La Montpellier Reine : le combat continue

« Je veux que l’on parle des jeunes. La campagne de dépistage du cancer du sein commence à 45 ans. Il faut que cela puisse démarrer à partir de 30 ans. Notre combat pour les jeunes filles est crédible », clame Barbara Pastre. La présidente de l’association La Montpellier Reine a du cœur n’a pas l’esprit à la fête, malgré les 325’000 euros récoltés et remis à des associations locales  grâce aux neuf précédentes éditions de la course

« On ne va pas assez vite. Le combat est loin d’être fini ! La sensibilisation des jeunes filles devient une priorité ». La personnification de ce combat n’est autre qu’Élise Heintz. La vice-présidente, touchée par la maladie, souhaite donner une nouvelle orientation à l’association et témoigne pour alerter.

Six mois de perdus

Par son histoire personnelle, sa participation aux actions de l’association et ses rencontres, Élise était sensibilisée à la maladie : « Le jour où j’ai eu une masse dans la poitrine, je suis allée voir mon médecin généraliste ». Après une échographie à l’ICM Val d’Aurelle et un examen effectué en trois minutes, on lui diagnostique un kyste, en mettant en cause la pilule contraceptive. Mais les douleurs ne passent pas. Élise multiplie les rendez-vous chez le médecin avec la sensation de ne pas être prise au sérieux. Quand elle décrit son mal, on lui prescrit des Dolipranes…

« Six mois après, cela n’a pas loupé. C’était un cancer du sein hyper inflammatoire très grave et on m’a enlevé le sein en urgence ». Six mois qui auraient peut-être pu permettre, par une meilleure attention, d’éliminer la tumeur. Les mauvais diagnostics, Élise les explique par son âge, 29 ans à l’époque. « Les femmes plus âgées sont davantage prises au sérieux. Et en plus, j’ai eu la malchance de consulter un jour où il y avait beaucoup de monde… », soupire-t-elle.

Des chiffres cruels

Élise suit alors un traitement et, malgré des effets secondaires qui n’inquiètent pas son médecin, elle est persuadée d’être en rémission. Mais, le sort s’acharne avec une ironie glaçante. L’année dernière, lors d’un week-end surprise en amoureux, la jeune femme ressent de violentes douleurs dans le bas du dos et au ventre. Son petit ami la conduit aux urgences. Au lendemain de l’édition 2017 de la Montpellier Reine, Élise appelle Barbara Pastre : « On m’a diagnostiqué des métastases. J’ai tous les os du dos touchés. C’est incurable et l’espérance de vie est de 5 ans en moyenne. Je suis inscrite dans un essai clinique hyper prometteur donc cela peut durer plus ».

Les chiffres sont cruels : moins de 3 % des cancers du sein touchent des moins de 35 ans selon les dernières études menées il y a 10 ans. La réalité l’est d’autant plus : sur les 17 femmes à avoir participé à l’opération Ce crabe qui nous pince les miches sur la place de la Comédie en 2012, 7 sont décédées. La plus âgée avait 32 ans. Barbara Pastre ajoute : « Les dix femmes encore en vie nous disent toutes, qu’aucun médecin ne les a crues ».

Élise Heintz et Barbara Pastre veulent continuer à sourire malgré le combat à mener © Mario Sinistaj

Un autre accompagnement de la maladie

Aujourd’hui, Élise témoigne : « On se rend compte qu’il y a des personnes qui font abstraction. Pour elles, c’est à un certain âge que l’on développe ce type de cancer ». Barbara Pastre alerte: « Malheureusement, on verra de plus en plus de cancers chez les jeunes filles. Les perturbateurs endocriniens sont là, on mange de plus en plus mal, il y a des problèmes avec les tampons, les déodorants, la pilule… ». Autant de facteurs dont l’absence de prise en compte scandalise Élise : « Je pense qu’il y a un problème sur les causes et un grand tabou autour de la pilule. À aucun moment on n’en a parlé. Pour les médecins, c’est la roulette russe. Je n’ai juste pas eu de chance… ». Toutefois, l’association n’est nullement en lutte contre la médecine. Son rôle est justement d’accompagner les institutions, dont certaines sont d’ailleurs des partenaires fidèles, dans la prise en charge des patients. « On ne veut pas être alarmiste. On est juste là pour dire : écoutez-vous ! », lance Barbara Pastre.

Si l’association va continuer à aider la recherche, avec le regard d’Élise, Barbara Pastre souhaite désormais accentuer les dons vers d’autres domaines liés à l’accompagnement des malades : « Il y a des sujets dont les médecins ne vont pas parler, comme la nutrition par exemple. L’idée c’est d’apporter d’autres horizons aux femmes qui sont touchées pour qu’elles comprennent qu’il y a d’autres pistes à explorer pour guérir. Il faut être proactive. On ne peut pas juste se laisser prendre en charge par l’hôpital. Quand on a été touché par un cancer, il y a des tas de choses à remettre en cause dans son hygiène de vie.».

La nutrition pendant un cancer

Pour aller plus loin, La Montpellier Reine a du coeur d’ailleurs a demandé aux associations aidées d’effectuer une recherche scientifique sur la nutrition pendant un cancer. C’est également dans ce sens que des conférences se sont déroulées dans des facs de médecine, dont celle de Montpellier, afin de sensibiliser les futurs médecins. « C’était intéressant car ils étaient face aux patients et à des vrais cas. Ils avaient plein de questions », se souvient Élise. Ce sont ces angles nouveaux qu’apporte La Montpellier Reine a du cœur depuis 10 ans à travers ces actions et notamment la course. Et c’est, malheureusement, le combat qu’elle continuera à mener à l’avenir.

>> Pratique : La Montpellier Reine se déroulera ce dimanche 27 mai et de nombreuses animations sont prévus aux Jardins du Peyrou dès ce samedi, notamment pour les enfants. Inscriptions, programme détaillé et informations complémentaires sur montpellier-reine.org Tarifs : 15 € par personne / gratuit pour les enfants de moins de 7 ans.

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