Raffineries en grève : Frontignan ne sera pas bloqué

Pendant trois jours à compter de 20h ce dimanche, 13 sites de raffineries et de dépôts pétroliers seront bloqués par les agriculteurs français, à l’appel de la FNSEA, qui proteste contre l’attitude du gouvernement sur les importations de matières premières. En Occitanie, seul le dépôt pétrolier de Lespinasse, au nord de Toulouse sera touché. Celui de Frontignan-la Peyrade dans l’Hérault ne sera pas impacté par ce mouvement national, « pour ne pas bloquer l’activité économique et portuaire de Sète », selon un responsable syndical.

La FNSEA dénonce les « contradictions » d’un gouvernement qui « exige de ses agriculteurs des normes qu’il n’impose pas aux importations de matières premières. On dénonce les contradictions du gouvernement sur les accords internationaux et les négociations bilatérales qui autorisent des contingents d’importation complémentaires qui viennent déstabiliser l’ensemble des filières », indique Jérôme Despey, le secrétaire général de la FNSEA.

L’huile de palme en cause

« L’huile de palme est ce qui a fait déborder le vase, alors que la filière oléoprotéagineuse française a la capacité de pouvoir répondre aux besoins des groupes pétroliers. Non content d’en avoir dans le Nutella, maintenant ce sont 400’000 tonnes d’huile de palme qui vont arriver dans les raffineries, donc dans nos voitures », avait déploré la semaine passée la présidente du syndicat Christiane Lambert.

Le groupe pétrolier français Total a été récemment autorisé par l’État à exploiter une bio-raffinerie à La Mède, entre Marseille et Martigues, fonctionnant à l’huile de palme, à la place de sa raffinerie et de sauver ainsi 450 emplois.

Dialogue difficile et promesses non tenues

Dans un document de la FNSEA que Métropolitain a consulté ce dimanche, plusieurs raisons poussent les agriculteurs à cette mobilisation dès ce soir : un dialogue difficile avec le gouvernement qui fait fi des corps intermédiaires, des promesses non tenues par le gouvernement, de nouvelles charges subies par les agriculteurs qui ne perçoivent pas le juste prix de leurs efforts, malgré les efforts fournis pour répondre aux demandes sociétales et à la montée en gamme, une agriculture française qui est sans cesse la variable d’ajustement d’accords commerciaux internationaux débridés, créant une concurrence totalement déloyale.

« Le dernier exemple en date est celui des importations d’huile de palme à la raffinerie Total de la Mède, près de Marseille. Il illustre une nouvelle fois l’incohérence entre les discours et les actes du gouvernement. Annoncée en pleine lecture du projet de loi EGA, cette décision confirme l’urgence de se mobiliser pour inverser le rapport de force. Il faut mettre fin aux importations qui ne respectent pas nos standards de production et concourent à des distorsions de concurrence intolérables. Pourquoi ? Aujourd’hui, des distorsions de concurrence existent sur certains produits. Il est impossible, pour les agriculteurs français, de produire au même prix que leurs homologues de l’UE ou hors UE. Ces distorsions de concurrence sont notamment causées par des coûts de main d’œuvre supérieurs en France, une fiscalité des entreprises agricoles défavorable par rapport à leurs concurrents étrangers, des obligations environnementales qui impliquent des charges supplémentaires aux exploitations, des obligations bien supérieures à nos voisins », est-il mentionné dans ce document.

Des lieux stratégiques pour l’État

La FNSEA ajoute que, « certains produits de traitement des végétaux et des animaux, peu coûteux pour les producteurs, ne sont pas autorisés en France. Pourtant ils sont autorisés chez nos voisins qui alimentent le marché français avec ces produits moins chers mais moins sûrs et moins sains pour la santé des consommateurs. Des modes de production et d’abattage différents. Au Canada, aux Etats Unis et dans les pays du Mercosur, les élevages intensifs hors-sol dits en « feed-lots » sont courants alors que le système de production français est davantage basé sur des systèmes d’élevages familiaux, généralement herbagers, strictement réglementés sur le plan sanitaire et en matière de traçabilité des animaux ».

Le document de la FNSEA  relève que, « Les raffineries sont des lieux stratégiques pour l’Etat et symbolisent le double discours dont nous sommes victimes. Pour obtenir gain satisfaction, il nous faut rallier l’opinion publique à notre cause, en perturbant le moins possible. D’où ce choix d’une cible indirecte ».

Les revendications

Première revendication : la France doit protéger ses paysans et ses modes de production par la loi pour mettre fin aux distorsions de concurrence induites par des accords commerciaux bilatéraux. Nous demandons une interdiction d’importer tout produit ne correspondant pas aux standards de production français.

Deuxième revendication : aucune loi ni évolution réglementaire ne doit plus générer de charges nouvelles, et aucune norme ne doit être créée sans une étude d’impact complète. Nous demandons une consultation systématique du CORENA pour réaliser des études d’impact en cas de nouvelles réglementations.

Troisième motif de cette grève : la France doit alléger le coût du travail pour permettre aux employeurs agricoles d’être compétitifs par rapport à leurs concurrents européens. Il est vital pour l’agriculture de trouver des solutions durables. Tant que des distorsions de concurrence aussi fortes existeront au niveau européen, des dispositifs d’exonération de charges sociales doivent être pérennisés et amplifiés en France. Le coût du travail doit faire l’objet d’exonérations permettant de limiter le dumping social et garantir une concurrence saine, notamment au sein de l’Europe.

Quatrième revendication : les plans de filières doivent déboucher sur la mobilisation de moyens d’investissement pour les transitions en exploitations agricoles et répondre aux objectifs initiaux des EGA d’amélioration du revenu des agriculteurs. Outils de communication grand public / média Eléments de langage à destination du grand public Il est important, pour faire passer nos revendications, de vulgariser notre discours en privilégiant des messages simples et concis et en donnant des illustrations concrètes. Les contraintes de productions françaises impliquent des coûts de production supérieurs. Elles nécessitent des prix de vente revalorisés : plus vert, c’est plus cher. Elles garantissent à l’ensemble de la population : une alimentation sûre, saine et de qualité. Des conditions de travail respectueuses des salariés. Le maintien du second secteur économique français et des emplois associés. Le maintien de la biodiversité et l’entretien des paysages.

20’000 à 30’000 éleveurs menacés

Quelques chiffres sont livrés : les territoires ruraux représentent 78% du territoire national et 22% de la population y résident (source INSEE). Les agriculteurs sont sources de dynamisme et d’activité dans les zones rurales. Leurs contributions à la vie des territoires sont multiples : dynamisme rural, cadre de vie, tourisme, etc. Avec le CETA, la France et l’Europe importeront des marchandises produites avec 46 molécules interdites aujourd’hui sur le sol européen. 71% des Français sont fermement opposés à l’utilisation d’huile de palme dans les carburants.

Dans le cadre des accords CETA/MERCOSUR, 20’000 à 30’000 éleveurs sont menacés. Hashtags, pour la communication sur les réseaux sociaux Nous vous incitons à fortement relayer cette mobilisation et nos revendications sur les réseaux sociaux en utilisant un hashtag commun ».

Les treize sites bloqués

Treize sites sont donc concernés par ces blocages, de dimanche soir à mercredi : Donges, en Loire-Atlantique ; Gonfreville l’Orcher, en Seine-Maritime ; Dunkerque, dans le Nord ; Coignières, dans les Yvelines ; Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine ; Grandpuits, en Seine-et-Marne ; Vatry, dans la Marne ; Strasbourg, dans le Bas-Rhin ; Cournon, dans le Puy-de-Dôme ; Lyon et Feyzin, dans le Rhône ; La Mède, près de Martigues, dans les Bouches-du-Rhône ; Lespinasse, au nord de Toulouse, en Haute-Garonne.

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