Urbanisation dans l’Hérault : la protection des terres, priorité du préfet

L’urbanisation consomme trop d’espaces naturels et de terres agricoles. Récemment, le préfet de l’Hérault a fait le point avec les collectivités sur leurs projets d’aménagements. L’Etat privilégie désormais la reconstruction de la ville sur elle-même. Objectif : diminuer par deux le rythme d’artificialisation des terres agricoles et naturelles.

Le 6 janvier 2017, le préfet de l’Hérault avait attiré l’attention de l’ensemble des élus sur l’importance de la préservation du foncier agricole et naturel pour les générations futures et les principes d’une urbanisation maîtrisée. « L’État a également, à cette occasion, porté à la connaissance du public les données de consommation d’espace sur chaque commune et chaque territoire », rappelle le préfet héraultais Pierre Pouëssel, Toutes les données et les stratégies de chaque territoire sont désormais consultables sur le site de la préfecture ».

4 160 hectares consommés en 10 ans

Il faut dire que les terres agricoles et, plus généralement, les espaces naturels sont sévèrement atteints par l’urbanisation. « Sur la décennie écoulée (2003-2013), 4 160 hectares de terres agricoles et naturelles ont été consommées dans l’Hérault pour l’accueil de nouveaux logements, soit 300m2 par nouvel habitant, confirme la préfecture qui pointe, outre les espaces résidentiels, l’impact des zones d’activités, économiques ou commerciales, très consommatrices d’espace tandis que les zones existantes restent vieillissantes et peu qualitatives ».

La tâche urbaine a triplé

L’Etat enfonce le clou en terme de chiffres : « Depuis 1967, la tâche urbaine a triplé en France alors que dans le même temps, la population n’a fait que doubler… Cette artificialisation des terres s’est accélérée sur les trente dernières années : en une génération, 17’000 hectares ont été consommés, soit autant que les 33 générations précédentes, à un rythme largement supérieur à la croissance démographique ».

Face à cette situation, l’Etat avait donc demandé en janvier 2017 aux acteurs du foncier, et notamment les collectivités, chargées de rédiger et d’appliquer les schémas de cohérence territoriale (les SCoTs), des engagements forts : « Nous avons fixe comme objectif de diminuer par deux le rythme d’artificialisation des terres agricoles et naturelles », confirme Pierre Pouëssel.

La réunion en préfecture a permis de faire le point sur les territoires engagés dans la protection des espaces agricoles


L’urbanisation cible le tissu urbain

Plus d’un an après, le préfet de l’Hérault a souhaité dresser le bilan des intentions d’aménagement pour les décennies à venir et a réuni, début juin, l’ensemble des porteurs de SCoT en cours d’élaboration ou de révision dans le département : « Il a ainsi pu être constaté que la démarche a été fortement engagée dans certains territoires », annonce le représentant de l’Etat : « Les plus avancés dans ce domaine confirment leur intention de réduire de 50 % leur rythme d’artificialisation et d’envisager 60 % des projets de développement dans le tissu urbain existant ».

Occupation des sols dans l’Hérault.

Vers une loi sur le foncier agricole

En revanche, ceux qui ne se sont pas encore inscrits dans ces objectifs ont été invités par l’Etat à poursuivre leurs efforts et à mobiliser tous les leviers en faveur d’une gestion économe de l’espace : « Les échanges se poursuivront jusqu’à l’aboutissement des procédures pour la période 2018 à 2020 », précise Pierre Pouëssel qui confirme que la stratégie de l’Etat va dans ce sens : « Le gouvernement investit prioritairement dans les politiques de renouvellement urbain, de requalification et de redynamisation des cœurs de ville… Pour mieux préserver les terres naturelles et agricoles, il s’engage également dans un plan biodiversité pour une gestion durable des sols et de l’espace dans un objectif de sobriété des politiques d’aménagement et d’urbanisme. Enfin, une loi sur le foncier agricole est envisagée pour 2019 ».

La métropole de Montpellier se distingue

Le 20 avril dernier, la Métropole de Montpellier et la Chambre d’Agriculture de l’Hérault ont justement signé un document sanctuarisant 410 hectares soustraits à l’étalement urbain au profit de l’agriculture locale et de l’agroécologie. La collectivité veut devenir une « métropole productive » et entend ainsi soutenir les producteurs locaux et favoriser les circuits courts.

Objectif : permettre la transition alimentaire pour les citoyens. « Dans le cadre de la révision du prochain SCoT 2019-2040 de la métropole, le document qui fixe les futures zones de construction (logements, commerces, équipements…), nous nous sommes engagés à limiter l’étalement urbain au profit de la l’agriculture et des espaces naturels », confirme Philippe Saurel : « Aujourd’hui, notre SCoT réserve les 2/3 du territoire métropolitain à l’agriculture et à la préservation des espaces naturels et concentre l’urbanisation sur le 1/3 du territoire restant… Nous sommes la seule métropole à proposer un SCoT qui fait, pour les 40 prochaines années, une priorité de l’agriculture et de l’environnement ».

>> Plus d’infos :
Toutes les données et les stratégies de chaque territoire sont consultables sous le lien suivant :
http://www.herault.gouv.fr/Publications/Documentation/Agriculture-Foret-Alimentation/Evolution-de-la-consommation-de-l-espace-dans-l-Herault

1 Comment

  1. Bonjour

    Montpellier Métropole fait une communication abondante sur l’agroécologie de proximité et le réinvestissement agricole de nos secteurs périurbains. Sur le thème de la préservation des terres agricoles la situation est loin d’être en accord avec les déclarations vertueuses.

    Le SCoT en cours de révision prévoit d’ici 2040 plus de 3000 hectares d’extensions urbaines; c’est considérable!

    Le SCoT proposé suggère de verrouiller les limites urbaines afin de préserver les espaces encore ouverts (friches, espaces naturels, terres agricoles, boisements). Mais il ne formule aucune obligation dans ce sens, alors qu’il existe des dispositifs réglementaires pour cela, et que la Métropole refuse jusqu’à maintenant d’envisager.

    La Chambre d’Agriculture a obtenu que 400 ha de terres agricoles soient retirées des périmètres urbanisables. C’est bien; mais cela représente à peine 12% de la consommation d’espaces; et seulement sur l’Est de Montpellier. Rien n’a été obtenu sur la Plaine Ouest, particulièrement menacée par les extensions urbaines. De plus la Chambre d’Agricultures, avec cet accord, se prive de la possibilité d’exprimer d’autres exigences .

    Les projets actuels de réinvestissement agricole d’espaces périurbains se compte sur les doigts d’une main, et ne concernent que des projets modestes. Le moment est venu de passer à des projets de grande ampleur, soutenus par les élus et collectivités; sans quoi les ambitions affichées sont vouées à un échec retentissant. L’absence de projets, et de véritable sanctuarisation des terres périurbaines, exposent celles-ci à la convoitise des spéculateurs fonciers, et décourage toute tentative d’investir efforts et moyens financiers sur des programmes agroécologiques.

    Le moment est venu de réfléchir ensemble. Nous devons ‘inverser le regard’ sur l’urbanisation (sic le SCoT de 2006), et concevoir la Pénétration de la Campagne dans la ville.

    Bernard LAPORTE
    animateur du Collectif CEINTURE VERTE

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