Projet HUT : à Montpellier, on prépare le logement du futur

Le 26 juin, l’Université de Montpellier et le CNRS ont lancé le projet HUT, pour HUman at home projecT. Sur le site de Saint-Charles 2 de l’université Paul-Valéry, qui participe également au projet au titre des Sciences Humaines, un « appartement-observatoire », qui va accueillir des résidents dès la rentrée, a été aménagé pour observer les habitudes de ses occupants… Capteurs, micros, caméras, équipements pour le sport, les observations attendues par le CNRS doivent permettre, au final, de recueillir des données pour imaginer « l’habitat intelligent authentiquement humain » de demain.

Pour mener à bien ce projet HUT qui court sur plusieurs années, un consortium a été créé qui regroupe les universités locales, le CNRS, et 12 laboratoires montpelliérains impliqués dans le programme de recherche qui rassemble pas moins de 60 chercheurs. Les entreprises locales et la force publique ne sont pas en reste : sept entreprises, dont des startups, participent à HUT tout comme Montpellier Méditerranée Métropole qui soutient l’expérience dans le cadre de son programme de Cité Intelligente, ou Smart City.

Deux étudiants observés pendant dix mois

À travers cette expérience grandeur nature, le projet HUT va aider les scientifiques à voir comment la technologie peut améliorer les conditions d’habitation et de vie des habitants. La Smart City, un passage obligé pour l’habitat du futur ? Plongés dans une (discrète) ambiance de télé-réalité, les futurs occupants du F4-laboratoire, en l’occurrence deux étudiants installés pour 10 mois, devront vivre leur vie normalement.

Capteurs et caméras ne s’intéresseront qu’aux habitudes de consommation et aux mouvements, pas aux histoires personnelles. Les données recueillies seront étudiées par des professionnels de tous horizons : médecins, psychologues, linguistes, spécialistes de l’énergie, historiens, nutritionnistes, spécialistes du marketing, et même juristes.

Des capteurs permettront d’analyser et de « cartographier » les habitudes des occupants


L’impact des objets connectés sur l’habitat

Malo Depincé, directeur adjoint du laboratoire Dynamiques du Droit (une Unité Mixte de Recherche, UMR 5815, du CNRS et de l’UM) est aussi le porteur du projet HUT. Pour lui, l’expérience doit permettre de vérifier comment les nouvelles technologies vont impacter la vie des citoyens jusque dans leur habitat : « Prenons le cas du smartphone par exemple : il joue déjà un rôle considérable dans la vie des personnes. Il semble évident que nous allons, via le développement futur des objets connectés (smartphone, montres, tablettes), vers une forme de logement de plus en plus connectée ».

Un frigo vide qui vous prévient

Les scientifiques ont déjà anticipé quelques applications de la Smart City. A l’avenir, les frigos et les placards connectés préviendront leurs propriétaires en cas de pénurie d’aliments : « Les réfrigérateur connectés permettront à quelqu’un qui fait les courses de vérifier, via son smartphone, ce qu’il manque dans l’appareil. Aujourd’hui, le système existe déjà : on peut avoir une photo de son frigo en temps réel… À terme, on peut imaginer que le réfrigérateur lancera lui-même une alerte lorsque le beurre sera épuisé, ou qu’il n’y aura plus de légumes dans le bac ».

Un vélo pour faire du sport : le projet HUT intégré tous les paramètres sociaux, y compris ceux concernant la pratique du sport

Le placard sera connecté aussi…

Et l’évolution de la technologie laisse prévoir le même type de progrès pour les placards qui seront, eux-aussi, connectés. Et vous préviendront, via les objets connectés, de la pénurie de biscottes ou de café. De même, des équipements sportifs (dont un vélo électrique) sont installés dans l’appartement-témoin de Saint Charles. « L’OMS préconise en effet de l’activité physique régulièrement », rappelle le chercheur : « Nous avons donc installé un prototype de vélo d’appartement qui permet de faire un effort tout en regardant la télé. Nous allons vérifier si, en favorisant des conditions de pratiques confortables, les occupants sont plus enclins à utiliser les équipements ».

De meilleures conditions de vie ?

Le directeur de l’UMR 5815 explique le but ultime de l’expérience : « Vérifier si la technologie apportera de meilleurs conditions de vie, et voir si elle permet d’améliorer des choses notamment dans le cadre de la santé ». Le fait d’ouvrir une porte de placard en hauteur peut, à force, et selon l’âge et la taille de la personne, entraîner une usure prématurée de l’épaule.

Des capteurs permettront de mesurer l’intensité et la répétition de ces gestes pour déterminer si une réponse technologique (un détecteur de mouvement qui assure l’ouverture et la fermeture de la porte) peut éviter les problèmes d’articulation.

Présidents d’université, élus montpelliérains et chercheurs attentifs au projet HUT

Pour optimiser les logements

La technologie mise en place dans l’appartement-témoin, quoique discrète, est assez impressionnante. Les chercheurs ont notamment truffé le site de divers capteurs : capteurs de pression au sol, capteurs de mouvement cachés dans les murs, et capteurs fixes dans diverses pièces et équipements (placards, frigo, etc) pour mesurer la température, la pression, le taux d’humidité, etc…

Une partie de ces capteurs sont fournis par la start-up montpelliéraine Oceasoft. « Nous allons détailler les déplacements, les gestes, bref, la façon dont les occupants utilisent l’espace et leurs équipements pour constituer une base de données que pourront utiliser par exemple les architectes pour optimiser les logements, ou le corps médical pour éviter les postures nocives », détaille Malo Depincé.

Reformatage en 2019

Les données serviront aussi à observer les consommations d’eau et d’énergie pour repérer les gaspillages et y apporter des réponses. Les premiers occupants quitteront l’appartement à l’été 2019. : le logement-laboratoire sera alors « reformaté » en fonction des premiers résultats et des nouvelles pistes de recherche, avant d’être à nouveau proposé gratuitement à deux autres étudiants volontaires.

>> Le projet HUT en chiffres
Un budget de 4 M€.
700 000 apportés par la Métropole de Montpellier
2 M€ investis par les laboratoires
12 laboratoires : Dynamiques du droit (CNRS/UM) ; Dynamique musculaire et métabolisme (Inra/UM) ; Epsylon (UM /Université Paul Valéry Montpellier 3) ; Espace-Dev (IRD/UM /Université des Antilles/Université de Guyane/ Université de la Réunion) ; EuroMov (UM) ; Institut d’électronique et des systèmes (CNRS/UM) ; Laboratoire de génie informatique et d’ingénierie de production (IMT Mines d’Alès) ; Laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier (CNRS/UM) ; Laboratoire innovation, formes, architectures, milieux (ministère de la Culture) ; Montpellier recherche en économie (UM) ; Montpellier recherche en management (UM) ; Praxiling (CNRS/UPV Montpellier 3).
60 chercheurs
7 entreprises : Delided, EDF, Nexity, Oceasoft, SensDigital, Synox, Weda)
2 universités
1 association de danse porteuse d’un projet de recherche-création artistique (« Comme ça »),
HUT a obtenue également le soutien de la Maison des sciences de l’Homme Sud.

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