Interview. Nadine Fadeo de BPI France : « PME et innovation »

Directrice régionale de Bpi France Montpellier, Nadine Fadeo se dit “comblée“. En 2017, la BPI Occitanie, qui s’appuie également sur la direction régionale de Toulouse, a battu des records avec 3,5 Md€ de financements cumulés pour assurer le développement de plus de 7000 entreprises.

Une performance qui s’explique par la qualité de la politique d’accompagnement des entreprises innovantes par la Banque Publique d’Investissement, mais également par l’élargissement de l’offre. La banque a rajouté des cordes à son arc, comme l’international, ou la création du fonds FIEE pour les énergies renouvelables…Interview.

>> Tout d’abord, pardon pour cette question, mais pourquoi deux directions régionales pour la BPI Occitanie ?

Nous avons fait ce choix car l’une des grandes valeurs de notre établissement public, c’est la proximité. Or, nous vivons aujourd’hui dans une région aussi grande que l’Irlande, où l’on trouve en plus deux métropoles, toutes deux labélisées FrenchTech ! Il n’était pas pensable pour la BPI de concentrer ses effectifs sur une seule ville. Nous conservons deux directions régionales, Toulouse et Montpellier (avec son antenne à Perpignan) pour rester au plus près des entreprises.

>> Comment sont prises les décisions ? Par une direction Occitanie commune ?

Le mode de fonctionnement n’a pas changé : chaque direction régionale traite ses dossiers et prend ses décisions. Aujourd’hui, la direction régionale de Montpellier prend 90% de ses décisions elle-même. Mais nous avons une structure BPI Occitanie, en effet, dirigée par Véronique Védrine. En fait, la BPI fonctionne sur le principe des directions de réseaux au-dessus des direction régionales : Véronique Védrine préside la BPI Occitanie et plus globalement la BPI “Grand Sud“ car son réseau couvre l’Occitanie, PACA et la Corse, c’est à dire le grand arc méditerranéen.

>> On ne revient pas sur les missions de la BPI, mais plutôt sur le bilan. 2017, une bonne année en Occitanie ?

Une très bonne année même ! Notre action a permis, au final, de mobiliser 3,5 Md€ en faveur des entreprises régionales. L’accompagnement de celles-ci reste le coeur de notre mission, mais notre offre dans ce domaine, qui était déjà très complète et adaptée aux spécificités de chaque territoire, s’est enrichie. Il se passe toujours quelque chose à la BPI (rires). Nous sommes constamment en mouvement et nous avons progressé l’an dernier en enrichissant notre offre.

>> Et sur l’international ?

Nous irriguons désormais tous les métiers et, sur l’international, notre accompagnement a clairement changé d’échelle. Nous avons renforcé considérablement nos moyens en reprenant, le 1er janvier 2017, la partie publique de la COFACE. La BPI propose désormais un accompagnement à l’export adapté aux besoins des entreprises innovantes avec “Assurance Prospect“, un dispositif jusqu’alors géré par Natixis, un acteur du privé. Cette mission est revenue dans les mains du public. Nous logeons aujourd’hui dans nos directions régionales des chargés d’affaires de l’agence Business France. Nous proposons donc une offre complète pour les clients qui veulent se lancer à l’export.

>> Si vous deviez décrire économiquement votre territoire, comment le présenteriez-vous ?

La spécificité de ce territoire, c’est bien sûr la typologie de ses entreprises, qui sont à près de 90% des TPE et des PME. Mais c’est aussi une activité très soutenue dans l’innovation, grâce notamment aux start-up. Mais pas que… Par exemple, les ENR se développent fortement, le secteur fourmille de projets et innove. Je citerai également des secteurs plus classiques comme l’industrie agroalimentaire et la viticulture. Pour décrire ce territoire, deux mots me viennent à l’esprit : PME et innovation. Des PME qu’il faut accompagner pour qu’elles se développent et deviennent, pourquoi pas, des ETI.

>> Les ENR justement : la BPI a créé pour elle le fonds France Investissement et Énergie Environnement.

