Interview. Mikael Bresson : « Phytocontrol traque les pesticides »

Créé en 2006 à Nîmes par deux ingénieurs, le laboratoire Phytocontrol, spécialisé dans les analyses de contaminants dans les eaux et les aliments, est devenu en une décennie à peine un groupe international employant 250 personnes entre Nîmes, Londres, Milan, Barcelone et Bruxelles… Mikael Bresson, l’un des deux cofondateurs de Phytocontrol, confirme l’ambition du groupe nîmois (17 M€ de CA en 2017), qui se traduit par le projet d’un nouveau laboratoire d’analyses éco-technologiques des eaux. Un équipement de 10 M€ qui doit voir le jour sur le parc Georges Besse, à Nîmes. Interview.

>> Comment est née Phytocontrol ?

Il y a une décennie maintenant, avec Eric Capodanno, l’actuel directeur scientifique de l’entreprise, nous avons fondé Phytocontrol. Nous travaillions alors tous les deux dans un laboratoire d’analyse sur les pesticides et nous avions remarqué que les clients se plaignaient des délais. Nous avons alors eu l’idée de développer de nouveaux procédés et avons mis au point, avec l’aide d’un partenaire américain, une méthode révolutionnaire pour l’époque, basée sur l’extraction simplifiée des contaminants : la méthode Quechers. Pour cela, nous avons été incubés par le BIC Innov’UP, avec le soutien de Gard Initiative. Nous sommes partis sur un auto financement de 50’000 € et un prêt du Crédit Agricole du Languedoc.

>> Cette méthode a-t-elle vraiment révolutionné le secteur ?

Ce fut une réelle évolution en France. Phytocontrol pouvait livrer ses analyses en 48 heures, contre 15 jours en moyenne. Je ne peux pas dévoiler la méthode dans le détail, car nous l’avons adaptée et perfectionnée dans notre laboratoire à Nîmes. Mais la méthode Quechers fait aujourd’hui référence dans le secteur : elle permet aux chimistes d’examiner rapidement et précisément les contaminants dans l’eau et dans les aliments.

De fait, Phytocontrol s’adresse aujourd’hui aux acteurs de l’eau comme à ceux de l’agroalimentaire.

>> La sécurité alimentaire : un secteur en pleine progression…

Les enjeux liés à la sécurité alimentaire et à la protection de l’environnement et de l’eau représentent une progression du marché de l’ordre de 20% par an. Pour ne citer que les contaminants les plus connus, on traque les pesticides ou les salmonelles. Mais nous sommes également opérationnels pour détecter les nouvelles pollutions. Il y a eu le bisphénol, mais je pense que le prochain scandale sera lié aux plastiques, et notamment les phtalates, un groupe de produits chimiques dérivé (sels ou esters) de l’acide phtalique, utilisé comme plastifiant dans les bouteilles d’eau par exemple… Nous sommes aujourd’hui le premier laboratoire français positionné sur l’analyse des emballages plastiques.

>> Vous semblez être toujours dans l’anticipation, l’innovation.

Nous avons compris très vite que les laboratoires ne peuvent plus se contenter de faire ou reproduire ce qui se fait ailleurs. Pour apporter de la valeur ajoutée et être reconnu, il faut innover : donc, nous innovons. Nous avons anticipé le problème des phtalates et nous nous sommes équipés et formés pour couvrir tout le spectre des plastifiants. A chaque fois, nous nous fixons comme objectif de faire mieux et plus vite que les autres.

>> La création du laboratoire Phytocontrol II s’inscrit dans cette stratégie ?

Tout à fait ! Nous portons, puisque vous en parlez, un projet assez important : la construction à Nîmes, toujours sur le parc Georges Besse, d’un second laboratoire de pointe. Cet équipement dernière génération de 4000 m2 sera dédié à l’analyse éco-technologique des eaux. Il doit être inauguré fin 2020-début 2021 et sera alors le plus moderne de France, voire d’Europe. Cet équipement pionnier en Occitanie interviendra dans les domaines de la santé, de l’environnement et des eaux embouteillées.

>> Peut-on parler de laboratoire du futur à Nîmes ?

C’est l’objectif : créer dans le Gard un grand centre européen d’expertise. Le coût de ce projet, de l’ordre de 10 M€, confirme nos ambitions. Nous avons beaucoup réfléchi sur le site d’accueil de ce nouveau laboratoire : Montpellier, Paris, Lyon ? Nous avons finalement décidé de rester fidèles à notre territoire et à nos partenaires historiques, dont la Ville de Nîmes et son agglomération, et la Région bien sûr, qui nous suivent encore sur ce projet. Car pour un tel investissement, il faut des aides ! Je rappelle que les investissements sur Phytocontrol depuis 2006 atteignent quasiment 10 M€ avec, à la clé, des centaines d’emplois locaux. Récemment, par exemple, nous avons procédé à l’extension du pôle Agrifood sur 1000 m2 pour près de 2,5 M€. Nous allons reproduire la même chose avec cette extension de l’activité de Phytocontrol.

>> N’êtes-vous pas obsédé par le fait de devoir toujours être “à la pointe“ ?

(rires) Si, peut-être un peu, mais notre offre doit être différenciante. Donc, nous nous donnons les moyens d’innover pour rester différenciants : nous sommes rapides, réactifs, nous maîtrisons les coûts. Nous sommes portés par une croissance continue de 20%. Plutôt que de surfer sur la vague, nous en profitons pour lancer une nouvelle grande phase de développement car nous devons rester à la pointe. Donc oui, c’est une obsession, mais nécessaire !

>> Les collectivités et l’État devraient vous soutenir. Sont-ils satisfaits des retombées pour l’emploi local ?

J’espère. Nous avons recruté 60 personnes en 2017 et nous devrions en recruter autant en 2018 et en 2019. Nous sommes sur une moyenne de 50 personnes par an et nous prévoyons également beaucoup de recrutements pour Phytocontrol II, qui devrait atteindre rapidement plus d’une centaine de personnes. Nous étudions aussi un autre vecteur de développement pour le groupe : l’analyse de l’air. En 2018, Phytocontrol mise sur + 25% de croissance et 20 M€ de chiffre d’affaires.

>> Votre plus grande fierté ?

Développer et créer de la valeur pour le territoire, mais aussi de la valeur humaine. Il faut qu’une entreprise puisse s’appuyer sur une valeur technologique bien sûr, mais il faut aussi qu’elle mise sur un vrai capital humain. Nous n’avons pas d’actionnaires et il n’y a pas chez nous de redistribution : nous réinjections l’argent dans l’innovation, la R&D et les projets créateurs de richesse. Et puis, pour le Montpelliérain que je suis et pour mon ami Eric, qui est Sétois, c’est aussi une fierté que d’avoir pu construire ce grand projet dans cette région, la nôtre, où nous sommes installés durablement.

>> Propos recueillis par Gil Martin / Photos : Mario Sinistaj / Vidéo : Arnaud Boularand

>> Interview parue dans Métropolitain L’Officiel, le mardi 8 mai 2018

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