Interview : Virginie Normand, nouveau visage de la Caisse d’Epargne

Au sein de la Caisse d’Epargne, je demande la « BDR », la Banque de Développement Régional. Objet de mes questions : le financement des projets et l’accompagnement des décideurs régionaux. Interlocuteur désigné ? Une interlocutrice, plus précisément.

Je rencontre aujourd’hui Virginie Normand, membre du Directoire de la Caisse d’Epargne Languedoc-Roussillon en charge de la Banque de Développement Régional. Interview.

Madame Normand, pourquoi votre nom me semble-t-il encore inconnu ?

Peut-être parce que je suis nouvelle dans la région (sourire). J’ai pris officiellement mes fonctions le 24 avril dernier, à l’issue du renouvellement des membres du Directoire de la Caisse d’Epargne Languedoc-Roussillon (CELR). Cela ne fait donc pas très longtemps. Raison pour laquelle nous n’avions pas encore eu l’occasion de nous croiser.

Vous travaillez donc aux côtés de Christine Fabresse ?

Tout à fait. Elle a été reconduite à la présidence du Directoire en même temps que moi j’y suis entrée, en remplacement de Jean-François Manlhiot, qui a fait valoir ses droits à la retraite.

Vous voilà à présent en charge de la Banque de Développement Régional (BDR). Quel regard portez-vous sur notre région, vous qui justifiez, certes, d’une longue expérience au sein du groupe BPCE, mais en zone francilienne.

Je me garde bien de porter un jugement trop hâtif sur la région ou sur la CELR. Je me suis donnée pour cela quelques semaines -quelques mois s’il le faut- pour rédiger un rapport d’étonnement sur nos forces et nos marges de progression. Pour l’heure, je suis extrêmement bien entourée à la fois par mes collègues, membres du Directoire, mais aussi par toutes les équipes de la CELR, avec qui je rencontre notamment les acteurs locaux à la fois économiques et politiques. Et je vous avoue qu’une première chose m’a vraiment frappée.

Laquelle ?

L’attachement des entrepreneurs à leur territoire. Je m’explique : la Caisse d’Epargne accompagne bien sûr tous les acteurs du territoire et parmi eux, les entreprises. Mais la BDR, dont j’ai la responsabilité, a vocation à accompagner celles dont le chiffre d’affaires dépasse les 1,5M€. Souvent, à ce stade de leur évolution, on observe chez les entrepreneurs la volonté de migrer vers des pôles d’attractivité plus grands ou plus visibles, comme Lyon, Paris, l’étranger. Or, de nombreux chefs d’entreprise sont profondément attachés à notre région. Ils restent ici, veulent capitaliser sur les atouts de notre territoire et développer son attractivité.

« Je crois en un territoire fort qui dépasse les périmètres purement géographiques »

Vous parlez des atouts d’un territoire dans une région où le centre de gravité économique a basculé vers Toulouse… Que reste-t-il à Montpellier ?

 Plein de choses ! J’entends le sens de votre question ; on ne peut pas en effet nier le caractère bicéphale de l’Occitanie, dont les cercles décisionnaires se partagent entre Toulouse et Montpellier… Je crois en un territoire fort qui dépasse les périmètres purement géographiques. Et puis, chacune de nos deux métropoles a su identifier et promouvoir ses leviers d’attractivité.

Pour en revenir à Montpellier et au Languedoc-Roussillon, sur quels grands projets la BDR intervient-elle ?

Au sein de la BDR, nous accompagnons tout un écosystème dans lequel les acteurs travaillent, pour la plupart, en synergie : entreprises, collectivités, institutions, service public, logement social, promotion immobilière, personnes protégées, économie sociale et solidaire… Nous participons aux grands projets du territoire. Je dirai que notre rôle est de comprendre les besoins sous-jacents de nos partenaires pour leur apporter, ensuite, les solutions les plus efficientes.

Vous dites « partenaire ». Vous avez le droit de dire client.

