Pompier mort au feu à Gabian : vers une quinzaine de gardes à vue

EXCLUSIF MÉTROPOLITAIN. Une quinzaine de sapeurs-pompiers du Sdis de l’Hérault, des professionnels et des volontaires, dont de nombreux officiers de la chaîne de commandement et des services techniques, lors du violent feu de forêt entre Gabian et Roquessels, durant l’été 2016 ont été convoqués ce mardi en vue de leur audition sous le régime de la garde à vue, selon une source proche de l’enquête.

Ces casqués du Sdis 34 vont être interrogés un par un par les gendarmes de la section de recherches de Montpellier, saisis d’une commission rogatoire délivrée par le dernier juge d’instruction nommé en date, après le départ du premier magistrat désigné au moment de l’ouverture d’une information judiciaire pour homicide involontaire et blessures involontaires par le procureur de la République de Béziers.

Langue de feu gigantesque

Il s’agit de déterminer si, dans l’hypothèse où des dysfonctionnements ont eu lieu, des responsabilités pénales peuvent être retenues. La question, notamment pour la famille de Jérémy Beier, décédé à l’âge de 24 ans et les trois autres sapeurs-pompiers brûlés, dont deux sont amputés depuis, est de savoir pourquoi les quatre camions-citernes feux de forêt -CCF- et une jeep d’un groupe d’intervention feux de forêt -GIFF- de la colonne de Montpellier, dépêchée en renfort du Sdis à Vailhauquès ont été envoyés à la cime d’une colline où les bombardiers d’eau ne pouvaient pas intervenir à cause d’une ligne électrique à haute tension et alors qu’une gigantesque langue de feu progressait dans leur direction.

Les malheureux casqués ont été piégés. Jérémy Beier est mort de ses terribles brûlures quelques semaines après. Domicilié à Saint-Mathieu-de-Tréviers, il venait de réussir son concours de sapeur-pompier professionnel et venait d’être affecté à la caserne Marx Dormoy, celle de Montpellier-Montaubérou, au Millénaire. Depuis le drame, sa famille et ses amis souhaitent que la vérité judiciaire éclate.

Dans la quinzaine de gardes à vue qui vont être organisées ne figure pas le colonel Christophe Risdorfer, directeur du Sdis 34 à l’époque du drame. Mais, selon une source proche de l’enquête, celui qui a rejoint la direction nationale de la Sécurité civile à Paris au grade de contrôleur général n’échappera pas à une garde à vue qui aura lieu ultérieurement, dans la foulée des auditions de la quinzaine de « soldats du feu » du Sdis de l’Hérault, selon nos informations. Il a déjà été entendu comme simple témoin par les gendarmes, mais il leur reste un crédit pour le placer en garde à vue.

Il est impossible de dire au stade actuel de la procédure, si ces gardes à vue, toutes ou certaines, déboucheront sur une ou des mises en examen. C’est le juge d’instruction qui tranchera à l’issue des auditions par les gendarmes.

Une stèle à la mémoire de Jérémy Beier

C’est un drame terrible qu’on ne peut pas oublier : l’injuste disparition de Jérémy Beier, mort au feu à l’âge de 24 ans est ancrée à vie dans la mémoire de sa famille, toujours très éprouvée et de ses amis : très grièvement brûlé en luttant contre le feu de forêt de Gabian et de Roquessels, au nord de Béziers, le 10 août 2016, le jeune héraultais qui venait de réussir son concours comme sapeur-pompier professionnel et d’être embauché par le Sdis 34 décédait au CHU de Montpellier, le 21 septembre 2016.

Les trois autres « soldats du feu » engagés dans le groupe d’intervention feux de forêt -GIFF- commandé par un sergent en poste au centre d’intervention et de secours -Cis- de Mèze, conservent des séquelles : physique, morale et mentale pour deux d’entre-eux qui ont été amputés depuis, morale et mentale pour le troisième, qui a échappé miraculeusement à l’énorme langue de flammes ayant happé les engins, noyés par ailleurs dans des fumées âcres.