En effet, la BPI a lancé en 2017 un fonds en faveur du secteur des énergies renouvelables : le FIEE. Ce secteur est important pour le territoire et la BPI, qui doit accompagner la transition énergétique et veiller à ce que les projets les plus prometteurs puissent se développer. Nous avons créé ce fonds pour aider les entreprises des ENR à se structurer et assumer leur évolution.

>> Dans ce travail d’accompagnement, le label FrenchTech constitue-t-il un réel vivier ?

Totalement ! La création de ce label a été une véritable avancée pour l’innovation. Il permet aujourd’hui aux start-up françaises de bénéficier d’une meilleure visibilité à l’international, de rayonner et de lever des fonds… Montpellier, à ce titre, est un territoire puissant avec la présence d’un outil extraordinaire, le BIC. De plus, je suis toujours surprise de voir à quels points les acteurs locaux de la FrenchTech, les start-up, la SATT, la Région et la Métropole, les centres de recherche, l’université, l’hôpital se connaissent… En fait, ils ont pris l’habitude de travailler ensemble et cela ajoute une vraie plus-value à la dynamique de l’écosystème.

>> Vous nourrissez aussi cette dynamique de réseau à travers BPI Excellence…

De la start-up à l’ETI, le réseau Bpifrance Excellence accueille régulièrement de nouvelles entreprises innovantes en forte croissance, du digital à l’automobile. On en compte un peu plus de 4000 aujourd’hui, dont 328 pour l’Occitanie. L’enjeu : faire se rencontrer les entreprises pour doper le business. Nous organisons plusieurs manifestations chaque année sur le territoire pour faciliter cette mise en relation. Les entreprises peuvent très bien trouver localement ce qu’elles pensent devoir chercher très loin !

>> La BPI se cantonne-t-elle aux start-up ?

Non, nous sommes au service des entreprises de tous les secteurs d’activités. D’ailleurs, nous venons de lancer le French Fab pour les industries en mouvement qui ne sont pas forcément des start-up. Nous avons créé un programme pour les industries qui produisent en France et s’inscrivent dans la modernité.

Nous les accompagnons car, quelle que soit l’activité, notre but est de permettre à l’entreprise de grandir et créer de l’emploi. Et contrairement à ce que j’entends souvent, il y a de l’industrie sur ce territoire, notamment l’agroalimentaire.

>> La BPI a communiqué récemment sur le PIA III. Qu’apporte-t-il au territoire ?

Un petit plus, c’est incontestable (sourire). Pour ce troisième Programme d’Investissement d’Avenir (PIA), qui court sur la période 2018-2020, l’État et la Région Occitanie ont signé les deux premiers accords de financement de projets innovants, baptisés “projets d’innovation“ et “accompagnement et transformation des filières“ et respectivement dotés de 21 et 16 M€. C’est la BPI qui a été désignée comme opérateur de ces deux premiers volets. À la charge du couple Région-État de sélectionner les meilleurs projets. Dans ce cadre, les projets personnels seront soutenus à hauteur de 100 000 à 500 000 € et les projets collectifs jusqu’à 2 M€.

>> La BPI a créé des accélérateurs nationaux. À quand un accélérateur régional ?

Nous réfléchissons à la création d’un incubateur avec la Région Occitanie. Dans notre vision de l’avenir économique, nous estimons qu’un tel outil permettrait de viser des PME qui veulent se développer. On leur proposerait un programme d’accompagnement sur deux ans. Cet outil serait particulièrement bien adapté aux spécificités de tout le territoire.

>> Nadine Faedo, êtes-vous une directrice régionale comblée ?

Oui, je le suis. Par son action, la BPI contribue à apporter sa pierre à la construction de l’Occitanie de Montpellier à Nîmes, en passant par l’Aude et Perpignan. Je mesure ma chance de diriger la BPI pour ce territoire passionnant, si riche et aux multiples facettes ! Je rencontre régulièrement des personnes très impliquées pour le développement économique et la création d’emplois.

>>> Propos recueillis par Gil Martin / Photos : Mario Sinistaj / Vidéo : Arnaud Boularand

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