Interview. Robins Tchale-Watchou : “L’avenir du sport passe par l’entertainment »

On avait quitté l’ancien 2ème ligne du MHR et président de Provale, le syndicat des joueurs de rugby, en juin 2017, lorsque Mohed Altrad avait annoncé son licenciement brutal du MHR. Le Camerounais, qui partage son temps entre Montpellier et Paris, a « profité » de cette fin de contrat pour prendre sa retraite sportive. Mais l’ex-pro est rapidement revenu au sport dans un autre costume, taillé sur mesure pour ses larges épaules : celui de directeur général de Vivendi Sports.

Il n’est plus sur la pelouse, mais Robins Tchale-Watchou est devenu un personnage-clé d’un sport français en pleine mutation. Et en Occitanie comme à Montpellier, l’ex 2ème ligne compte bien s’en « mêlée ». Interview.

Robins, vous êtes toujours président du puissant syndicat Provale mais vous avez aussi commencé un nouveau job… En effet, je suis devenu Directeur Général de Vivendi Sports, la structure chargée de fournir du contenu sportif aux chaînes du groupe, dont Canal +. Pour cela, nous avons une stratégie qui repose sur l’acquisition de droits TV et la création de compétitions sportives internationales.

Comme le Tour de l’Espoir au Cameron. C’est une création Vivendi Sports ?Oui, il s’agit du type d’événement que nous sommes capables de développer. Cette course, nous l’avons créé en partenariat avec l’UCI : le Tour de l’Espoir est réservé aux moins de 23 ans et sera disputé, pour ces deux premières éditions, dans mon pays natal. Nous travaillons toujours en amont avec les fédérations pour préparer les compétitions dans une relation gagnant-gagnant avec les chaînes du groupe.

Il n’y a pas que le foot et nous allons accompagner l’évolution de tous les sports.

Canal + vient justement de perdre les droits de la Ligue 1 pour 2020-2024. Cela remet-il en cause votre stratégie ?
Non, absolument pas. En fait, il faut bien comprendre que l’écosystème du sport évolue. En France, il faut suivre cette évolution sur, notamment, deux axes majeurs : l’économie réelle et l’entertainment. Dans le cas des droits de la Ligue 1, nous sommes sur un exemple concret de ce qu’il faut faire et ne pas faire en fonction d’une économie réelle. Avoir perdu la Ligue 1 n’est pas un échec pour Canal +, c’est un choix.

Un choix ? Vraiment ?
Vraiment. Nous sommes dans l’économie réelle. Canal + a fait une offre conforme à la réalité mais le groupe MediaPro, en proposant près de 1,2 milliard d’euros, a fait exploser les droits du foot français de +60% ! C’est une folie qui ne tient pas compte de l’économie réelle. MédiaPro pourra-t-il atteindre 7 millions d’abonnés ? Pas sûr. Canal + aurait fait une erreur fatale en s’alignant sur cette somme et n’a donc pas pris ce risque : la chaîne existe depuis 30 ans et existera encore dans 30 ans avec ou sans le foot.

La perte de la Ligue 1 est un gros risque…
Pour la petite histoire, je rappelle que nous avons encore la Ligue 1 jusqu’en 2020. En deux ans, il va se passer beaucoup de choses… En fait, quand tu investis massivement dans une discipline, la question à se poser est la suivante : tu vends à qui et comment ? Je m’interroge sur la stratégie de MédiaPro. Nous, en tout cas, nous savons ou nous allons. Il n’y a pas que le foot et nous allons accompagner l’évolution de tous les sports.

Nous avons créé un projet mêlant sport et spectacle que nous présenterons pour la première fois, en avant-première, lors d’un événement en Occitanie.


Justement, vous évoquez l’entertainment. Est-ce un vrai besoin ?

C’est inévitable ! C’est l’une des raisons du succès du sport américain. Les grandes fédérations US, comme la NBA ou la NFL, ont développé ce concept de l’entertainment en créant des évènements mêlant le spectacle à l’évènement sportif avec, en point d’orgue, le grand show du SuperBowl. Le spectateur américain sait qu’il va passer 3 ou 4 heures dans une enceinte, en famille, qu’il verra du sport, du spectacle, qu’il mangera sur place, etc… En France, ce n’est pas le cas. Dès que le match est terminé, rideau, tu sors de la salle, et le plus souvent, il n’y a même pas d’animations pendant le match. Mais tout cela est en train de changer car le public français aspire à cette offre. Il faut bien comprendre que le sport, demain, sera associé au spectacle.