Pompiers du GIFF et du groupe commando décorés

Lors de la prise de commandement officielle du colonel Éric Florès, le nouveau directeur du Sdis de l’Hérault, une étape de la cérémonie -contrairement au rite officiel, ce n’est pas l’ex-directeur, Christophe Risdorfer qui a remis le drapeau, mais le préfet de l’Hérault, Pierre Pouëssel- n’est pas passée inaperçue : les pompiers qui formaient le GIFF pris dans les flammes à Gabian, y compris ceux du commando feux de forêt ont tous été décorés de la médaille d’or du ministère de l’Intérieur. Outre l’ancien directeur du Sdis 34, il y avait un autre absent : l’adjudant-chef qui était à la tête du GIFF. Le chef de groupe devrait recevoir sa médaille discrètement, ultérieurement.

Les parents et le frère de Jérémy Beier, Thomas qui fait toujours partie de l’équipe des sapeurs-pompiers volontaires à la caserne de Saint-Mathieu-de-Tréviers ont assisté à cette cérémonie, à l’invitation du colonel Éric Florès. « Nous remercions chaleureusement le colonel Florès, mais, pas question pour nous de faire un commentaire sur cette cérémonie, nous faisons confiance à la justice pour que la vérité éclate sur les circonstances du drame », se contente de dire la famille, dont la vie a basculé depuis un an.

Un rapport gardé secret

Du côté de l’enquête, ou plutôt des enquêtes, les investigations se poursuivent : les procédures administratives et judiciaires sont en cours. Deux rapports d’enquête sont toutefois achevés, dont celui de la direction générale de la Sécurité civile qui est gardé secret. Jusqu’à quand ? Ce rapport qui est sur le bureau du préfet de l’Hérault n’est pas communicable au public et donc aux médias, selon nos informations.

« En cas de procès, toutefois, il pourra être évoqué par le procureur de la République et les avocats, puisque ce document sera transmis au juge d’instruction », souligne une source proche de l’enquête.

Pour le volet judiciaire, les gendarmes de la section de recherches de Montpellier ont déjà abattu un travail colossal. On ne compte plus les auditions du simple pompier volontaire et professionnel aux officiers, les déplacements sur le terrain entre Gabian et Roquessels, les actes techniques et scientifiques, la collecte de plusieurs centaines de documents, notamment auprès du Sdis de l’Hérault, l’écoute de bandes d’enregistrements de la gestion de l’incendie etc.

Un nouveau juge d’instruction

Ils agissent sur commission rogatoire d’un juge d’instruction, depuis l’ouverture d’une information judiciaire par le procureur de la République de Béziers. Un nouveau magistrat instructeur vient de prendre le relais, au coeur de l’été 2017 de son collègue qui a quitté le tribunal de grande instance de Béziers. Les rapports administratifs et internes ont été joints à la procédure dirigée par le magistrat instructeur.

Il a relancé l’instruction pour que la famille de Jérémy Beier et les trois autres parents des pompiers brûlés puissent enfin connaître la vérité sur cette tragédie. Une question les taraude : aurait t-elle pu être évitée ? En clair, y a t-il eu une ou des fautes humaines ?

Le souvenir de Jérémy Beier n’est pas oublié : le 21 septembre dernier, sur son compte Twitter, le Sdis 34 lui a rendu hommage et le site Feux de Forêt sur sa page Facebook a une pensée pour lui.

Un olivier planté à Gabian avec la photo de Jérémy Beier sur le site de Gabian Photo D.R.

2 Comments

  1. Quel drame épouvantable … Un si jeune homme, si beau, si heureux, si fier d’être un soldat du feu …. Condoléance à sa famille et ses proches, et HONTE à ceux qui ont permis que cette horreur se produise !

  2. Courage à la Famille pour sa lenteur et dysfonctionnements des couacs à répétitions de cette institutions BITTEROISE en passant de juges!
    Une affaire de la sorte va durer minimum 10 ans et encore, en changeant de magistrat tous les 6 mois, avec des commissions rogatoires, complément d’informations, des médecins expert qui rendront leur rapport au bout deux ans et j’en passe.
    Des Juges qui vous répondent qu’ils ont des affaires plus urgentes à traiter!
    On pense être dans un état de droit mais non!

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