Insolite : 150 voitures en libre-service à Montpellier… en 1971

L’Institut National de l’Audiovisuel a retrouvé dans ses archives un reportage, réalisé à Montpellier en aout 1971, présentant une première expérimentation de voitures en libre-service nommée Procotip. Cent cinquante véhicules étaient ainsi laissés à disposition des utilisateurs dans les rues du centre-ville.

Un système breveté

Afin de bénéficier du service, il fallait d’abord adhérer à la coopérative en achetant sept actions à 60 Fr (environ 9 €) chacune. L’utilisateur se voit ensuite remettre une clé numérotée pouvant ouvrir chacune des Simca 1000 disposées dans l’un des 19 parcs de stationnement.

Le système reposait sur une invention brevetée, le Tipmètre. L’utilisateur insérait un jeton en plastique qui s’usait en fonction du nombre de kilomètres parcourus. Un jeton de 10 Fr (environ 1,5 €), que l’on pouvait acheter dans les bureaux de tabac, permettait d’effectuer environ 16 km. L’objectif du service étaient de réduire le nombre de véhicules sur la route, de diminuer les frais pour les usagers et déjà résoudre les problèmes de stationnement. « Si l’expérience est concluante, le système sera étendu dans d’autres villes » conclut le reportage de l’ORTF signé Jean-Pierre Férey.

Les raisons de l’échec

Dans un article publié dans la revue Transports Urbains (septembre 1991), Véronique Biau, urbaniste de l’État, revient sur cette expérimentation et explique les raisons de son échec. La ville est déjà un choix par défaut. « L’inventeur du Tipmètre, originaire de Béziers, avait sensibilisé les élus locaux de la région de Montpellier : le maire de Béziers pensait que sa ville était trop petite pour que le système y eut un intérêt. C’est sans grand enthousiasme que le maire de Montpellier, François Delmas le voit s’installer dans sa ville » écrit-elle. Dès le lancement, les médias et d’autres collectivités en France montrent leur intérêt.

Extrait de la brochure de présentation du système Procotip / Source : communauto.com

Des voitures dans les garages

Les utilisateurs ne sont pas aussi nombreux que prévu et les difficultés s’accumulent rapidement. Malgré un engagement tripartite Ville-État-Procotip sensé soutenir financièrement l’expérimentation, le ministère des Transports tardent à payer les subventions et le maire fait preuve de lenteur pour signer le contrat de concession engendrant des difficultés administratives.

Dans le même article, M. Dechangy, qui a suivi l’expérience pour un bureau d’étude, impute l’échec de l’autopartage aux mauvais comportements des usagers qui par exemple « en toute bonne foi accaparaient un véhicule pour leur usage personnel afin d’être sûr de sa présence au moment où ils en avaient besoin, le mettant dans leur garage, se chargeant même de refaire le plein d’essence ».

Dans ces conditions, le service se dégrade progressivement et la société Procotip déposera le bilan en mai 1973.

3 Comments

  1. Whaou bravo metropolitain pour ce scoop 1971 soit plus de 40 ans avant la « blue »car bolloré!
    Comme quoi les bonnes idées ou pas s’imposent d’elle même,ou pas 🙂

  2. Attention avec les conversions francs/euros.

    60FRF de 1971 ca ne fait pas 10€ de 2018, mais plutôt 60€
    Même chose pour les 16km à 10FRF, qui font 10€ et non pas 1.5€

    Car entre temps il y a eu l’inflation, et en 1971 le SMIC était à 1000FRF net (donc 150€ si on se contente de convertir simplement) alors qu’aujourd’hui le SMIC est à un plus de 1000€ net.

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