Dans ce domaine, Vivendi Sports va proposer des choses nouvelles ?
C’est notre objectif. Nous allons bientôt développer en France le concept d’entertainment cher à Vivendi. Pour cela, nous avons créé un projet mêlant sport et spectacle que nous présenterons pour la première fois, en avant-première, lors d’un événement en Occitanie. Nous montrerons quelque chose qui ne se voit actuellement qu’aux USA. Cet événement devrait faire date !

Et ce sera à Montpellier ? À Toulouse ?
(rires) Je ne peux pas en dire plus pour le moment. Nous communiquerons sans doute sur ce projet vers octobre 2018. Ce que je peux dire, c’est que la formule que nous allons présenter doit donner des idées aux clubs et aux collectivités !

Est-ce un hasard si vous lancez cette nouvelle offre en Occitanie ?
Vivendi Sports travaille avec toutes les régions de France, mais on garde un œil bien sûr sur l’Occitanie. Peut-être parce que c’est la région où ma famille est installée, mais aussi parce que cette région est avant-tout un très grand territoire de sport comme le prouvent les résultats de cette année : le MHB sur le toit de l’Europe, une finale 100% Occitanie pour le Top 14, les volleyeuses de Béziers championnes de France… Sans oublier Nîmes qui remonte en Ligue 1 et Perpignan en Top 14.

L’entertainment, c’est l’avenir du sport ?
C’est une solution pour booster les fréquentations des enceintes. En fait, l’enjeu consiste aussi à ramener le sport dans la vie de la cité, pour que les citoyens reviennent aux matchs. Il y un enjeu sociétal derrière : si on favorise le spectacle, la progression du public et les audiences, on augmente les ressources des Fédérations et donc la répartition du financement entre sport pro et sport amateur. Notre modèle vise à favoriser l’épanouissement des deux. Le sport amateur doit être le vivier du sport professionnel.

Vivendi est le dernier poids-lourd français dans ce domaine.

Cette évolution du sport, Vivendi est-il le seul groupe à la proposer ?
Seuls quelques grands groupes dans le monde peuvent aujourd’hui croiser autant d’enjeux économiques et sociétaux dans une vision à long terme. Mais la situation est délicate : le démantèlement de Lagardère Sports rappelle que de grands groupes internationaux, notamment chinois, veulent conquérir le marché mondial du sport. Or, Vivendi est le dernier poids-lourd français dans ce domaine. Nous expliquons aux acteurs politique et économiques qu’un groupe français puissant, c’est bon pour le sport en France.

Que pouvez-vous apporter aux collectivités ?
Pour faire vivre des clubs, il faut développer un système qui permet de faire vivre les enceintes. L’une des solutions consiste à faire venir de nouveaux partenaires privés. A Montpellier, le hand l’a très bien fait d’ailleurs… Mais pour faire venir des partenaires, il faut faire évoluer l’offre et être innovant. Cela passe par ce que nous avons évoqué : des moyens renforcés pour la diffusion des compétitions (droits télé) ; une offre entertainment enrichie ; la modernisation des sites… Vivendi Sports amène la couverture médiatique et une vraie expérience de l’entertainment.

Le sport doit se remettre en question ?
Il doit évoluer car il est à un tournant. Le risque est de voir le sport se couper d’une majorité de citoyens avec des abonnements télé trop chers ou trop diffus. Par exemple, après la faillite de TPS qui peut me dire où et quand voir un match de basket à la télé ? Il faut que les Fédérations anticipent les évolutions en se fiant à un paramètre inévitable : l’économie réelle de leur discipline. Nous sommes là, justement, pour leur apporter notre expertise… On remarque aussi que la surdose de foot créée un sentiment de saturation chez une partie de la population qui demande autre chose : de la variété. Les conditions sont réunies pour que d’autres sports accèdent à de nouveaux espaces.

Et pour aider ces disciplines, vous êtes prêt à entrer dans la mêlée.
(rires) A Vivendi, nous sommes prêts. Nous avons l’expertise, les médias, les abonnés, la capacité d’investissement d’un grand groupe et bientôt, nous présenterons notre vision de l’entertainment. Le sport doit évoluer et nous proposons la bonne formule.

Robins, pas de regret d’avoir arrêté le rugby ?
Pas un seul. (Il regarde sa montre). J’ai rendez-vous dans 1 heure et je pars demain matin à 5h à Londres. Je crois que je cours encore plus qu’avant !

>> Propos recueillis par Gil Martin / Photos : Mario Sinistaj / Vidéo : Arnaud Boularand

>>> Interview parue dans Métropolitain, L’Officiel numéro 1905 du mardi 12 juin.

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