Avec Destins Montpelliérains, Michaël Delafosse prône la consultation citoyenne

Après avoir mené plusieurs réunions publiques depuis le début de l’année, Michaël Delafosse a lancé samedi le mouvement : Destins Montpelliérains. Un appel à « imaginer ce que sera Montpellier dans 30 ans en regardant les problèmes maintenant ». Si l’intéressé ne parle pas des élections municipales, il s’agit tout de même là de la fondation d’un socle de réflexion visant à s’étendre à l’ensemble des citoyens en vue de cette échéance.

Un exercice fédérateur, voulu hors des chapelles politiques, destiné dans un premier temps à se pencher au chevet de la ville afin d’apporter des solutions aux problèmes exposés.

Hors des partis

Au coeur de la faculté de médecine, « un lieu d’exigence, d’humanisme et d’espérance », Michaël Delafosse a d’abord posé les bases de cette rencontre à laquelle assiste environ 200 personnes. Parmi quelques citoyens curieux, beaucoup de sympathisants de sa famille politique et plusieurs cadres, dont Hussein Bourgi, premier secrétaire de la fédération de l’Hérault. Le Parti Socialiste ne sera néanmoins jamais cité, ni aucun autre parti d’ailleurs.

Loin de les rejeter, c’est une main tendue vers ceux qui partageraient la même vision. « Les partis politiques, cela compte, c’est indispensable à notre démocratie. Est-ce que l’on est obligé à l’échelle locale de rejouer l’Assemblée nationale ? Je ne crois pas » expliquera t-il. Le mouvement veut « créer une forme de démocratie nouvelle », invite « à ne pas s’enfermer dans des postures et à être capable de travailler sur les défis à travers une réponse collective ».

Un temps d’échange

« Une ville est fragile comme le coeur d’un mortel » cette citation de Julien Gracq, Michaël Delafosse en fait l’illustration de son inquiétude pour la ville qu’il veut être un « refuge » pour y « faire vivre l’humanisme du XXIe siècle ». Mais avant tout, il veut dresser un diagnostic et pour cela invite l’assistance à « tenir des propos de convictions et sans angélisme sur ce qu’est l’identité de Montpellier ».

Une thérapie de groupe citoyenne dressant un état des lieux de la ville. Michaël Delafosse écoute, compile les interventions sur ce qui est aimé ou pas, ce qui provoque l’indignation et quelle serait leur utopie. Le dynamisme de la jeunesse, la mixité sociale, la richesse culturelle et sportive ou la douceur de vivre emportent l’enthousiasme. Les problèmes sont énoncés tels la circulation, la propreté, la pollution, les bidonvilles…  Quand on rêve d’offrir des conditions d’intégrations décentes aux migrants ou de bannir les dispositifs anti SDF.

« Une grande consultation »

Un temps d’échange comme un exemple de cette « grande consultation auprès des Montpelliérains » qui se concrétisera dès septembre par des commissions thématiques (urbanisme, espaces publics, développement, culture et sports, solidarité, humanités, mobilités, citoyenneté, sécurité). Également des référents dans chaque quartier qui auront la charge d’organiser des rencontres et d’animer des groupes de travail afin de « hiérarchiser, comprendre et se pencher sur le corps urbain ».

« C’est une prise de risque. Pendant un an, on va prendre le risque démocratique. On va entendre beaucoup de choses » prévient Michaël Delafosse. Au printemps 2019, toute cette consultation sera restituée. La forme de celle-ci est d’ailleurs encore à inventer mais l’intention est de répondre aux questions : « Quelle ville voulons-nous être ? Que voulons-nous dire ? Comment veut-on inscrire Montpellier dans le XXIe siècle ? ». Personne ne parle de programme électoral mais on ne peut s’empêcher de penser que cela pourra constituer une bonne base de travail…

Des notes d’intentions

Et si dans Destins Montpelliérains, « il n’y a pas de leader suprême mais des habitants qui aiment la ville », se défend Michaël Delafosse, son discours de fondation du mouvement contient quelques éléments d’intentions qui vont au-delà du simple constat. Quand il parle « d’identifier Montpellier d’un point de vue économique », ou s’interroge sur le développement urbain : « Est-ce que Montpellier doit continuer à se développer vers la mer ? Est-ce qu’il n’est pas venu le temps d’un rééquilibrage de la ville ? » et d’alerter sur « un déséquilibre qui dit des choses quand aux risques de ségrégation, de déclassement, d’abandon qui sont très forts et donc de fracture ».

Après les quartiers, Michaël Delafosse revient au centre-ville : « Le coeur de Montpellier est magnifique mais il a 29 revêtements de voirie différents. Il est balafré en tout point » et appelle à « une stratégie mobilisatrice pour que le centre-ville de Montpellier soit au patrimoine de l’UNESCO. Cela nous permettrait de rattraper notre retard sur Nîmes ».

Sur la circulation, il rappelle : « Les plans de réflexions sur la mobilité à Montpellier datent de 1999. Il est peut-être temps de réfléchir à la mobilité dans ce XXIe siècle ». Enchaîne avec la problématique de la propreté et évoque l’exemple de Barcelone dont il faut s’inspirer ou encore de vouloir favoriser l’expérimentation : « On a une entreprise mondiale, le groupe Nicollin, qui traite les problématiques de déchets et participe au développement de Montpellier. Ce serait bien que sa propre ville soit un espace de tests et d’inventions pour traiter ce problème qui se pose dans toutes les villes d’Europe. Et Montpellier pourrait être ce laboratoire à ciel ouvert ».

Autre thème abordé sur lequel il se fait plus offensif : « Il y a eu une énergie incroyable autour du sport et de la culture. Il faut que la créativité reprenne ses droits sur la communication. Il faut libérer les énergies. Il faut pouvoir dire : ici on invente, ici on ose, ici on a l’audace » et accuse « il ne faut pas que la politique culturelle et sportive vive sur ses acquis ».

Un mouvement citoyen

Mais avant tout, Michaël Delafosse souhaite changer la nature des débats et appelle l’assistance « à ne pas céder à la facilité de l’anathème. C’est de la paresse ». Il n’ira pas sur le terrain des petites phrases, des attaques sur les réseaux sociaux et n’a d’ailleurs offert que peu d’occasions d’alimenter les choux gras par quelques mesquineries. « Il faut parler à l’intelligence des gens » plaide t-il.

Fin 2013, après avoir échoué à l’investiture socialiste et profitant du climat national méfiant à l’égard de deux partis traditionnels, Philippe Saurel s’était entouré de citoyens pour conquérir la mairie. Aujourd’hui, Michaël Delafosse, tirant les leçons de la reconfiguration du paysage politique, tente avec Destins Montpelliérains de mobiliser localement à la fois avec et en dehors du Parti Socialiste. Par conviction autant que par obligation.

Avant les batailles, il faut compter ses troupes. Et à ce jeu, les partis politiques, autant que Philippe Saurel, doivent se tourner vers les citoyens. « Les nouveaux Georges Frêche cela n’existe pas. L’histoire de Montpellier appartient aux Montpelliérains. Je ne crois pas en un homme providentiel ». Michaël Delafosse aura t-il visé Philippe Saurel ou était-ce un avertissement qu’il s’adressait ? À ces Montpelliérains, il leur laisse désormais la parole en attendant de la faire sienne.

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