Mais je continuerai de dire partenaire. Il ne faut plus voir la banque comme un simple fournisseur de crédits. Notre métier, aujourd’hui, c’est avant tout le conseil, l’accompagnement dans les choix stratégiques. Vous trouverez peut-être mes mots un peu forts, mais quand je vois une entreprise que nous avons accompagnée grandir, se développer et rencontrer le succès, je me dis que notre banque a contribué à cette réussite. Et c’est une bonne raison de sourire.

Et s’agissant des entreprises en difficultés ?

On ne les lâche pas. Nous devons continuer à faire la démonstration que la Caisse n’est pas uniquement présente dans les phases ascendantes, mais aussi qu’elle est là pour aider à franchir le cap, à tenir le coup jusqu’à l’étape suivante, qui viendra inverser la courbe. Je dirai même que c’est dans la difficulté que l’on reconnaît une banque partenaire, dans sa capacité à repenser avec l’entreprise son modèle, à identifier la bonne solution, le bon montage, ou le nouvel environnement en cas de départ d’un actionnaire, par exemple. La vie d’une entreprise n’est pas linéaire : il nous appartient d’en faciliter la trajectoire.

« Depuis quelques années, nous prenons une place prépondérante auprès des grandes entreprises ou encore des TPE »

En parlant de soutien au territoire, combien la Caisse d’Epargne a-t-elle accordé de crédits en Languedoc-Roussillon ?

 Nous avons débloqué plus de 7 milliards d’euros sur les trois dernières années. 2,4 Md€ rien qu’en 2017, dont près de 650 M€ pour les acteurs économiques locaux.

 Quel est le taux de pénétration de la Caisse d’Epargne auprès des principaux acteurs accompagnés ? Et sur quel segment la BDR souhaite- t- elle aller plus loin?

La Caisse d’Epargne est un partenaire historique des acteurs publics et institutionnels avec, par exemple, un taux de pénétration de 80% auprès des collectivités locales et de 70% dans le logement social. Depuis quelques années, nous prenons une place prépondérante auprès des grandes entreprises ou encore des TPE. Nous allons aller encore plus loin sur ce segment d’activité. Je compte pour cela mettre à profit mes vingt années d’expérience passées à leur service au sein de la Banque Populaire (banque du groupe BPCE, ndlr.). Le monde de l’entreprise ne m’est pas étranger. J’en connais les contours et les contraintes. La Caisse d’Epargne Languedoc-Roussillon dispose à la fois de la proximité d’une PME (toutes les décisions sont prises en local avec une très grande réactivité) et de la force d’un grand Groupe pour répondre à toutes les attentes des entreprises. Nous l’avons prouvé l’an passé avec le lancement de très beaux dispositifs comme NéoBusiness, par exemple. Nous croyons en nos entreprises et en leur capacité d’innovation.

Sur le volet social, un projet de loi (ELAN) fait beaucoup parler en ce moment. Comment se positionne la Banque de Développement Régional face à ce changement majeur dans le paysage HLM français ?

D’abord en observateur, puisque la banque a un devoir de veille. Ensuite, en conseiller. En résumé, la loi Elan prévoit que les acteurs du logement social atteignent une taille critique et administrent des parcs plus grands, de l’ordre de 15.000 logements minimum. Quid de ceux qui se situent en dessous de ce seuil ? Devons-nous les aider à financer les projets immobiliers qui leur permettront d’y parvenir ? Devons-nous les mettre en lien avec d’autres acteurs pour envisager une fusion ? Là encore, on travaille au cas par cas, comme on le fait auprès de chacun de nos partenaires quand les lois de finances évoluent.

Clients, vous-voulez dire ?

(rires) Non, partenaires !

1 Comment

  1. Une vue intéressante. L’espace de certaines entreprises dépasse le cadre régional. C’est parfaitement exact et cela rejoint mes propres analyses. Comment alors être BDR à ce niveau, tout en restant LR ? La bicéphalité de l’Occitanie mérite réflexion.
    Permmettez moi de vous signaler la sortie prochaine de mon livre:
    L’Illusion de la réforme régionale
    L’exemple des suds.

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