Exposition à Montpellier : « Mes semblables » à la galerie de l’Ancien Courrier

Notre critique d’art Manon Haddouche a eu le coup de foudre pour une exposition originale dans l’Écusson, à Montpellier. Comme chaque dimanche, on découvre son coup de coeur. Des anonymes qui nous ressemblent à voir sans faute.

Entre la place Saint Anne et la place Saint Roch, la charmante galerie de l’Ancien Courrier accueille les oeuvres de Frédéric Blaimont jusqu’au samedi 30 juin, dans le cadre de l’exposition « Mes semblables », une interlude à la ballade dans cette rue pavée. 

Ayant réalisé ses études à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris et à l’École de Bâle en Suisse au début des années 70 -Kunstgewerbeschule-, l’artiste livre ici une invitation au voyage, dans des scènes quotidiennes représentées avec une minutie et une technique maîtrisée. Le monde comme il est rarement vu est ici précieusement exposé. 

Une technique pointue au service de la réflexion

Les oeuvres accrochées, une vingtaine, sont des peintures à l’huile sur toile. Une technique qui « en plus de ces qualités intrinsèques, permet un temps de réflexion plus important dû au délais lent de séchage », pour l’artiste à l’esprit envahi par la créativité. Petits et grands formats représentent différents sujets seuls ou à plusieurs.

Ces anonymes, comme nous en voyons tous les jours, sont extraits de leur contexte; sur des fonds monochromes dans lequel le décor n’est pas fixé ou l’est de façon très sommaire, mais suffisante pour se projeter. Ils sont représentés, accompagnés de ce qui les définissent : matériellement à l’aide d’accessoires plus ou moins détaillés ou sous un trait de personnalité que l’artiste rend alors visuellement définissable et facilement identifiable.

Ces points spécifiques sont mis en exergue. Le sujet en lui-même n’a en fait ici pas la place fondamentale, c’est ce que Frédéric Blaimont en fait, avec sa réflexion et son exécution qui le rend intéressant : cette transition entre l’image renvoyée par la réalité à l’artiste et la façon avec laquelle il la reçoit, l’assimile et l’interprète finement de façon picturale. En se concentrant sur ces aspects particuliers, l’essence même des sujets est captée et offerte au travers des silhouettes et de la carnation, travaillée ici avec une grande dextérité. 

Êtres individuels et êtres sociaux

Loin des « canons » de beauté habituels, « canons » fortement ancrés dans une société où règne l’image au sens large, Frédéric redéfinit une esthétique originale qui lui est propre. La beauté  revêt alors son aspect subjectif dans ses oeuvres, sans filtre. Ces êtres, non sans évoquer parfois la dramaturgie dans son aspect social, nous renvoient à notre propre place au sein du monde, de la société du fourmillement urbain constant, ou dans la solitude.

Témoins de ces scènes quotidiennes, on se pose les mêmes questions qui parfois nous traversent l’esprit dans la rue : quelle est l’histoire de cette personne ? Qui est-elle ? Dans un réalisme flirtant avec l’abstrait, l’artiste se pose en observateur, sachant tirer d’un sujet son caractère pour nous l’offrir et nous le livrer, sans artifice. Le potentiellement déplaisant à regarder n’est ici pas dissimulé.

À la question « Quel est au fond le rôle du sociologue dans la société pour vous ? », Michel Crozier, dont l’interview est retranscrite sur son site internet, répond : « Le rôle du sociologue est d’établir des faits, et des faits qui ne soient pas seulement des descriptions mais qui soient une compréhension des phénomènes que l’on découvre ».

Ce que fait Frédéric en quelque sorte, en décortiquant ces âmes.

>> “Mes semblables”, exposition à visiter jusqu’au samedi 30 juin inclus, du mardi au jeudi de 14h à 19h, vendredi et samedi de 10h30 à 12h30 puis de 14h30 à 19h. À la galerie de l’Ancien Courrier, 3 rue de l’Ancien  Courrier, à Montpellier.

Tél. 04.67.60.71 88 www.galerieanciencourrier.com

Photo Manon Haddouche pour Métropolitain.
Photo Manon Haddouche pour Métropolitain.
Photo M.H.
Photo M.H
Photo Frédéric Blaimont.

1 Comment

  1. Tout est dit dans cet article ciselé au scalpel. Le plus important est qu’il ne faut pas rater cette exposition. JP Dufeu

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