Assassinat de Montferrier-sur-Lez : « Le docteur Pascal Bilger était humain »

L’émotion est considérable dans le milieu médical de Montpellier, notamment à la Caisse primaire d’assurance-maladie -CPAM-, depuis que le docteur Pascal Bilger a été assassiné, la semaine dernière, dans sa propriété du quartier de la Lironde, à Montferrier-sur-Lez, comme Métropolitain l’a évoqué ici.

L’auteur présumé, Patrick G., un agent d’assurance de 56 ans qui a tenté de mettre fin à ses jours dans la foulée de son geste sanglant a été mis en examen mardi soir par un juge d’instruction du tribunal de grande instance de Montpellier pour homicide volontaire avec préméditation -assassinat- et écroué dans l’unité médicale spécialisée d’une prison de la région de Toulouse.

Quand il s’est présenté dans la villa, dans la nuit de jeudi à vendredi, armé d’un couteau, c’était avec l’intention de tuer le médecin, âgé de 52 ans : l’autopsie pratiquée mardi à l’Institut médico-légal du CHU Lapeyronie, à Montpellier a confirmé que le quinquagénaire a été lardé de 25 coups de lame et égorgé. Il gisait dans le jardin, quand les secours sont arrivés, vendredi vers 8h30. L’instruction qui début à peine et l’enquête des gendarmes de la brigade de recherches de la compagnie de Castelnau-le-Lez s’attachent à déterminer le mobile de cet assassinat.

« Un homme brillant et généreux »

Le docteur Pascal Bilger faisait l’unanimité au service médical de la CPAM de Montpellier, où il était médecin-conseil dans le bâtiment du cours Gambetta. « Je suis sous le choc depuis que j’ai appris ce drame, c’était un homme brillant et généreux. Il était très humain. Il était très simple, courtois, convivial, d’une gentillesse extrême, il ne portait jamais le moindre jugement sur les malades qu’il recevait. Il était conciliant. Sincèrement, Pascal Bilger était un homme merveilleux. Je n’arrive pas encore à réaliser qu’on ait pu le tuer si sauvagement », témoigne un médecin-conseil de Montpellier qui était proche de lui, professionnellement.

Il se souvient que, « Pascal Bilger m’écoutait beaucoup et acceptait toujours mes remarques, lorsque j’appelais pour lui parler d’un salarié ou d’un assuré qui avait besoin d’être maintenu en arrêt de travail. Il avait confiance en moi, il m’avait donné le numéro de son téléphone portable personnel ».

« Il était déprimé »

Toutefois, selon cet ami, Pascal Bilger n’était plus le même homme enjoué depuis ces dernières semaines. Il avait noté un changement radical dans son comportement : « Il était déprimé depuis que sa concubine l’avait quittée. Il restait reclus dans sa propriété de Montferrier. il avait même obtenu un arrêt maladie, en mars. Je crois qu’il n’avait plus exercé à la CPAM pendant trois semaines, un mois. Je l’ai invité récemment à l’anniversaire d’une amie commune qui a lieu dans quinze jours, mais, il m’avait dit qu’il il ne voulait pas venir, qu’il ne pensait pas à faire la fête en ce moment. Je n’ai pas insisté ».

Pascal Bilger, marié, père de cinq enfants -quatre filles et un garçon âgés de 12, 15, 21 et 23 ans- était divorcé depuis plusieurs année. Une séparation consensuelle. Sauf qu’il a récemment appris que son ex-femme vivait avec l’agent d’assurance à Prades-le-Lez…

En novembre 2011, un an après le décès de François Bilger, sa femme, Monique et leur fils, le docteur Pascal Bilger ont créé à Montpellier, Caritas France, une fondation destinée à soutenir les enfants les plus pauvres. À l’époque, Pascal Bilger avait raconté pourquoi il s’était engagé dans l’humanitaire : « J’étais vraiment enthousiaste à l’idée de cette fondation qui correspond tout à fait à l’état d’esprit de mes parents. L’un comme l’autre ont toujours été dans le souci des autres, ne supportant pas l’idée de la misère des enfants. Au départ, nous pensions pouvoir créer une fondation par nous-mêmes mais j’ai réalisé que ce n’était pas si simple et que le mieux serait de nous abriter. Je n’ai pas cherché longtemps où le faire. Je voulais une fondation à résonance religieuse et nous donnions déjà au Secours Catholique, qui est par ailleurs présent en Afrique. C’était important car notre ambition est d’aider les enfants des pays les plus pauvres, particulièrement sur ce continent. C’était cohérent, presque évident, de nous abriter ici, notamment afin de pouvoir soutenir des projets du Secours Catholique. L’idée que l’argent donné soit gaspillé ou parte en frais inutiles dérangeait énormément mes parents. Avec la Fondation Caritas France, nous avons vraiment le sentiment que c’est de l’argent utile. Cela aurait rendu mon père heureux. Pouvoir créer sa fondation est une chance : on sait exactement où va l’argent. C’est rassurant et cela incite aussi à s’impliquer plus, avec notamment cette idée de mouvement transgénérationnel ».

