aujourd’hui nécessaire pour traiter complètement le problème.

En période de restriction budgétaire, son coût élevé ne peut être pris en charge par l’Université. Un comité s’est constitué pour sauver l’Herbier de Montpellier et un appel aux dons a été lancé.

Un garde-manger pour les insectes

Les lasioderma serricorne et autres stegobium panicum sont devenus le cauchemar de Marion Martinez. Ces insectes, que l’on peut retrouver dans nos maisons, attaquent massivement l’Herbier de Montpellier. Le lieu est aujourd’hui devenu un véritable garde-manger dont les dégâts sont visibles et constatés quotidiennement par les scientifiques. « Les plantes à bulbes sont très attaquées car il y a plus de réserves nutritives. On peut se retrouver avec seulement la trace de la plante et de la poussière. Et ils peuvent même attaquer les étiquettes. On voit bien tout le cheminement de l’attaque par l’insecte », explique la chargée de mission, devant un spécimen entièrement dévoré.

Le problème est récurent dans les herbiers et celui de Montpellier n’a pas échappé à la règle. Aux anciennes méthodes de traitement utilisant un sublimé de mercure et d’arsenic, les équipes éliminent les insectes par le froid à l’aide de trois surgélateurs. « On a débuté il y a trois ans parce que l’on n’avait pas les moyens financiers de faire autrement. C’était l’investissement le plus intelligent à faire sur le coup » explique Marion Martinez. Et la tache s’avère être un véritable supplice. Les liasses effectuent un séjour durant 48h à -40°C, puis 24h à l’extérieur avant d’y retourner 48h.

Un traitement appliqué sur les collections entrantes, sur celles contaminées et qui devrait l’être sur l’ensemble de la collection. D’autant que la chaleur des derniers étés a intensifié la prolifération des insectes et leur voracité.

Une solution coûteuse

Les équipes ont donc réfléchi à la meilleure solution moderne adaptée à la fois pour le personnel et la collection. Celle de la fumigation d’un gaz non rémanent dans l’ensemble du bâtiment a été retenue car « il est Impossible de faire un étage une année puis de passer à un autre l’année suivante. Il faut traiter d’un coup pour que tout soit propre à un instant T » précise Marion Martinez. Un traitement qui s’élève à 36’000 €. « Autant dire que l’Université n’a pas ce budget et c’est très compliqué de demander des rallonges. Donc, on essaie de se bouger car c’est un outil scientifique formidable. Des chercheurs viennent de l’étranger pour consulter l’Herbier ».

Biologistes, historiens, graphologues et bien sûr les étudiants se plongent dans une collection formidable enrichie continuellement notamment en matière de flore méditerranéenne, une des spécialités de l’établissement avec un étage dédié. « Au niveau régional c’est intéressant de protéger ce patrimoine », argumente Marion Martinez.

Un appel aux dons

« On nous demande souvent pourquoi l’Université ne gère pas cela. Il y a des plannings budgétaires que l’on ne peut pas modifier. C’est pourquoi un comité s’est constitué avec des personnes de l’Université, mais aussi de l’extérieur qui sont conscientes qu’il est nécessaire de faire quelque chose » explique Morgane Le Breton.

La jeune femme fait partie d’un don en compétence du domaine viticole BLB Vignoble qui a été sensibilisé au projet. « C’est un groupe de passionnés qui a conscience qu’il y a une cause sur laquelle il faut agir et l’Université nous soutien totalement ». Un financement participatif a donc été mis en place avec l’espoir d’attirer l’attention sur cette collection, qui compte parmi les plus importantes au monde.

Sept personnes travaillent actuellement à l’Herbier de Montpellier, dont cinq contractuels qui seront bientôt affectés exclusivement à une mission de numérisation des collections. Une base de données est actuellement constituée et consultable par le public. Mais rien ne vaut l’exemplaire réel comme le précise Marion Martinez : « C’est important d’avoir les spécimens physiques. Ce n’est pas un tableau figé. C’est un outil que l’on doit pouvoir disséquer et faire des prélèvement pour réaliser des études précises ». Un patrimoine aujourd’hui en danger qui mériterait d’autant plus une meilleurs valorisation.

>> Informations
Faire un don sur sauvonslherbier.com
Compte instagram: lescollectionsdelum
Compte facebook: https://www.facebook.com/HerbierMPU/
Site du Service Patrimoine Historique: https://collections.umontpellier.fr/

L’Herbier de Montpellier en images :

Marion Martinez, chargée de mission, Caroline Loup, Responsable des Collections de l’Herbier, et Morgane Le Breton, bénévole pour le comité sauvonslherbier.com © CN
L’Herbier de Montpellier est entreposé dans les six étages du bâtiment © CN
Les conditions de travail pour les chercheurs ne sont pas idéales en raison de la vétusté du bâtiment © CN
Les rayonnages sur lesquels sont stockés les spécimens © CN
Les collections peuvent être constituées de liasses © CN
Marion Martinez : « L’étiquette est un peu le passeport de la plante. Si on ne l’a pas, d’un point de vue scientifique cela n’a aucun intérêt car on pourra toujours retrouver son nom mais on n’aura pas la localité, la date et qui l’a récolté » © CN
L’Herbier permet aussi d’étudier les différents mode de conservation à travers le temps © CN
L’Herbier constitue un patrimoine universel conséquent © CN
L’importante collection Piron avec une multitude de bocaux © CN
Les croquis sont également utilisés par les scientifiques pour répertorier les espèces © CN

1 Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *