Hérault : les maires des petites communes se rebiffent avant les élections

Présidée par Christian Bilhac, le maire de Péret -1 000 habitants, près de Clermont-l’Hérault-, l’Association des maires de France -AMF- de l’Hérault annonce « une nouvelle dynamique en 2018 ». L’AMF 34, qui s’est structurée pour améliorer la formation des élus locaux, tire aussi la sonnette d’alarme : dans les petites communes, la difficulté d’exercer le mandat de maire risque de provoquer une absence de candidats aux prochaines municipales.

« Le rôle du maire a considérablement changé », commence l’inaltérable Christian Bilhac, maire de Péret depuis 1983 : « Lors de mon premier mandat, je faisais dix réunions par an. Aujourd’hui, c’est dix par semaines pour répondre à toutes les nouvelles contraintes, normes, règles, sans oublier la pression financière qui devient ingérable pour les élus locaux ».

Une situation qui pousse le président de l’AMF 34 à annoncer une catastrophe pour les prochaines Municipales de 2020 : « On risque une défection massive de candidats dans les petites communes, prévient-il, Découragés, beaucoup de maires vont renoncer en 2020 et il n’est pas sûr que d’autres citoyens se portent candidat ».

Le pire évité en 2014…

Lors des précédentes élections municipales, en 2014, Christina Bilhac confirme que l’AMF a joué son rôle de médiateur pour soutenir les maires des petites communes, évitant d’en voir certaines privées de candidats. Pas sûr, selon le maire de Péret, que cela soir aussi facile dans deux ans, « d’autant plus que les communes rurales se sentent malmenées et peu pas écoutées… L’AMF s’inquiète pour le déroulement des prochaines Municipales », enfonce l’élu, qui pointe le jeu de l’Etat et de la loi NOTRe venue rajouter une couche de contraintes.

Eviter une forme de tutelle

« Avec la loi NOTRe, les maires perdent de plus en plus de compétences, argumente Christian Bilhac, Ils expriment le sentiment que leurs communes glissent lentement mais sûrement vers une forme de tutelle des services de l’Etat ». Le maire de Péret pointe, un peu du doigt l’intercommunalité : « Désormais, les délais sont plus longs pour tout. Pour boucher un trou dans la rue ou pour réparer quelque chose, ça peut prendre des semaines ».

C’est le cas à Péret, au pied du lac du Salagou, où le président de l’AMF 34 constate le manque de lien entre les citoyens et leur mairie : « On nous retire peu à peu toutes nos fonctions, comme les papiers officiels, CNI, passeport, fiche d’Etat-Civil, etc., qui maintenaient un lien fort avec la mairie. On comprend que les choses évoluent, mais il ne faut pas écarter la mairie de la vie publique ».

Une solution : plus de proximité

Christian Bilhac estime qu’il fau revaloriser le rôle des maires des petites communes : « Il faut revenir à plus de proximité en dégageant de petits budgets pour, notamment, favoriser la réactivité », affirme-t-il, dénonçant au passage la suppression taxe d’habitation « qui était quand même le lien direct entre l’administré et sa commune. À Péret, on a du refaire école en augmentant de +3 % cette taxe. C’est un acte fort que les administrés ont accepté pour financer les équipements de la commune, pour le bien général. Avec la réforme, cet ultime lien va disparaître ».

Taxe d’habitation, un vide économique

Le maire héraultais qui milite pour le maintien de la fameuse taxe, demande qu’elle soit « dépoussiérée » : « Il faut réviser les bases de la taxe car on se retrouve sur les communes avec des différences énormes entre deux maisons voisines et quasiment identiques, sauf que l’une a été construire dans les années 70-80 et se retrouve plus imposée que l’autre qui est neuve… En fait, il y a des systèmes de quotas et de calculs appliqués par les impôts qui, en bout de chaîne, sortent le chiffre que les maires sont souvent incapables d’expliquer ».

Questions autour du « plan du mercredi »

Au passage, le maire de Péret connu pour ne pas pratiquer la langue de bois s’interroge aussi sur le fameux « Plan du mercredi » annoncé par le gouvernement : « Qui va financer ? Les CNAF ? Mais avec quel argent ? Au détriment d’autres aides ? Et quel montant par enfant ? Voilà un nouveau sujet sur lequel l’AMF va devoir aider les maires de l’Hérault ». Via la formation, bien sûr, l’une des missions essentielles de l’AMF qui forme les élus locaux : « Le maire d’une petite commune n’a pas les moyens d’une grosse ville : il est donc nécessaire pour lui de passer par les formations proposées par l’AMF ».

L’AMF 34 se renforce

À ce titre, l’AMF 34 s’est organisée en mettant sur pied une petite structure de cinq personnes, dont trois juristes, dédiée à la formation des élus dans le département « sur tous les thèmes », précise le président : « les marchés publics, les commissions, comme celle du loup ou de la submersion marine, etc, etc… Soit plus de 50 formations par an ».

2018 marque un tournant pour l’AMF 34 qui s’est structurée avec l’arrivée d’une directrice : « L’AMF rassemble tous les maires de l’Hérault dans un souçis d’équilibre politique. Notre seule ligne de conduite, c’est la défense de l’institution communale et intercommunale », rappelle Christian Bilhac.

Médiateur et facilitateur

Le président héraultais annonce que l’association des maires va devoir renforcer son rôle de médiation : « L’AMF est aussi un lieu de débat sur l’évolution des institutions et leur rôle, et notre action consiste aussi à faire remonter les problématiques. Par ailleurs, quand une commune rencontre une difficulté avec par exemple un service public, l’AMF joue le rôle de médiateur. Nous préférons ne pas aller au conflit, même si cela peut nous arriver : l’AMF est avant-tout facilitateur pour faire avancer les dossiers ».

La menace de communes sans maire

Dans le contexte actuel et les élections de 2020 qui approchent, le président de l’association des maires de l’Hérault veut éviter que le scrutin ne soit faussé faute… de candidats !

« C’est une priorité, en effet, sinon ce sera un camouflet pour notre démocratie », confirme-t-il : « Peut-on sérieusement imaginer que les petites communes n’aient pas de maires  aux prochaines Municipales ? L’AMF 34 va jouer son rôle pour faire entendre la voix des maires, et notamment ceux des petites communes ».

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