Montpellier : la 1e année de vol du nanosatellite Robusta-1b met le CSU en orbite

Cofinancé par le CNES et la Fondation Van Allen de l’Université de Montpellier dans le cadre du projet Janus, le nanosatellite Robusta-1b, entièrement développé par les étudiants du Centre Spatial Universitaire de Montpellier a fêté mardi son premier anniversaire en orbite. Un événement symbolique qui met en lumière le succès du projet spatial montpelliérain lancé avec le CSU en 2012.

Un an de données collectées

Laurent Dusseau peut être satisfait et sans doute soulagé. Le directeur du CSU l’avoue :  « C’est un grand bonheur aujourd’hui car quand on a lancé Robusta 1b, il y a un an, on n’en menait pas large. Un an après on se retrouve avec un satellite qui a accompli sa mission en vol, fonctionne toujours et continue à nous fournir des données scientifiques. C’est la preuve qu’avec un petit pulsat 1u bien pensé, on réussit à avoir des données qui vont nous permettre de travailler avec notre groupe de recherche ».

Étudiants et partenaires du CSU étaient réunis pour célébrer la première année en orbite du nanosatellite Robusta 1b © CN

Robusta-1b transmet des mesures sur l’état de ses composants, en somme sur sa propre santé (niveau batterie, températures, courant des générateurs solaires …), mais aussi et surtout sur plus de 20 paramètres concernant l’expérience effectuée sur des « amplificateurs opérationnels ». Composants de base en électronique, ceux-ci sont utilisés sur les satellites pour toute sorte de cartes (communication, alimentation, ordinateur de bord…). Pendant un an, la dégradation de ces composants a été enregistrée jour après jour au CSU mais également par des stations partenaires en Allemagne, Russie, Afrique du Sud et Italie. Cette mine d’informations, dont l’objectif premier est comprendre la physique de l’électronique embarquée, sera mise à disposition des industriels et servira à améliorer les méthodes de test au sol.

Un succès qui en appelle d’autres

Des résultats qui satisfont pleinement Philippe Augé. Le président de l’Université de Montpellier dresse un bilan enthousiaste de cette aventure spatiale : « C’est un beau succès du CSU, de la fondation Van Allen et des partenaires. Un beau succès en matière de formation puisqu’à travers le CSU et Robusta, les composantes de l’Université de Montpellier peuvent proposer des formations dans ce domaine à nos étudiants. C’est un beau succès également en thématique de recherche. Montpellier n’est pas simplement là où on l’attend. On dit toujours, Montpellier c’est la santé, l’agronomie, l’écologie. Montpellier c’est aussi l’espace et il n’y a donc pas que l’Occitanie Ouest qui peut s’en prévaloir ».

Des données sont envoyées quotidiennement par le nanosatellite © CN

Robusta-1b est une réussite évidemment saluée par Michel Courtois. Le président de la fondation Van Allen appelle les équipes du CSU à savourer : « Profitez de ce moment. Il faut très longtemps faire des efforts pour quelques minutes de bonheur. Cela aide à conforter les partenaires, à montrer que les efforts de chacun servent à quelque chose ». Fort de son expérience et expertise désormais acquises et reconnues, le CSU développe actuellement Robusta-3a Méditerranée. Un nanosatellite, trois fois plus grand que le modèle 1b, dont la mission en partenariat avec Météo France consistera à collecter des données environnementales qui permettront d’alimenter les modèles de prévision des épisodes cévenols.

Trois questions à Laurent Dusseau, directeur du Centre Spatial Universitaire de Montpellier

Quel bilan tirez-vous de cette année en vol de Robusta 1b ?

On a appris énormément de choses au niveau des opérations du satellite. Le premier avait fonctionné trois semaines en vol donc on n’avait pas vraiment eu le temps d’aller jusqu’au bout de la façon d’opérer un satellite en mission. Pour nous cela a été un apprentissage de comment on pilote un satellite en vol, comment est-ce qu’on récupère les données et ce que l’on peut en faire. La deuxième chose cela a été la robustesse du design de l’architecture qui a été mise en place sur nos nanosatellites. Beaucoup meurent dans les trois semaines ou le mois après le lancement. On est arrivé à avoir un satellite qui vit bien puisque sa mission va continuer pendant encore au moins un an avec un satellite qui fonctionne très bien. La troisième c’est que du point de vue de la recherche, les résultats expérimentaux que nous avons obtenus sont très intéressants pour les chercheurs et pour les industriels car ils pourront être directement appliqués sur les gros satellites. La présence d’Airbus, de 3D Plus et des différents fondateurs montrent qu’ils s’intéressent à ces résultats. Enfin, c’est le côté humain. On a lancé un satellite. Premier choc, est-ce qu’il va marcher ? Le deuxième, est-ce qu’il va parler ? On est passés par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel pour finalement arriver à ce magnifique résultat. Il y a des jours où il a moins bien fonctionné et il a fallu le remettre en route mais c’était prévu dans les procédures. Et il a résisté à toutes les éruptions solaires que l’on a eues cette année. C’est une très belle validation de la technologie montpelliéraine car c’est un satellite qui a été entièrement conçu, réalisé et fabriqué à Montpellier et à l’IUT de Nîmes.

D’un point de vue pédagogique, c’est aussi un succès ?

On est entourés ici de toute une génération d’étudiants dont la plupart n’ont pas travaillé sur Robusta 1b. Il y a plus de cent étudiants qui ont travaillé sur ce projet et tous ont trouvé un emploi derrière. À tel point que l’on n’arrive pas à fournir les industriels en étudiant. Nous-mêmes au CSU, nous avons des emplois que nous n’arrivons pas à pourvoir car nos étudiants sont embauchés directement dans l’industrie du spatial avant que nous puissions les garder.
Nous ne pouvons accueillir plus d’étudiants car nous sommes limités à la fois légalement et par la place. Par contre, pour les étudiants qui rentrent dans les formations, les portes sont ouvertes. On cherche des étudiants, et je lance un appel aux filles, pour faire du spatial. Et pas seulement des ingénieurs, aussi des petites mains.

Quels sont désormais les objectifs du CSU ?

Nous sommes partis pour lancer un satellite tous les ans. Il y en a un, pour l’Agence Spatiale Européenne, dont le lancement est prévu avant la fin de l’année, et le suivant, pour le CERN, l’année d’après. Ensuite le gros satellite 3U (30 cm x 30 cm / 4 kg), qui est bien avancé, sera lancé probablement en 2020. Aujourd’hui, on a défini toute une série de missions qui doivent à la fois répondre aux besoins de nos partenaires et toujours nous permettre de former nos étudiants pour un planning jusqu’en 2020-2025. Cela avec une technologie toujours plus performante et derrière un essaimage pour monter des start-up afin de créer un écosystème économique qui va faire que nos étudiants puissent être embauchés sur Montpellier et développer l’activité économique locale. C’est ce qu’il se passe déjà au sein du CSU. Aujourd’hui, c’est la fête de la partie universitaire mais il y aussi dans ce bâtiment la partie test environnement d’Airbus ou à l’étage des sociétés comme Trad, Systelia ou Tecnalia. Il y a tout un microcosme qui s’est créé autour du domaine spatial.

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