Très famille, Pascal Bilger avait assuré que, « Mes enfants sont encore petits, mais mes aînés comprennent déjà que la fondation Caritas France sert à aider d’autres enfants. Ils adoraient leur grand-père et j’ai tendance à croire qu’ils pourront avoir envie de reprendre, un jour, cette fondation qui concrétise des valeurs familiales de partage et de solidarité ».

Il avait refait sa vie

Après son divorce, Pascal Bilger avait rencontré une dame au chômage qui était devenue sa compagne pendant deux ans environ, avant de quitter la villa de la Montée des Chênes, à Montferrier-sur-Lez, à 5 km au nord de Montpellier, où le drame s’est produit. Le médecin s’était retrouvé seul.

« Pascal Bilger prenait soin de ses enfants qui ont reçu une éducation parfaite. Il était très heureux de les recevoir une semaine sur deux dans le cadre d’une garde alternée, depuis son divorce », explique une amie de la victime, traumatisée depuis sa violente disparition. Elle s’interroge : « Pacal Bilger était un pacifiste, je ne comprends pas ce qu’il a pu faire pour mériter une mort aussi affreuse. Dans le lotissement de Prades-le-Lez où il vivait avec l’ex-femme du docteur, il n’avait pas une bonne réputation ».

« Le commandant »

Dans le cadre de l’enquête, les gendarmes de la compagnie de Castelnau-le-Lez ont investi la propriété nichée dans ce lotissement de Prades-le-Lez, à quelques kilomètres au nord de Montferrier-sur-Lez, après que l’agent d’assurance ait été hospitalisé en urgence pour s’être auto-mutilé dans le ventre avec le couteau. Après avoir assassiné le docteur Pascal Bilger, il a voulu se suicider. Il était dans un état critique quand il a été secouru vendredi matin devant la brigade de gendarmerie de Clapiers-Jacou.

Les enquêteurs ont perquisitionné le pavillon de Prades-le-Lez, où s’était installée Yolaine, depuis qu’elle avait décidé de quitter la victime. Dans le quartier, l’agent d’assurance avait été affublé d’un drôle de surnom par les voisins : on l’appelait « le commandant », sans que des témoins retrouvés par Métropolitain ne puissent expliquer pourquoi. L’un d’eux a appris que, dans le passé, « celui qui a lâchement assassiné Pascal Bilger a été militaire dans une unité de parachutistes ».

Dimanche, les gendarmes ont retourné toutes les poubelles et vidé le stand où les habitants déposent de vieux vêtements, dans le lotissement de la route de Saint-Mathieu-de-Tréviers, à Prades-le-Lez, à la recherche de l’arme blanche du crime. L’assassin présumé aurait utilisé un autre couteau pour tenter de se suicider.

Que s’est-il passé pour qu’il vienne en pleine nuit poignarder à mort ce médecin ? La longue audition de l’ex-compagne de Pascal Bilger pourrait éclairer le juge d’instruction et les gendarmes, si cet assassinat a pour fond un litige d’ordre passionnel, ce qui n’est pas établi, pour l’heure. Patrick G. qui a évoqué un harcèlement de la part de la victime avait réussi à se procurer une clé de la villa du docteur Bilger et il a donc fait irruption en milieu de nuit pour le surprendre dans son sommeil, alors qu’un des cinq enfants dormait dans sa chambre.

Neveu de l’ex-avocat général Philippe Bilger

La famille attend d’en savoir plus sur l’évolution des investigations. Le père du médecin, François Bilger était un professeur d’université et un économiste reconnus. Pascal Bilger a deux oncles, Pierre, ex-PDG du groupe Alstom et Philippe, ancien avocat général près la cour d’appel de Paris. Philippe Bilger est un magistrat honoraire médiatique, notamment pour intervenir régulièrement sur des plateaux de télévision, dans des magazines spécialisés des faits-divers et des chroniques judiciaires.

À la cour d’assises de Paris, Philippe Bilger avait souvent imposé sa singularité d’avocat général et sa liberté de ton, lors de procès retentissants, comme celui de Guy Georges, tueur et violeur en série à Paris, ou de François Besse, le lieutenant de Jacques Mesrine. Par ailleurs, Philippe Bilger a longtemps dispensé des cours sur le fonctionnement de la justice dans les écoles de journalisme et dans des quotidiens régionaux.

La mère de Pascal Bilger est installée à Strasbourg et sa soeur vit à Paris. Une famille endeuillée.

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